75 ans de la libération du camp d’Auschwitz. « J’avais 16 ans quand j’ai été déportée »

Publié le par Ouest-France propos recueillis par Pascal Simon

La Rennaise Magda Hollander-Lafon, 92 ans, est une rescapée du camp d’extermination nazi d’Auschwitz-Birkenau, libéré il y a 75 ans. Très régulièrement, elle témoigne de son histoire auprès des écoliers, collégiens, lycéens. Il y a quelques mois, dans le cadre du concours national de la Résistance et de la Déportation en Ille-et-Vilaine, Magda Hollander-Lafon avait, une nouvelle fois, insisté sur la transmission de cette mémoire. Récit.

Magda Hollander Lafon, 92 ans, avait 16 ans quand elle a été déportée à Auschwitz. | OUEST-FRANCE

Magda Hollander Lafon, 92 ans, avait 16 ans quand elle a été déportée à Auschwitz. | OUEST-FRANCE

Le 27 janvier 1945, les soldats de l’Armée rouge entrent dans le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau, près de Cracovie, en Pologne, où se trouvent 7 000 survivants hommes et femmes. C’est peu : les forces allemandes, face à l’avancée soviétique, avaient dès le 17 janvier évacué 60 000 prisonniers vers d’autres camps situés plus à l’ouest lors de « Marches de la mort ».

La Shoah, le génocide des Juifs

Plus de 1,1 million de personnes, dont un million de Juifs, ont été exterminées dans cet immense complexe de 42 km2 construit à partir de 1940 dans le sud de la Pologne occupée et qui deviendra le symbole de la Shoah, le génocide des Juifs.

Le lieu est de sinistre mémoire. C’est là, dans les caves du Block 11, qu’a été expérimenté dès 1941 le Zyklon B, sur des détenus soviétiques et des malades. Cet insecticide a ensuite été utilisé à grande échelle par les nazis dans les chambres à gaz.

La Rennaise Magda Hollander Lafon, 92 ans, déportée au camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau témoigne régulièrement devant les collégiens et lycéens d’Ille-et-Vilaine. Comme lors des résultats du concours national de la résistance et de la déportation. Il y a quelques mois, elle avait une nouvelle témoigner devant ces jeunes. Voici son récit.

« Je suis juive, née en Hongrie, j’avais 16 ans quand j’ai été déportée de ce pays avec ma famille. Je suis une des rares survivantes parmi les juifs hongrois.

Après les camps, au-delà de toute la culpabilité d’avoir survécu, au-delà de toutes les peurs, toutes les angoisses de me trouver toute seule face à la vie, je rêvais de restaurer la dignité de l’homme là où son humanité a été bafouée, asservie, anéantie.

Parler et écrire, pour moi, sont une véritable épreuve. Mais je ne peux me dérober. J’ai derrière moi des milliers qui m’aident… J’obéis non pas à un devoir de mémoire mais à une fidélité à la mémoire de ceux qui ont disparu devant mes yeux, uniquement parce qu’ils étaient juifs.

« Tu dois vivre pour témoigner »

Il m’est revenu qu’à Birkenau, une mourante m’avait fait signe, ouvrant sa main qui contenait quatre petits bouts de pain. Elle m’avait dit : tu es jeune, tu dois vivre pour témoigner, pour ce qui se passe ici. Tu dois le dire pour que ça n’arrive plus jamais dans l’humanité.

J’ai oublié ce message pendant trente ans. Jusqu’au jour où j’ai lu dans une revue le mensonge de Darquier de Pellepoix, celui qui déportait les Juifs français, qui osait dire « qu’à Auschwitz, on n’avait gazé que des poux ».

« Cela m’a révoltée. La question est devenue pour moi : comment témoigner, comment transmettre une mémoire douloureuse de façon à mobiliser chez chacun un appel à la vie.

« Je ne me sens plus victime de la Shoah »

J’ai senti que ma mémoire était restée longtemps sous l’emprise des bourreaux nazis. Elle ne pouvait être libérée que par un travail sur moi en reconnaissant, en revivant les blessures absorbées par ma peau. Ce chemin de pacification vers ma vie me permet de me dégager d’un poids immense, de me restituer à mon histoire personnelle, à mon identité.

Aujourd’hui, je ne me sens plus victime de la Shoah, mais un témoin de la Shoah. Si je me sentais victime de la Shoah, je revendiquerais ma vie, au lieu de la vivre. Comment pourrais-je prendre ma place de témoin sans consentir à ce chemin ?

« J’ai une immense confiance en tous ces jeunes »

Je me sens une immense responsabilité quand je suis face aux jeunes. La foi dans la vie inspire toutes mes interventions. J’ai une immense confiance en tous ces jeunes. Ils sont magnifiques nos enfants ! Je le ressens plein d’attente, plein de présence, de sensibilité et d’ouverture. Ils posent des questions très profondes, ils sont habités d’une richesse personnelle qui m’émerveille.

Je les invite à changer leur regard sur eux-mêmes, avoir confiance en eux-mêmes. Je leur dis : quand vous êtes témoins d’une situation que vous ressentez comme inacceptable, comme humainement injuste, faites-vous confiance. Discernez, choisissez et devenez responsables de votre choix.

« Retrouvez l’espérance en l’humanité de l’Homme »

Transformez l’indifférence et l’ignorance en connaissance ! Combien, nous autres adultes, avons à changer notre regard sur eux. Je vous propose de les prendre là où ils sont, et non pas là où nous voudrions qu’ils soient. J’ai une foi immense en leur devenir.

Il nous reste maintenant à imaginer ensemble comment œuvrer, comment cultiver de vrais liens, avec moins de peurs, pour retrouver en nous l’espérance en l’humanité de l’Homme, et devenir des témoins vigilants, aujourd’hui, là où nous sommes. Demain dépend de chacun de nous. »

Dimanche 26 janvier, commémoration en mémoire de la Shoah, en présence de MIchèle Kirry, préfète de Bretagne et d’Ille-et-Vilaine et de Jean-Luc Chenut, président du conseil départemental d’Ille-et-Vilaine, à 14 h, à la synagogue, 5, allée du Mont-Dol, à Rennes. Organisée par l’Association culturelle et cultuelle israélite de Rennes.

Publié dans Articles de Presse

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