«C’était ça, la magie Michou»: Montmartre pleure son prince bleu

Publié le par Le Figaro par Bertrand Guyard

REPORTAGE - Au lendemain de l’annonce de la disparition du patron du célèbre cabaret transformiste, des dizaines d’admirateurs sont venues lui rendre hommage au 80, rue des Martyrs, son adresse fétiche sur la Butte.

Dès le lendemain matin de l’annonce de sa disparition, les Montmartrois et les Montmartroises sont venus devant le Cabaret de Michou pour lui rendre hommage. Reynaud Julien/Reynaud Julien/APS-Medias/ABACA

Dès le lendemain matin de l’annonce de sa disparition, les Montmartrois et les Montmartroises sont venus devant le Cabaret de Michou pour lui rendre hommage. Reynaud Julien/Reynaud Julien/APS-Medias/ABACA

Malgré une fine pluie d’hiver qui mouille la Butte, ils sont venus, ils sont tous là devant la modeste porte d’entrée du 80, rue des Martyrs. De 17 à 87 ans, Pierrette, Nicole, Boris, Djamel, Éric, Annie, Henriette, James, Julia et beaucoup autres anonymes arrivent de Pigalle, de Picardie, de Bretagne et d’ailleurs pour se recueillir devant le cabaret de Michou. Ils ont apporté des fleurs, ont écrit des mots d’adieu à «leur Prince Bleu». Ils veulent croire que sans lui la Bohème de Montmartre continuera à accrocher ses lilas et aussi quelques hortensias myosotis que le roi des nuits de Paris aimait tant.

Ils sont là parce qu’ils savent que Michou aimait à se promener de la rue des Abbesses à la rue des Martyrs, s’arrêtant volontiers à la terrasse de ses cafés préférés pour siroter une ou deux coupes champagne. Il aimait que la vie pétille. Pour Annie et Éric, Michou symbolise leur amour qui dure depuis quarante ans: «On a fêté nos quinze ans de mariage chez lui. Depuis on revient tous les ans. Montmartre, c’était Michou, ce sera toujours Michou. Un symbole des instants les plus joyeux de notre vie.»

Les paillettes et le cœur

Pour les admirateurs du prince Bleu, le «show must go on». Boris, un poitevin d’origine, qui anime non loin de là un cabaret, le Comedy Queen, emmène tous les disciples de Michou au café-restaurant La Mascotte, une des adresses favorites du dignitaire de la République de Montmartre. Devant un café ou une limonade, ses souvenirs reviennent à la pelle: «Michou brillait comme les paillettes qui m’ont fait rêver. C’est pour ça que j’ai voulu que ce soit Zize, l’un de ses transformistes, qui devienne la marraine de mes spectacles.»

Mais pour nombre de Montmartrois et Montmartroises, Michou symbolise plus qu’un homme de fantaisie. Nicole et Pierrette, des jumelles septuagénaires, bon pied, bon œil, se mêlent spontanément à la conversation pour dire que le roi du Tout-Paris représentait avant tout à leurs yeux la générosité. «Vous savez chaque mois, il donnait un repas et un spectacle gracieusement aux personnes âgées de la colline, se souviennent-elles. Il faut se rendre compte, nous étions souvent plus de cent. C’est formidable, non!»

Djamel, qui a entendu, les témoignages des deux vénérables habitantes du quartier, n’hésite pas à renchérir: «Je connaissais Michou depuis plus de vingt ans. Je lui ai même acheté un petit appartement à quelques pas d’ici. Il n’a jamais oublié. Son 85e anniversaire est pour moi à marquer d’une pierre blanche. Ce jour-là, je me suis retrouvé dans une fête à côté de Belmondo et de Delon. C’était ça, la magie Michou

Le cabaret Chez Michou

Publié dans Articles de Presse

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