Dix ans après sa mort, l’ombre de Jörg Haider plane toujours sur l’Autriche

Publié le par Le Temps par Isaure Hiace

Jörg Haider, mort le 11 octobre 2008 dans un accident de voiture, continue d’être célébré par le FPÖ, parti d’extrême droite qu’il a profondément transformé, mais son influence s’étend aujourd’hui au-delà de ce parti, au delà de l’Autriche aussi.

Dix ans après sa mort, l’ombre de Jörg Haider plane toujours sur l’Autriche

«C’était un homme charismatique, d’une intelligence rare.» Le ton est volontiers mélancolique lorsque Dietmar Schwingenschrot évoque Jörg Haider: «Il a beaucoup fait pour notre parti, le BZÖ.» Créé en 2005 par Haider, l’Alliance pour l’avenir de l’Autriche (BZÖ), un petit parti d’extrême droite, parvient à recueillir 10,7% des voix aux législatives de septembre 2008, quelques jours avant l’accident de voiture qui emporta Jörg Haider, à l’âge de 58 ans.

Dix ans plus tard, le BZÖ est exsangue. «Difficile de lui trouver un successeur», reconnaît Dietmar Schwingenschrot, le chef adjoint du parti. Car Haider a incarné pendant plus de vingt ans l’extrême droite autrichienne et reste aujourd’hui encore l’un de ses visages les plus connus. «Cela tient au fait qu’il a été le premier à alerter sur l’islam politique et sur la crise migratoire qui a ensuite surpris l’Europe entière. Jörg Haider était un précurseur.»

Le FPÖ, le parti de Haider

Ce combat contre l’immigration, Haider va le porter durant plusieurs décennies grâce à un parti: le FPÖ, qu’il dirige de 1986 à 2000. «Il a très vite réorganisé la structure du parti autour de son leadership. Mais il a aussi changé l’idéologie du FPÖ et en a fait un parti anti-immigration, explique Birgit Sauer, politologue à l’Université de Vienne. Il a senti que l’immigration était un nouveau clivage autour duquel il pouvait rassembler et depuis Haider, le FPÖ mobilise ses électeurs sur ce thème: nous les Autrichiens contre les autres, les migrants.»

Et les succès électoraux s’enchaînent pour le tribun autrichien, marié et père de deux filles: en 1989, il arrache la Carinthie aux sociaux-démocrates et devient gouverneur de ce Land méridional, qui sera son fief. Mais c’est en 1999 que le nom de Haider résonne dans toute l’Europe: le FPÖ arrive deuxième aux élections législatives avec 26,9% des voix, ce qui conduit le parti – mais pas Haider, jugé trop sulfureux – au gouvernement de 2000 à 2006.

Un style moderne

Une décennie plus tard, le FPÖ est de nouveau au gouvernement, en coalition avec les conservateurs depuis décembre 2017. «C’est ça l’héritage de Haider: le FPÖ est l’un des trois grands partis en Autriche, avance Birgit Sauer. Si vous observez Heinz-Christian Strache [l’actuel chef du FPÖ et vice-chancelier] et d’autres disciples de Haider, vous verrez que beaucoup d’entre eux essaient d’imiter son style politique.»

    "Lorsque j’observe Matteo Salvini en Italie, je retrouve un peu le style Haider" Karl Öllinger, député des Verts de 1994 à 2013

Car Jörg Haider, c’est aussi une manière de faire de la politique, un pionnier du populisme pour certains. Fils d’un cordonnier qui fut un nazi de la première heure, Haider était brillant orateur, bel homme, sportif et dynamique. Une personnalité à part et un style moderne «qui continuent d’inspirer jusqu’à Sebastian Kurz», l’actuel chancelier conservateur (ÖVP), selon Birgit Sauer. «Sebastian Kurz a réinventé le parti conservateur comme un mouvement, ce que Haider a fait avec le FPÖ. Même dans le style, Kurz tente d’imiter Haider. De manière générale, depuis Haider, la culture politique a changé en Autriche.»

«Haider a initié la politique du bouc émissaire»

Ce constat, un opposant de longue date le partage: «Il a provoqué une immense dégradation du climat politique en Autriche, avance Karl Öllinger, député des Verts de 1994 à 2013. Aujourd’hui, quand on a un problème, ce sont systématiquement les musulmans ou les réfugiés qui sont désignés comme coupables. C’est Haider qui a initié cette politique du bouc émissaire. Et il a été considéré comme un exemple à suivre par d’autres partis d’extrême droite en Europe et c’est encore parfois le cas aujourd’hui. Lorsque j’observe Matteo Salvini en Italie, par exemple, je retrouve un peu le style Haider

Un style provocateur qui fait parfois scandale, notamment lorsque Haider fait l’apologie de «la politique de l’emploi» du IIIe Reich ou du «sens de l’honneur» des vétérans de la Waffen-SS. Mais une partie des Autrichiens ont oublié ces provocations, «l’image qu’ils ont de Haider ne correspond pas à la réalité», se désole Karl Öllinger. En particulier en Carinthie, un Land que Haider a dirigé pendant plus de dix ans et a laissé très endetté. Pourtant, 36% des Carinthiens déclaraient en mars dernier qu’ils pourraient de nouveau voter pour Haider. Dix ans après sa mort.

Publié dans Articles de Presse

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