Donald Trump menace l’Iran de frapper 52 sites « de très haut niveau »

Publié le par Le Monde avec AFP

« Viser des sites culturels est un crime de guerre », a mis en garde le ministre iranien des affaires étrangères, alors que les Américains disent avoir identifié des cibles « très importantes pour la culture iranienne ».

Le président américain Donald Trump à Miami, en Floride, le 3 janvier. JIM WATSON / AFP

Le président américain Donald Trump à Miami, en Floride, le 3 janvier. JIM WATSON / AFP

Le président Donald Trump a averti samedi 4 janvier Téhéran que les Etats-Unis ont identifié 52 sites en Iran et les frapperont « très rapidement et très durement » si la République islamique attaque du personnel ou des objectifs américains. Certains de ces sites iraniens « sont de très haut niveau et très importants pour l’Iran et pour la culture iranienne », a précisé Donald Trump dans un tweet. « Les Etats-Unis ne veulent plus de menaces ! », a-t-il prévenu.

M. Trump a souligné que le chiffre de 52 correspondait au nombre d’Américains qui avaient été retenus en otages pendant plus d’un an à partir de la fin de 1979 à l’ambassade des Etats-Unis à Téhéran.

Le président américain a réitéré peu après dans deux nouveaux tweets sa menace à l’adresse des dirigeants iraniens. « S’ils attaquent encore, ce que je leur conseille fortement de ne pas faire, nous les frapperons plus fort qu’ils n’ont jamais été frappés auparavant ! » En cas d’attaque iranienne contre leurs intérêts, les forces américaines « utiliseront leur bel équipement tout neuf », et cela « sans hésitation », a insisté le président.

L’armée iranienne doute du « courage » des Américains

L’armée iranienne a dit dimanche ne pas croire à une action des Américains. « Ils disent ce genre de choses pour détourner l’attention de l’opinion mondiale de leur acte odieux et injustifiable » (l’assassinat du général iranien Ghassem Soleimani vendredi en Irak), mais « je doute qu’ils en aient le courage », a déclaré le général Abdolrahim Moussavi, commandant en chef de l’armée iranienne, cité par l’agence officielle iranienne Irna.

Le ministre iranien des affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a lui mis en garde Donald Trump et affirmé que « viser des sites culturels est un crime de guerre ». « Ayant gravement violé le droit » international avec l’assassinat de Soleimani, M. Trump « menace encore de commettre de nouvelles violations [...] des normes impératives du droit international », a écrit le chef de la diplomatie iranienne sur son compte Twitter.

Roquettes et obus de mortier sur la zone verte

Samedi, les factions pro-Iran en Irak ont fait monter la pression sur les bases abritant des soldats américains à l’issue d’une journée de défilés monstres pour les funérailles du général Soleimani.

Cortège funèbre de Abou Mehdi Al-Mouhandis et de Ghassem Soleimani, à Karbala, en Irak, le 4 janvier. MOHAMMED SAWAF / AFP

Cortège funèbre de Abou Mehdi Al-Mouhandis et de Ghassem Soleimani, à Karbala, en Irak, le 4 janvier. MOHAMMED SAWAF / AFP

En soirée a commencé ce qui pourrait être le début de l’escalade tant redoutée depuis le raid qui a pulvérisé, vendredi le convoi, de Soleimani et d’Abou Mehdi Al-Mouhandis, le numéro deux du Hachd Al-Chaabi, coalition de combattants pro-Téhéran désormais intégrés aux forces de sécurité irakiennes.

Des roquettes et obus de mortier se sont abattus quasi simultanément dans la zone verte de la capitale, où se trouve l’ambassade des Etats-Unis, et sur une base militaire plus au nord, où sont déployés des soldats américains. Aucune des deux attaques n’a fait de victime.

« S’éloigner » des bases où se trouvent les Américains

Quelques heures plus tard, les brigades du Hezbollah, la faction la plus radicale du Hachd, ont appelé les forces de sécurité irakiennes à s’éloigner « d’au moins 1 000 mètres » des bases irakiennes où sont présents les soldats américains, à partir de dimanche 17 heures locales (15 heures à Paris).

Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a durement critiqué samedi cet appel à cesser de protéger les sites américains en Irak. M. Pompeo a qualifié sur Twitter de « voyous » les membres des Brigades du Hezbollah.

Le Parlement irakien doit tenir dimanche une séance extraordinaire au cours de laquelle il pourrait voter l’expulsion des 5 200 militaires américains toujours déployés dans le pays.

« Bouter l’occupant hors d’Irak »

Samedi, les appels à la « vengeance » ont fusé au milieu des drapeaux américains en feu et des cris de « Mort à l’Amérique » dans des défilés de dizaines de milliers d’Irakiens en noir et se frappant la poitrine en signe de deuil à Bagdad, Kerbala et Nadjaf, deux villes saintes au sud de la capitale.

En présence du premier ministre démissionnaire, Adel Abdel Mahdi, et de hauts commandants du Hachd, ils ont accompagné dans la zone verte ultra-sécurisée les cercueils des dix hommes tués dans le raid de vendredi.

Un membre des factions pro-Iran du Hachd Al-Chaabi irakien, à Bassora, le 4 janvier. HUSSEIN FALEH / AFP

Un membre des factions pro-Iran du Hachd Al-Chaabi irakien, à Bassora, le 4 janvier. HUSSEIN FALEH / AFP

Devant celui de Mouhandis, Hadi Al-Ameri, patron des députés pro-Iran au Parlement, a lancé : « Sois-en sûr, le prix de ton sang sera le départ des troupes américaines d’Irak. » Et à l’approche de la réunion au Parlement de dimanche, un autre élu proche de Téhéran a averti : « chaque député qui n’assistera pas au vote pour bouter l’occupant hors d’Irak sera un traître à la patrie. »

L’assassinat de Soleimani a créé un consensus rare contre les Etats-Unis dans un Irak secoué depuis des mois par une révolte contre le pouvoir et la mainmise de l’Iran.

Parce que Washington a « violé la souveraineté de l’Irak », selon les mots des plus hauts dirigeants, le Hachd a appelé ses combattants à se « tenir prêts » et le leader chiite irakien Moqtada Sadr a réactivé sa milice dissoute après avoir harcelé l’occupant américain (2003-2011).

Les Etats-Unis ont déployé cette semaine des soldats supplémentaires pour protéger ses diplomates et ses soldats en Irak où le sentiment antiaméricain, attisé par les pro-Iran, a flambé avec l’assassinat du général Ghassem Soleimani et d’ Abou Mahdi Al-Mohandes.

Publié dans Articles de Presse

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