Iran : qui était Qassem Soleimani, figure du régime tuée par les Etats-Unis ?

Publié le par France Culture par Adrien Toffolet

Le général Soleimani est mort dans un raid américain en Irak, près de l'aéroport de Bagdad. La presse internationale évoque un architecte de la stratégie de l'Iran à l'étranger, un commandant de l'ombre, un terroriste, mais surtout un homme vénéré qui aurait pu devenir le futur leader du pays.

Le général Qassem Soleimani qui vient d'être tué au cours d'un raid américain. Ici en octobre 2019• Crédits : KHAMENEI.IR - AFP

Le général Qassem Soleimani qui vient d'être tué au cours d'un raid américain. Ici en octobre 2019• Crédits : KHAMENEI.IR - AFP

La presse internationale se dépêche de répondre à la question que beaucoup de monde se pose, compte tenu des événements : qui était Qassem Soleimani ?

Il faut reconnaître que c'est un nom qui n'a jamais fait la une de la presse occidentale jusqu'à aujourd'hui. Pas par manque de curiosité, mais parce qu'il fait partie, ou faisait partie plutôt, des personnages de second plan, bien cachés, dans les différents conflits militaires du Moyen-Orient ces trente dernières années. 

Qassem Soleimani, 62 ans, général iranien, chef de la force Al-Qods, la branche d'élite des Gardiens de la Révolution. Un homme à la fois architecte et maître d'oeuvre de la stratégie militaire de l'Iran à l'étranger. Aussi bien en Thaïlande, au Brésil, en Inde ou au Cambodge. Mais surtout, au Moyen-Orient. Une présence résumée ainsi par un ancien haut commandant de l'armée américaine, le général Joseph Votel, à CNN : "Partout où il y a activité iranienne, il y a Qassem Soleimani. Que ce soit en Syrie, en Irak, ou au Yémen."

Il était partout, avec la force Al-Qods, dont certains spécialistes parlent comme un mélange entre la CIA et les Forces Spéciales. Un instrument très bien aiguisé de la politique étrangère iranienne, qui joue sur le terrain politique, économique, usant d'espions et de méthodes terroristes. Et pour comprendre véritablement le personnage, son importance et ce que signifie sa mort, je ne peux que vous conseiller cet article du New Yorker datant de 2013, mais qui se retrouve, grâce à l'actualité, remis en avant ce matin.

Un portrait très fouillé de Soleimani, titré THE SHADOW COMMANDER, "le commandant de l'ombre", qui donne la parole à un large panel de personnages qui l'ont côtoyé de près ou de loin, irakiens, iraniens et américains. Il faut déjà comprendre l'expression "commandant de l'ombre" comme un trait de caractère de cet homme de petite taille, aux cheveux gris, à la courte barbe bien taillée et au regard noir.  

Le leader chiite irakien Moqtada al Sadr et Qassem Soleimani en septembre 2019, à Téhéran. • Crédits : Khamenei.ir - AFP

Le leader chiite irakien Moqtada al Sadr et Qassem Soleimani en septembre 2019, à Téhéran. • Crédits : Khamenei.ir - AFP

C'était un personnage important qui n'aimait pas les projecteurs. Un homme calme nous dit-on, silencieux, qui écoute plus qu'il ne parle. Il ne donnait que très rarement des interviews. Quand il apparaissait en public, c'était souvent lors de cérémonies militaires ou lors d'événements avec le guide suprême de la Révolution Ali Khamenei. Il était en revanche auprès de la famille de chacun de ses soldats tombés au combat. Il se rendait souvent chez eux pour rendre hommage à leur enfant mort en martyr. Ce qui lui donne une forte popularité, un fort respect, chez les Iraniens. 

Il est né en 1957, dans une famille pauvre du sud est du pays. Il commence à travailler très jeune dans le bâtiment. Il a 22 ans en 1979 et se laisse séduire par la ferveur qui inonde la pays suite la chute du Shah. Il rejoint les Gardiens de la Révolution et s'illustre par sa bravoure durant la guerre contre l'Irak entre 1980 et 1988. Et ce malgré la légende populaire qui dit qu'il n'a reçu que six semaines d'entraînement militaire. 

En 1998, c'est à lui que revient le commandement de la force Al-Qods, avec comme seule et unique motivation, explique l'article, de remodeler le Moyen-Orient à l'avantage de l'Iran. Il en fait une force militaire redoutable, qui assassine ses ennemis, arme ses alliés et guide des milices dans tous les pays. Il la dote de différentes branches : renseignements, finance, politique, sabotage et opérations spéciales, avec des membres choisis pour leurs talents dans ces domaines, totalement dévoués à la Révolution.

Soleimani en revanche n'est pas vraiment porté sur la religion. "C'est le nationalisme qui l'anime", confirme un ancien ambassadeur américain en Irak, "et l'amour des combats". Sa réputation en Occident en fait un homme autant haï qu'admiré. Un personnage que le New Yorker compare à Karla, un agent des services secrets de l'URSS dans plusieurs romans de John le Carré. Un personnage fanatique et inarrêtable... 

Soleimani, dans cet article du New Yorker, est aussi décrit comme un personnage clé dans les différentes situations de tensions et de conflits au Moyen Orient depuis 20 ans. 

Le général Qasem Soleimani, le 11 février 2016 lors de la célébration du soulèvement de 1979 qui a donné naissance à la République islamique. • Crédits : STR - AFP

Le général Qasem Soleimani, le 11 février 2016 lors de la célébration du soulèvement de 1979 qui a donné naissance à la République islamique. • Crédits : STR - AFP

Certes, il est accusé d'avoir fomenté des attaques jusqu'au Brésil, mais c'est dans cette région qu'il a le plus étalé son influence. Meir Dagan, l'ancien directeur du Mossad, le dit "politiquement malin, habile pour établir des relations avec tout le monde." Au Liban notamment, c'était un vieil ami d'Hassan Nasrallah, le leader du Hezbollah. En Libye aussi, mais surtout, et on l'a vu encore récemment, dans l'Irak post-Saddam Hussein, ou encore en Syrie. 

Dès le début de la Guerre civile, il est venu prêter main forte au régime syrien. Il a placé lui même ses pions sur le terrain, des milliers de pions. Au point de de faire d'Al-Qods une force majeure sur le terrain. "C'est lui qui gère la guerre", dira même à l'époque un officiel américain, sous-entendant même que sans Soleimani, le régime de Bachar el-Assad serait tombé. Il n'est pourtant pas l'ami du Président syrien, il a très peu d'estime pour lui et sa très mauvaise gestion militaire de la situation. Mais "on n'est pas les Américains, on ne laisse pas tomber un allié", aurait-il un jour justifié. 

Pendant longtemps, il était vu comme un homme à abattre. Ces vingt dernières années, il a échappé à plusieurs tentatives d'assassinat, menées entre autres par les services secrets israéliens. Ce qui fait titrer le Jerusalem Post : L'impensable est arrivé, Soleimani est mort en Irak. Et son image auprès des Iraniens, je le disais au début, est très forte : celle d'un héros de guerre irréprochable. Avec eux, il jouait le modeste, parlait de lui-même comme d'un "petit soldat", repoussait même ceux qui essayaient de prendre sa main pour y déposer un baiser. 

Arwa Damon, correspondante de CNN en Irak, expliquait ce matin qu'avec sa mort, "nous sommes probablement en train d'entrer dans l'inconnu, tant Soleimani était un personnage majeur pour l'Iran, tant il était vénéré par ses hommes et par les iraniens." Bien avant, Ali Khamenei avait dit de lui qu'il était un "martyr vivant de la Révolution". Un compliment bien rare dans la bouche du leader suprême, relève ce matin la presse internationale. Et d'ajouter : c'est un potentiel futur leader de l'Iran qui a été tué sur ordre de Donald Trump.

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