John Wayne, patriote américain jusqu’à l’outrance

Publié le par Le Monde par Catherine Pacary

Quatre décennies après sa mort, l’acteur mythique fait l’objet d’un portrait critique, dans « John Wayne, l’Amérique à tout prix », diffusé sur Arte. ARTE - DIMANCHE 8 DÉCEMBRE À 22 H 35 - DOCUMENTAIRE

John Wayne dans « Jet Pilot » (1957), de Josef von Sternberg. SUNSET BOULEVARD / R.K.O. RADIO / CORBIS / GETTY IMAGES

John Wayne dans « Jet Pilot » (1957), de Josef von Sternberg. SUNSET BOULEVARD / R.K.O. RADIO / CORBIS / GETTY IMAGES

Sorti en 1949, She Wore a Yellow Ribbonelle portait un ruban jaune ») est le deuxième volet du triptyque cinématographique réalisé par John Ford sur la cavalerie des Etats-Unis, entre Le Massacre de Fort Apache (1948) et Rio Grande (1950). Un titre américain beaucoup moins belliciste que sa version française, La Charge héroïque, emmenée par le courageux capitaine Nathan Brittles et interprété par John Wayne. « Tout en célébrant la camaraderie militaire, le sens du devoir et la réconciliation Nord-Sud », écrivait Jacques Siclier dans Le Monde, en 2006, le film « esquissait, déjà, une réflexion sur le problème indien. »

Une exemplarité qui a peut-être incité Arte à choisir ce « joyau du western proustien » (selon Les Inrockuptibles) pour débuter la soirée consacrée à l’acteur américain le plus populaire de son époque, mort il y a quatre décennies.

Le documentaire qui suit est beaucoup moins flatteur. « C’est l’histoire d’une star devenue l’incarnation absolue de son pays (…) et qui va basculer dans une obsession patriotique », annonce la voix off. En s’appuyant sur des témoignages choisis, notamment ceux de Bill Ehrhart, poète et ancien marine, de Randy Roberts, et de Nancy Schoenberger, auteure et biographe, le réalisateur Jean-Baptiste Péretié dessine le portrait de Marion « Duke » Morrison – vrai nom de John Wayne –, celui qui a joué à la guerre sans jamais la faire. Pas très héroïque ?

Quoi qu’il en soit, il est toujours sympathique de voir une star avant le firmament : assistant accessoiriste sur un plateau de film muet, figurant, en 1928, dans son premier grand rôle (La Piste des géants, de Raoul Walsh), qui provoquera son changement de nom – un jeune premier ne peut pas, décemment, se prénommer Marion. Mais il devra attendre La Chevauchée fantastique (John Ford, 1939) pour être véritablement lancé.

Machisme dominant

Selon le documentaire, c’est pour ne pas compromettre cette réussite tardive (à 34 ans) que John Wayne ne s’engage pas dans les troupes américaines, à l’inverse de Clark Gable et de James Stewart. Pour Jean-Baptiste Péretié, cette lâcheté originelle explique le patriotisme de plus en plus excessif dans lequel va tomber John Wayne, au risque de se couper d’une partie de son jeune public, lors de la guerre du Vietnam. Les images d’archives le montrent sans perruque, au Vietnam, pour remonter le moral des troupes en 1966. Parallèlement, John Wayne incarne à l’écran le machisme dominant : les images montrent des scènes de fessées dans L’Homme tranquille (1952) et dans Rio Bravo (1959).

Ces prises de position patriotiques n’entament pas sa popularité. Il est même sacré meilleur acteur en 1970 par l’Académie des Oscars pour 100 dollars pour un shérif. Un an plus tard, une interview donnée à Playboy écorne le mythe : « Je ne crois pas que nous ayons mal fait de prendre ce grand pays aux Indiens, dit-il (…). Je crois à la suprématie blanche jusqu’à ce que les Noirs soient éduqués. » Atteint d’un cancer – le documentaire enchaîne les photos de l’acteur la cigarette à la bouche –, il meurt en juin 1979. Chacun retiendra tout ou une partie du mythe ou de la réalité. Dans l’armée, « faire une John Wayne » signifie tenter une attaque téméraire.

  • John Wayne, l’Amérique à tout prix, documentaire inédit de Jean-Baptiste Péretié (Fr., 2019, 52 min) et sur Arte.tv jusqu’au 14 décembre.
  • Précédé de La Charge héroïque, film de John Ford (EU, 1949, 98 min), à 20 h 55.

Publié dans Articles de Presse

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