«Les Montmartrois saluaient Michou, comme s’il était Toulouse-Lautrec, Renoir ou Dalida»

Publié le par Le Figaro par Erwana Le Guen

INTERVIEW - Le destin du Prince bleu, décédé dimanche, est indissociable de son quartier. Philippe Duley, auteur de Montmartre, le tourbillon de la vie, raconte cet attachement viscéral.

Michou attablé dans un café de Montmartre. PATRICK KOVARIK/AFP

Michou attablé dans un café de Montmartre. PATRICK KOVARIK/AFP

Parler de Michou, c’est parler de Montmartre. Au lendemain du décès du Prince bleu à l’âge de 88 ans, Philippe Duley, auteur de Montmartre, le tourbillon de la vie évoque les liens unissant la figure des nuits parisiennes à son quartier.

LE FIGARO. - Comment décririez-vous le Montmartre de Michou?

Philippe DULEY. - Son Montmartre était très localisé, il s’étendait sur une ou deux rues seulement. Michou a passé sa vie à arpenter la rue des Abbesses. Il ne s’aventurait jamais jusqu’au Sacré-Cœur. Montmartre, c’est une presqu’île, un nuage, un lieu en surplomb de Paris. Il n’en descendait jamais. Michou, c’était aussi du champagne, et rien d’autre. Tous les soirs, à 18h30, il s’installait dans un petit café de la butte et buvait des coupes. À l’image du breuvage, l’ambiance était alors pétillante. La fête, il n’y avait que ça qui comptait. J’espère qu’il y a un saint Ruinart, pour que Michou continue à en boire là où il est.

Qu’a-t-il apporté au quartier?

Il voulait encanailler Montmartre. Son cabaret était une véritable terre des sens. Il fallait remuer tous ces bourgeois... D’où l’idée décriée à l’époque de convier des travestis. L’ambiance chez lui était modeste et intime, d’ailleurs le lieu était tout petit. Michou, qui savait qui il était, a toujours refusé de l’agrandir.

Montmartre a beaucoup changé ces dernières années...

Quand les bobos étaient en terrasse - parce qu’ils fument et qu’ils ont leur poussette -, Michou et les vieux étaient à l’intérieur. Tout ce petit monde cohabitait. Les nouveaux Montmartrois qui travaillaient dans le numérique, la communication et la publicité s’arrêtaient pour le saluer, comme s’il était Toulouse-Lautrec, Auguste Renoir ou Dalida. Certains allaient jusqu’à lui demander des selfies.

Michou ne disait jamais “c’était mieux avant, quand j’étais jeune

Que restera-t-il de Michou dans le quartier?

Michou avait prévenu: «le jour où je partirai, le cabaret fermera »... Comme le champagne, tout s’évapore. Il ne sera plus attablé, en train de boire une coupe. Mais la relève existe. Des lieux formidables ont ouvert. Chez Madame Arthur, par exemple, on boit autant qu’à l’époque. Les jeunes s’y pressent.

Michou était-il nostalgique du Montmartre d’antan?

Certes, le quartier attire désormais énormément de touristes, mais les Daft Punk et Étienne Daho y habitent encore. D’ailleurs, Michou ne disait jamais «c’était mieux avant, quand j’étais jeune». Il pensait simplement qu’il fallait manger la nuit.

» Montmartre, le tourbillon de la vie, Philippe Duley, Éditions du Palais, 2018, 15 euros.

Publié dans Articles de Presse

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