75 ans d’Auschwitz, des commémorations très politiques

Publié le par La Croix par Magdalena Viatteau

Trois quarts de siècle après l’entrée des soldats soviétiques à Auschwitz, les commémorations prévues ce lundi 27 janvier donnent lieu à un conflit mémoriel entre la Pologne et la Russie.

Le président russe au Forum mondial de l'Holocauste, consacré lui aussi aux 75 ans de la libération d’Auschwitz, à Jérusalem, jeudi 23 janvier. Abir Sultan/Pool via REUTERS

Le président russe au Forum mondial de l'Holocauste, consacré lui aussi aux 75 ans de la libération d’Auschwitz, à Jérusalem, jeudi 23 janvier. Abir Sultan/Pool via REUTERS

Les cérémonies officielles du 75e anniversaire de la libération par l’Armée Rouge du camp d’extermination d’Auschwitz, sans doute les dernières à accueillir un nombre encore important de survivants, se déroulent lundi 27 janvier dans un climat particulier.

Jusqu’à présent, elles étaient marquées par le recueillement et la réflexion sur l’horreur de l’extermination des Juifs. Elles sont aujourd’hui un terrain d’affrontement politique et mémoriel entre la Pologne et la Russie. Ainsi, le président Poutine n’y a pas été invité par les Polonais à la différence de plusieurs têtes couronnées, de chefs d’État et de gouvernement, dont le premier ministre français Édouard Philippe.

Le forum de Jérusalem

La commémoration de ce 27 janvier a été concurrencée par le Forum de Jérusalem consacré lui aussi aux 75 ans de la libération d’Auschwitz, jeudi 23 janvier. Un forum organisé par un proche du président russe, le milliardaire juif russe Viatcheslav Moshé Kantor, et pour lequel le président polonais, Andrzej Duda, n’avait pas été invité à prendre la parole contrairement à Vladimir Poutine, à Emmanuel Macron, au prince Charles, au vice-président américain Mike Pence et au président allemand Frank-Walter Steinmeier.

La Pologne victime de ses maladresses

« Varsovie cueille les fruits de son indolence diplomatique », analyse l’universitaire Stanislaw Krajewski, l’un des cofondateurs du Conseil des Chrétiens et des Juifs de Pologne. « Au lieu de bâtir des alliances, elle se brouille avec des alliés potentiels, même dans une affaire aussi simple qu’Auschwitz », poursuit Krajewski. « Certes, le fait qu’Auschwitz se situe en Pologne, c’est une injustice de l’Histoire, mais en même temps c’est un atout formidable et il paraît extraordinaire qu’on échoue à l’utiliser. » Une occasion pour rappeler au monde les six millions de Polonais tués pendant la guerre, dont trois millions de Juifs, la destruction de sa capitale, la dévastation du pays et son abandon à Staline par les Alliés.

Dans sa « politique historique » consistant à gommer le rôle de l’URSS dans le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, et à exalter celui des soldats soviétiques dans la victoire sur l’Allemagne nazie, le président russe accuse généralement la Pologne d’avant-guerre d’antisémitisme et de collusion avec Hitler. Si le premier reproche a de réels fondements, le second est considéré comme injustifié par les historiens polonais et occidentaux.

L’objectif, pense-t-on à Varsovie, est de brouiller la Pologne avec Israël et la diaspora juive. Et, par ricochet, de refroidir ses relations avec les États-Unis, principal partenaire militaire de Varsovie.
Un comportement « provoquant et immature »

Varsovie était persuadé que Vladimir Poutine profiterait de sa venue à Jérusalem pour lancer une nouvelle attaque contre la Pologne. Le président Duda a considéré qu’assister à un tel discours sans pouvoir réagir serait humiliant. C’est pourquoi, il a décidé de ne pas s’y rendre. Un geste approuvé même dans les rangs de l’opposition polonaise.

À Jérusalem, Vladimir Poutine n’a pas attaqué la Pologne. Il a exalté l’héroïsme du « peuple soviétique » et appelé à un sommet extraordinaire des cinq puissances nucléaires du Conseil de sécurité de l’ONU pour renforcer la paix dans le monde.

Le directeur du Musée d’Auschwitz Piotr Cywinski, un historien respecté en Pologne et en Israël, regrette la concurrence des mémoires orchestrée par Viatcheslav Moshé Kantor, « Il y a cinq ans, il a essayé d’inviter simultanément des chefs d’État à Theresienstadt (NDLR, camp de concentration allemand, aujourd’hui en République tchèque) », a-t-il déclaré au Times of Israël, qualifiant son comportement de « provocant et immature ».

La conférence des évêques d’Europe (CCEE) a de son côté rappelé que « nous ne pouvons pas permettre que la vérité soit ignorée ou manipulée pour des besoins politiques immédiats ».

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