Charnier de Descartes : qu'est devenu le corps de Micheline Dax ?

Publié le par Le Point par Jean-Noël Mirande

INTERVIEW. La comédienne avait légué son corps à la science. Transféré à l'université Paris-Descartes, il n'est jamais réapparu. Sa fille exige des explications.

 Charnier de Descartes : qu'est devenu le corps de Micheline Dax ?

C'est vendredi 7 février que 35 familles déposeront une plainte contre X devant le parquet de Paris après le scandale des corps abandonnés au centre du don des corps de l'université Paris-Descartes. L'Express a révélé en novembre dernier les « conditions indécentes » de conservation de dépouilles de « milliers de personnes ayant fait don de leur corps à la science ». Des témoins décrivaient alors « des dépouilles putréfiées, rongées par les souris, à tel point que certaines ont dû être incinérées sans avoir pu être disséquées ». Parmi les plaignants, qui veulent tout connaître de cette sombre affaire, figure Véronique Lafond, la fille de la populaire comédienne Micheline Dax connue pour avoir également été la voix de la vache Azalée dans Le Manège enchanté ainsi que de miss Piggy (et de quelques autres personnages féminins) dans le mythique Muppet Show, décédée en avril 2014.

Le Point : Pour quelle raison votre mère avait-elle fait don de son corps à la médecine ?

Véronique Lafond : Si maman faisait rire le public, elle était très angoissée dans la vie, pas sûre d'elle, pessimiste et sombre, le contraire de l'image qu'elle donnait. Son rapport à la mort était très particulier. Orpheline de mère très jeune, elle n'était pas croyante et n'assistait plus depuis longtemps aux enterrements. Faire don de son corps à la médecine est quelque chose dont elle parlait discrètement depuis longtemps. Elle me disait qu'au moins, là, elle serait utile à l'humanité.

Comment s'est passé le transfert de son corps à l'université Paris-Descartes après son décès ?

Elle est décédée un dimanche, elle a été emmenée le lendemain pour le centre du don des corps de l'université Paris-Descartes en échange de sa carte de donneur, et ça a été fini. Il m'a été ensuite impossible d'avoir des informations complémentaires. Lorsque j'ai téléphoné, on m'a fait comprendre que je n'avais pas à en savoir davantage. On m'a simplement dit qu'elle était dans une chambre froide, et que l'on me préviendrait de la date de l'incinération, si on avait le temps, puis on m'a raccroché au nez. J'ai su au bout de quelques mois que le corps avait été incinéré et que les cendres avaient été dispersées sans possibilité de les récupérer, car les corps sont tous brûlés en même temps. Je ne sais pas si la volonté de ma mère a été respectée, puisque les corps étaient inutilisables parce qu'ils étaient pourris, certains étaient entreposés dans un couloir.

Comment et pourquoi avez-vous rejoint les familles qui portent plainte aujourd'hui ?

Lorsque les faits ont été rendus publics grâce à l'enquête de la journaliste de L'Express Anne Jouan, j'ai rejoint le collectif qui s'est créé*. Nous n'attendons aucun dédommagement financier, nous voulons juste la vérité sur ce que l'on a fait des volontés de nos familles. On a l'impression d'être dans un charnier, où ni le défunt ni leurs proches n'ont été respectés. Il y a une omerta sur le sujet. Nous voulons une traçabilité sur les dons des corps. Nous sommes 35 familles à avoir déposé une plainte aujourd'hui, mais d'autres nous rejoignent.

Publié dans Articles de Presse

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