De Gaulle intime n’est-ce pas un oxymore ?

Publié le par France Culture par Guillaume Erner

Le général Charles de Gaulle avec sa fille Anne en 1933 sur la place de Bénodet. Crédits : Archives De Gaulle

Le général Charles de Gaulle avec sa fille Anne en 1933 sur la place de Bénodet. Crédits : Archives De Gaulle

Avec cette photo bouleversante : De Gaulle assis sur une chaise longue, décontracté comme le salut au drapeaux, costume cravate et chapeauté, il est sur la plage de Bénodet en 1933, et, sur ses genoux, il porte Anne sa fillette, Anne qui était trisomique, Anne qui éclaire autrement l’existence d’Yvonne et Charles De Gaulle, Anne qu’il promena à Londres, la tenant par la main, c’est ainsi que les idées venaient à De Gaulle écrivit Malraux… 

Ces deux mots « intime » et « Charles » vont très mal ensemble, comme le disait Malraux. Chez De Gaulle, il n’y avait pas de Charles : sur les photos de De Gaulle avec ses enfants, ses petits-enfants, pas un bouton ne manque, tout le monde semble sortir de Saint-Cyr, ces photos illustrent le relâchement comme Delacroix a peint la sobriété. 

De Gaulle intime, je sais ce que vous pensez… De Gaulle n’a pas fait de sextape, allez avouez-le, c’est ce que vous vous dites, surtout si vous avez à côté du Figaro Magazine la une de Paris Match de cette semaine, où il est encore question de l’affaire Griveaux, et le titre Griveaux intime aurait bien évidemment une autre signification. 

Alors, bien évidemment, personne ne supporte la comparaison avec De Gaulle, sauf peut-être du Guesclin, Jeanne d’Arc ou Jean Moulin. Se demander si De Gaulle aurait fait telle ou telle chose, c’est la meilleure façon de désespérer. Le crépuscule de De Gaulle, ce sont les chênes qu’on abat, et, lorsque les chênes disparaissent, il ne reste plus que les glands, pardon elle était facile… 

Et pourtant De Gaulle eut une intimité, une intimité qui le montrait comme un homme qui les vaut tous et que vaut n’importe qui : ses petites histoires à côté de la grande, ce qui veut dire que toute comparaison entre De Gaulle et les hommes d’aujourd’hui devrait se faire après avoir accepté que ce mythe, comme les autres, était un homme. De Gaulle n’a pas écrit de sexto mais une nouvelle érotique, il s’est battu avec la dépression, il se disputait avec sa femme, en somme vivre dans l’ombre du général ne doit pas nous empêcher de vivre, le voir comme un géant ne doit pas nous inciter à réduire tous nos contemporains à des nains.

Publié dans Articles de Presse

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