Influent, truculent, républicain, mitterrandien, ainsi était Michel Charasse

Publié le par Le Parisien par Julie Cloris avec Ronan Tésorière et Philippe Martinat

Conseiller et ministre de François Mitterrand, l’ancien sénateur du Puy-de-Dôme est décédé dans la nuit de jeudi à vendredi, à l’âge de 78 ans.

Michel Charasse en novembre 2011 lors du congrès annuel des Maires de France. LP/OLivier Lejeune

Michel Charasse en novembre 2011 lors du congrès annuel des Maires de France. LP/OLivier Lejeune

Un baron, au sens le plus politique, s'est éteint. L'ancien ministre mitterrandien Michel Charasse est décédé dans la nuit de jeudi à vendredi, à 78 ans, des suites d'une longue maladie qui lui avait fait quitter le Conseil constitutionnel il y a pratiquement un an.

L'ancien sénateur du Puy-de-Dôme, maire de Puy-Guillaume pendant 33 ans, conseiller politique de François Mitterrand et ministre, est décédé à l'hôpital de Clermont-Ferrand. Seulement quelques semaines après avoir reçu les insignes d'officier de la Légion d'honneur des mains du président de la République, Emmanuel Macron. Une extrême-onction laïque ? Charasse avait marqué les esprits en 1996, restant à la porte de l'église de Jarnac où se déroulaient les obsèques de François Mitterrand. Refusant d'entrer dans une église, il avait préféré tenir dehors la laisse de Baltique, le dernier labrador de l'ancien président.

Michel Charasse avec François Mitterrand et Hubert Védrine en 1993. AFP/Gérard Fouet

Michel Charasse avec François Mitterrand et Hubert Védrine en 1993. AFP/Gérard Fouet

« Je suis bouleversé », a confié au Parisien Jean Glavany. L'ancien ministre de l'Agriculture s'inquiétait de ne pas avoir de réponse depuis trois jours aux textos qu'il envoyait à son ami.

Michel Charasse souffrait « beaucoup », selon un proche, des suites d'un cancer de la mâchoire, maladie semble-t-il typique des grands fumeurs de cigares. Chloé Bertolus, la chirurgienne de Philippe Lançon, avait tenté d'en réparer les dégâts, mais il gardait des difficultés à s'exprimer, un comble pour cet homme de verbe. « Ça lui pesait beaucoup », raconte Me Gilles-Jean Portejoie, son avocat et ami depuis 1983.

Michel Charasse en décembre 1997 au Sénat, un havane en bouche. AFP/Joel Robine

Michel Charasse en décembre 1997 au Sénat, un havane en bouche. AFP/Joel Robine

Charasse, c'étaient une voix, des bretelles, des lunettes qui virevoltaient à mesure que sa parole s'emballait, une influence colossale dans les années 1980 et quelques petits arrangements avec les règles, défendus avec verve. Avocat de lui-même comme de la République. En mars dernier, dans une longue interview au quotidien La Montagne, il assurait : « Selon mon état de santé, je serai toujours de tous les combats de la République pour la défense des grands principes de 1789 et de 1946 ainsi que de ceux construits par la IIIe République ».

« Bon client » des médias, pour son humour, il aurait pu se raconter à tous les journaux, mais c'est le quotidien régional qu'il avait choisi pour boucler sa boucle. Né à Chamalières (1941), assistant parlementaire de trois députés du Puy-de-Dôme, puis maire et sénateur, il n'a cependant jamais été plus que conseiller politique et ministre du Budget (de 1988 à 1992). Il avait alors rétabli l'impôt sur les grandes fortunes. Vingt ans plus tard, il continuait d'y voir le gage de sa solidité idéologique.

« Il attaquait à chaque fois »

Influent, l'homme était aussi redouté, tant pour ses formules venimeuses - n'avait-il pas traité Michel Rocard de « petit-gris, fripé, triste et raté ! », qui avait eu l'outrecuidance de critiquer Mitterrand deux ans après sa mort ? - que pour sa raideur, à contresens de sa rondeur physique. « Je l'ai défendu des dizaines de fois, il attaquait à chaque fois », raconte encore Me Portejoie. De l'excès de vitesse à la diffamation, le mitterrandien contestait « chaque fois que son honneur était touché ». « Il était très exigeant, pour lui chaque dossier était celui du siècle. Il nous galvanisait ! »

Il paraissait très attaché aux privilèges de « l'ancien monde » : en 2013, il n'avait pas du tout apprécié que Manuel Valls lui supprime la protection rapprochée dont il bénéficiait depuis 1992. Une anomalie dénoncée par les policiers qui y voyaient une « protection de confort », épinglée dans un rapport de 2010 de la Cour des comptes.

En 2008, il avait été suspendu puis exclu du Parti socialiste pour avoir soutenu un dissident candidat au conseil général de son département. Ses amis lui reprochent de pencher de plus en plus à droite, dans le but d'accéder au Conseil constitutionnel. Il fut nommé rue de Montpensier en 2010, par le président Nicolas Sarkozy. « Ceux qui nous ont nommés n'ont jamais fait pression sur nous. Pendant neuf ans, je n'ai pas eu un coup de fil de Nicolas Sarkozy. Durant la courte période où il a siégé, il ne m'a rien demandé. Pas un mot même lorsque nous avons examiné ses comptes de campagne », affirmait-il encore l'an dernier à La Montagne.

Lors de sa remise de décoration à l'Elysée le 27 janvier, raconte Me Portejoie, « Macron l'a assez bien défini, disant qu'il avait un sens aigu de l'amitié et de la République. Oui, il avait fait des deux un véritable culte. Le discours du président était formidable. Michel s'était senti apaisé après cette marque de reconnaissance ».

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