La Shoah n’est pas la fin de l’histoire de l’antisémitisme

Publié le par Atlantico avec Iannis Roder

Iannis Roder publie "Sortir de l'ère victimaire" aux éditions Odile Jacob. Nourri de documents exceptionnels sur la Shoah, ce livre s’adresse à tous ceux qui pensent que son enseignement peut éclairer et fortifier les citoyens que nous sommes. Extrait 1/2. 

La Shoah n’est pas la fin de l’histoire de l’antisémitisme

Aujourd’hui, la propagande anti-israélienne reprend l’idée que les juifs, en l’occurrence les Israéliens, seraient d’une cruauté particulière à l’encontre des enfants. Face aux assassinats d’enfants juifs perpétrés à Toulouse par Mohammed Merah, ce sont les enfants palestiniens qui ont été mis en miroir par certains élèves : « On ne fait rien pour les enfants palestiniens », s’indignaient-ils. 

Au-delà des confusions et de la concurrence victimaire qu’exprime cette phrase, elle souligne l’idée que les enfants seraient une cible particulière visée par l’armée d’Israël, reprenant donc la vieille antienne actualisée. La propagande anti-israélienne ne cesse, de fait, de réactiver le mythe des enfants cibles privilégiées, à l’image de cet article d’un journal algérien qui titrait, le 3 août 2017, qu’« Israël empoisonne les enfants palestiniens avec du chocolat » ou comme cette affichette du BDS France qui annonce qu’« Israël torture les enfants palestiniens ». 

Les affiches ou images, voire les photomontages sont nombreux à utiliser ce ressort de l’enfance ciblée et de l’avidité israélienne (donc juive) pour le sang. Mettre en avant les enfants a évidemment pour but d’émouvoir, mais faire des enfants des cibles réactive aussi un vieux mythe antisémite. 

Il en est de même avec l’idée de complot. C’est pourquoi les élèves, quand ils travaillent sur les théories conspirationnistes, doivent pouvoir prendre connaissance, en classe, de l’histoire des Protocoles des Sages de Sion. Ils seront ensuite tout à fait capables de comprendre les unes de journaux des années 1930 qui font du Front populaire « un instrument aux mains des juifs », et d’en identifier la dimension paranoïaque et complotiste. Ils seront également à même de faire le lien avec le présent, et notamment avec les débordements antisémites actuels. Utiliser ce que nous offre l’actualité présente un triple intérêt : cela permet d’aider nos élèves à la décrypter, de leur montrer la permanence des schémas antisémites à travers l’histoire et leur réactivation dans les moments de crise et, enfin, de souligner que les connaissances historiques nous aident à lire le monde d’aujourd’hui. 

La crise des Gilets jaunes s’est accompagnée de son lot de dérives antisémites : en témoignent des photographies prises aux abords de certains ronds-points. Quand le président de la République Emmanuel Macron, sur une banderole accrochée à un pont autoroutier de Bourgogne en décembre 2018, est traité de « pute à juifs » ou quand, à Pontcharra-sur-Turdine, à une sortie d’autoroute, il est associé à des hommes d’affaires et à la « banque juive » dans un slogan simple et efficace : « Macron = Drahi = Attali = banques = médias = Sion » (les « A » étant écrits à partir de triangles, renvoyant ainsi à la Franc-maçonnerie, et le « S » de Sion en forme stylisée utilisée par les « S » de « SS », nazifiant ainsi Israël et le sionisme), les vieux poncifs antisémites, parmi lesquels le complotisme, se trouvent là aussi réactivés. 

Étudier ces images et ces slogans, en les mettant en parallèle avec des affiches ou de la propagande datant des années 1930 par exemple, permet non seulement d’identifier les invariants antisémites, mais aussi d’en comprendre l’inanité et la malhonnêteté. L’histoire nous offre en effet la possibilité de travailler sur le temps long qui permet de disqualifier les discours antisémites car leurs prévisions ne se sont jamais réalisées… Léon Blum voulait détruire la France ? Ce ne fut pas le cas. Hitler pensait qu’une victoire des Alliés, c’est-à-dire des « juifs », aboutirait à la disparition de l’Allemagne et des Allemands ? Il n’en fut rien. 

Il faut néanmoins avoir conscience que ce type de stratégie ne peut fonctionner que sur des esprits épris d’objectivité et non pollués par une idéologie de la haine. Mais s’il existe des antisémites obsessionnels, dans les classes, ils sont loin d’être majoritaires et la plupart de ceux qui tiennent des propos antisémites ne sont pas dans l’idéologie. Le dialogue peut et doit alors se faire. Confronter leurs propos aux discours tenus dans l’histoire leur permet de constater qu’ils se font le relais, souvent par ignorance, de vieilles idées qui sont autant de visions du monde haineuses ou paranoïaques. Ils ne peuvent le saisir que parce qu’ils ont travaillé et réfléchi avec leurs professeurs.

Extrait du livre de Iannis Roder, "Sortir de l'ère victimaire, Pour une nouvelle approche de la Shoah et des crimes de masse", publié aux éditions Odile Jacob

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