Loire-Atlantique : à 103 ans, l’ancien prisonnier de la Seconde Guerre mondiale raconte ses souvenirs

Publié le par Actu par L'Hebdo

Jean Baty, âgé de 103 ans, était l'un des derniers prisonniers de la 2e Guerre mondiale à revenir de Prusse Orientale. Celui qui vit à Gétigné raconte ses souvenirs de guerre.

Les souvenirs de guerre de Jean Baty sont racontés dans un document destiné à la famille. (Hebdo de Sèvre et Maine)

Les souvenirs de guerre de Jean Baty sont racontés dans un document destiné à la famille. (Hebdo de Sèvre et Maine)

Les mots, trop douloureux, ne sortaient pas. Il a attendu d’avoir 95 ans pour parler et raconter son histoire à ses enfants.

Ses souvenirs de guerre remplissent aujourd’hui un livre d’une cinquantaine de pages, dédié à la famille. Intitulé « 1937-1945 – Une longue parenthèse », le document retrace les années de la Seconde Guerre mondiale de Jean Baty, doyen de la maison de retraite de Gétigné (Loire-Atlantique), âgé aujourd’hui de 103 ans.

Huit années durant lesquelles l’ancien agriculteur a connu la guerre, la peur, l’exil, la prison, la mort et la souffrance.

Né en 1917 à Vieillevigne, Jean Baty qui a arrêté l’école à 12 ans, « à regret », pour travailler à la ferme, est appelé au service militaire le 1er septembre 1937. Il a 20 ans.

Affecté à Bourges au Peloton divisionnaire anti-chars, Jean Baty quitte L’Herbergement (Vendée) en train.

A la caserne, il se forme au maniement du canon anti-char.

    Nous n’étions pas malheureux. Nous avions plusieurs permissions dans l’année : à la Toussaint, à Noël, une permission agricole pour les récoltes… »

Poche de Boulogne

Le 25 août 1939, 15 jours avant la fin de son service militaire, Jean Baty dispose d’une permission de trois jours. « C’était pour aller chercher ma valise chez nous. »

De retour à la caserne, la guerre était déclarée. « J’ai envoyé la valise vide à la maison. »

Son régiment gagne la frontière de l’Est, en Moselle. Puis rejoint le département du Nord à la frontière. Le soldat Jean Baty passe l’hiver à attendre.

    Notre mission était d’empêcher les Allemands de passer. Nous vivions dans la forêt et campions par petits groupes dans des granges ».

L’invasion de la Belgique par les Allemands pousse le régiment à remonter vers le front du nord.

Pendant 15 jours, le soldat Jean Baty affronte l’armée allemande en Belgique avant de se replier sur Boulogne.

Embarqué dans des wagons à bestiaux

Pendant la bataille « rude », Jean Baty voit un de ses compagnons d’armes se coucher à ses côtés, tué par un éclat d’obus.

Prisonnier dans la poche de Boulogne avec 3 000 autres soldats, Jean Baty va rejoindre Jemelle en Belgique. 300 km à pied sous la menace des soldats allemands.

    Il ne fallait pas tomber. Ils ne nous donnaient pas à manger. On se débrouillait avec ce que nous donnait la population civile ».

Après Jemelle, Jean Baty est embarqué dans des wagons à bestiaux où « il était impossible de s’allonger ».

Pendant le voyage, Jean Baty voit des gardiens SS abattre sous ses yeux à coups de crosse un prisonnier polonais. Direction le Stalag 1 B en Prusse orientale.

Quinze jours plus tard, Jean Baty rejoint une ferme, située à 10 km du camp. Bien traité, le natif du pays nantais est employé aux travaux de la ferme.

    Dès que je suis entré dans la cour, la famille s’est montrée très accueillante, déplorant mon triste état ».

Cantine militaire à Königsberg

Après 18 mois, Jean Baty, qui souffre d’une hernie, quitte la ferme et rejoint un stalag en octobre 1941. L’opération se fait sans anesthésie dans un camp, aux « conditions de vie très dures ».

Après l’opération, nouvel internement pour Jean Baty. Ce dernier rejoint une cantine militaire à Königsberg, près de la mer Baltique.

Dans ce collège réquisitionné par l’armée allemande, « les conditions de vie redeviennent meilleures ». Jean Baty est affecté au ravitaillement et la mise en bouteille de vins.

Durant l’exil, Jean Baty participe à l’évasion de prisonniers « qui travaillaient ailleurs dans la ville ».

Ville bombardée

Jean Baty va rester dans cette cantine jusqu’en 1944, année où la ville est bombardée par les Allemands puis par les Russes qui approchent.

A partir d’août 1944, la vie y est très difficile.

    Le feu des bombes incendiaires détruisait tout. Dans la ville assiégée tout l’hiver, beaucoup sont morts brûlés.  J’ai même eu beaucoup de chance ».

Une nuit, alors qu’il dort à l’extérieur, le collège où il réside est bombardée et entièrement détruit.

L’assaut final est donné au printemps 1945. Les soldats allemands enrôlent les prisonniers français.

    « Nous devions par exemple creuser des tranchées. Nous faisions semblant d’être blessés, le bras en écharpe pour ne pas rester au front ».

Prisonnier des Russes

Considéré comme une monnaie d’échange avec les alliés, le prisonnier des Allemands devient celui des Russes. Les prisonniers français sont envoyés en Russie, loin de la frontière.

    Nous sommes partis à pied dans le froid sous la menace de ces brutes. Peu de nourriture. Nous dormions de fatigue dans la neige »

Le prisonnier de guerre ne sera libéré que le 29 juin 1945. Commence alors le long chemin du retour. A pied, en train et la faim au ventre. Jean Baty va mettre près de deux mois pour rejoindre Montaigu.

L’enfant du pays arrive à L’Herbergement le 15 août 1945. « Nous étions parmi les derniers prisonniers à revenir de Prusse Orientale », répète Jean Baty.

Le voyage en enfer aura duré presque six ans. 75 ans plus tard, il se lit dans un document de famille, outil de mémoire pour les générations futures.

Publié dans Articles de Presse

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