Mort de Hosni Moubarak, le pharaon déchu

Publié le par La Croix par Denise Ammoun au Caire

L’ex-président égyptien déchu est mort le mardi 25 février à l’hôpital militaire de Galaa au Caire à 91 ans. Conspué par son peuple, lâché par l’armée, il fut contraint de démissionner le 11 février 2011 après trois décennies au pouvoir.

Hosni Moubarak, en septembre 2010. Allié des États-Unis, le président égyptien s’était rendu à la Maison-Blanche en vue de pourpalers de paix dans la région du Proche-Orient.

Hosni Moubarak, en septembre 2010. Allié des États-Unis, le président égyptien s’était rendu à la Maison-Blanche en vue de pourpalers de paix dans la région du Proche-Orient.

Hosni Moubarak est mort au Caire mardi 25 février, à l’âge de 91 ans à l’hôpital militaire du Caire a annoncé sa famille. La présidence égyptienne se chargera d’organiser les funérailles de l’ancien raïs, qui a dirigé Égypte pendant trois décennies.

En plein soulèvement arabe, lorsque des millions d’Égyptiens avaient réclamé son départ, il avait été contraint de lâcher le pouvoir le 11 février 2011. Il avait été condamné à la prison à vie le 2 juin 2012 pour avoir laissé les forces de l’ordre tirer à balles réelles sur ses opposants lors de la sur la place Tahrir au Caire début 2011, ce qui avait entraîné la mort de 849 personnes et fait des milliers de blessés. Il était depuis lors très malade, victime de plusieurs accidents cardiaques.

Un succès pour son premier mandat

Pourtant, le 14 octobre 1981, quand Hosni Moubarak, quatrième président de la République arabe unie, prête serment, les Égyptiens ressentent un véritable apaisement. Ancien commandant des forces aériennes, cet homme au passé glorieux saura poursuivre la route tracée par Nasser et Sadate. Après la défaite égyptienne de 1967 face à Israël, Gamal Abdel Nasser lui avait confié la restructuration de l’aviation. En 1973, lors de la bataille d’octobre, il avait tracé, puis lancé l’attaque contre la ligne Bar Lev, réputée imprenable. Sadate le nomme alors maréchal, puis vice-président.

Très vite, le peuple égyptien constate qu’il n’a pas le charisme de Nasser, ou le talent théâtral de Sadate, mais il sait mener la barque avec sagesse. Son premier mandat est un succès. Il accepte de recevoir Yasser Arafat, chassé du Liban par la Syrie, puis renoue des relations diplomatiques avec le roi Hussein de Jordanie. Grâce à ces deux hommes, et surtout grâce à la guerre entre l’Irak et l’Iran où Saddam Hussein a demandé l’aide militaire de l’Égypte, le pays réintègre partiellement les rangs arabes, dont il avait été banni après la signature de son traité de paix avec Israël.

Parallèlement, Moubarak refuse la politique des Axes adoptée par ses prédécesseurs. Il tient à entretenir d’excellentes relations avec tous les pays du monde. Durant son second mandat, il conseille à Arafat de reconnaître les résolutions 242 et 338 du Conseil de sécurité, soit la reconnaissance implicite d’Israël, afin de renouer le dialogue avec les États-Unis. En médiateur entre l’État hébreu et l’OLP, il organise les grandes réunions israélo-palestiniennes, après l’accord d’Oslo et, en 1994, le traité du Caire est le prélude à la naissance de l’État palestinien.

En 1991, l’Égypte participe à la guerre du Golfe menée contre l’Irak. En contrepartie, les États-Unis, l’Arabie saoudite et le Koweït effacent, d’un trait de plume, près de 10 milliards de dollars de dettes égyptiennes. Le raïs aurait pu alors redresser la situation économique de son pays. En fait, il n’en est rien. Déjà, la corruption gangrène le régime.

Maintien au pouvoir après deux mandats

Hosni Moubarak qui avait déclaré qu’il n’assumerait que deux mandats se maintient au pouvoir, d’autant que ministres et députés le supplient de ne pas quitter ses fonctions. Une révolte intérieure commence pourtant à gronder. L’état d’urgence instauré depuis l’assassinat de Sadate en 1981 est sans cesse reconduit sous prétexte de contrer les islamistes armés. Les milliards de dollars recueillis après la guerre du Golfe n’ont pas ranimé l’économie, le chômage atteint des sommets, 40 % des Égyptiens vivent au-dessous du seuil de pauvreté. La démocratie, sans cesse évoquée, et toujours repoussée. Le Parti national démocrate (PND, au pouvoir) détient toutes les fonctions importantes, et gère toutes les entreprises du pays.

Hosni Moubarak ne veut pas voir les problèmes intérieurs. Il brigue un quatrième mandat. Mais l’opposition dénonce une corruption à large échelle, et l’état d’urgence favorise des arrestations arbitraires, dont les Frères musulmans font les frais. Il est fier des succès enregistrés en politique extérieure, de la considération internationale et de l’appui des États-Unis, dont il est la pièce maîtresse sur l’échiquier du monde arabe. Il a pris goût au pouvoir, son épouse aussi.

Le 12 décembre 2004, quand la candidature de Moubarak pour un cinquième mandat se précise, l’opposition, dans toutes ses composantes, se groupe sous une même bannière : « Kefaya » (« ça suffit ! »).

Révolte des Égyptiens

De l’avis général, si Moubarak s’était retiré à cette époque, il coulerait aujourd’hui des jours heureux dans l’un de ses palais, échappant à toute poursuite. Mais le raïs se croit invulnérable, et sa femme, qui souhaite voir Gamal, le fils cadet, succéder à son père, l’encourage à ignorer cet avertissement.

Le raïs cherche cependant à déjouer cette révolte. Il promet l’amendement de la Constitution pour permettre une élection présidentielle multipartite au suffrage universel. Mais l’amendement de l’article 76 est un simple maquillage : les conditions posées pour toute candidature garantissent l’élection de Moubarak, ou de Gamal, dont le régime prépare déjà l’accession au pouvoir.

Gamal, justement, est à la tête du Comité des politiques, et trace les grandes lignes de la vie du pays. Ses amis sont d’opulents hommes d’affaires, de jeunes loups avides d’enrichissement, fût-il illicite. Pour monter un projet, ou réussir un investissement en Égypte, il faut montrer patte blanche à son frère Alâa. Son père le sait, et ne dénonce pas cette mainmise. Suzanne, sa femme, exerce diverses activités dites « culturelles », et place dans son compte en banque les dons adressés aux œuvres, notamment à la Bibliothèque d’Alexandrie. Depuis, elle a dû rembourser ces biens mal acquis pour échapper à la prison.

Les élections législatives truquées de novembre 2010 et la perspective de voir Gamal succéder à son père poussent les Égyptiens dans la rue. À partir du 25 janvier 2011, des millions d’entre eux, sur le modèle tunisien, réclament le départ du raïs. Le 11 février, lâché par les militaires, qui voient là un moyen de se débarrasser de Gamal, Hosni Moubarak démissionne et remet le pouvoir à l’armée. Accompagné de toute sa famille, il quitte Le Caire pour Charm-El-Cheikh, élégante ville côtière de la mer Rouge où le pharaon déchu possède une superbe propriété.

Arrestation pour corruption

Le 14 avril, Hosni Moubarak et ses deux fils sont arrêtés pour corruption, et placés à la prison de Tora en détention préventive. Le lendemain, Hosni Moubarak est victime d’une crise cardiaque. Il est aussitôt transporté à l’hôpital de Charm-El-Cheikh. Il y résidera jusqu’au 3 août en qualité de prisonnier.

Le Conseil suprême des forces armées (CSFA) annonce que l’ancien raïs, ses deux fils, le ministre de l’intérieur et six généraux seront jugés en public. Le 3 août, Hosni Moubarak est transporté par hélicoptère de l’hôpital de Charm-El-Cheikh jusqu’à l’Académie de police, dont la pièce principale a été transformée en salle de tribunal. Il entre dans la cage des détenus, allongé sur une civière. Ses deux fils et les généraux s’y trouvent déjà. Des millions de téléspectateurs incrédules assistent à la première audience retransmise en direct. À l’extérieur du tribunal, ses partisans et les opposants se battent à coups de pierres et de bâtons. Le procureur général réclame la peine de mort contre Moubarak. Il sera condamné à la réclusion à perpétuité, avant d’être définitivement acquitté puis libéré le 24 mars 2017. Six ans après la révolution.

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