REPORTAGE. Oswiecim, petite ville polonaise normale aux portes de l’enfer d’Auschwitz

Publié le par Ouest-France par Justine Salvestroni, correspondante en Pologne.

En allemand, Oswiecim s’appelle Auschwitz. Soixante-quinze ans après la libération du camp d’extermination nazi, le 27 janvier 1945, les habitants de la ville polonaise d’Oswiecim veulent vivre simplement. Sans oublier les horreurs du passé.

La place du marché d’Oswiecim. Le camp d’extermination est à moins de trois kilomètres de l’autre côté de la rivière. | JUSTINE SALVESTRONI

La place du marché d’Oswiecim. Le camp d’extermination est à moins de trois kilomètres de l’autre côté de la rivière. | JUSTINE SALVESTRONI

Avec sa place du marché et ses petites rues calmes, le centre-ville d’Oswiecim (appelée Auschwitz en allemand), en Pologne, est plein de charme. À moins de 3 km, de l’autre côté de la rivière Sola, se trouve un portail qui porte la sinistre inscription Arbeit macht frei (le travail rend libre) et marque l’entrée du camp d’extermination nazi, libéré par les Russes un 27 janvier, il y a 75 ans.

" C’est une partie complètement différente de la ville, estime la souriante Ana, 32 ans, restauratrice. Il y a Auschwitz, le camp. Et Oswiecim, où les gens sont joyeux. C’est une ville qui gagne en dynamisme depuis une dizaine d’années ! " Le restaurant qu’elle vient tout juste d’ouvrir, rempli de familles venues goûter " les meilleures frites de la ville ", n’est qu’à 600 mètres du camp.

Ana vient d’ouvrir son restaurant : « Il y a Auschwitz, le camp. Et Oswiecim, où les gens sont joyeux. » | JUSTINE SALVESTRONI

Ana vient d’ouvrir son restaurant : « Il y a Auschwitz, le camp. Et Oswiecim, où les gens sont joyeux. » | JUSTINE SALVESTRONI

"Oswiecim est une ville tout ce qu’il y a de plus normal. Le seul moment où elle ne l’a pas été, c’est quand il y a eu les camps nazis ", explique Pawel Sawicki. Guide et responsable des réseaux sociaux du Mémorial d’Auschwitz, nom germanisé d’Oswiecim, il vit dans cette commune de 40 000 habitants depuis huit ans.

Comment justement vit-on, si proche du plus grand cimetière juif du monde, où plus de 1,1 million de personnes sont mortes ? " Je suis née ici, raconte Ana. Quand j’étais petite, mes profs, mes parents, mes grands-parents me parlaient sans arrêt d’Auschwitz. Mais on ne peut pas y penser tout le temps, sinon on deviendrait fous ! " Alors elle dit n’y penser que lors des commémorations, comme celles qui se tiendront ce lundi. " Ici, la visite du mémorial est obligatoire pour tous les élèves, explique Ana. Donc on sait tous ce qui s’est passé, c’est très important d’en être conscients ! "

Le camp d’Auschwitz-Birkenau, tout proche de la ville

Pendant la guerre, la " zone isolée " d’Auschwitz-Birkenau occupait une surface de 40 km2, toute proche de la ville. Le Mémorial, aujourd’hui, occupe 190 hectares au sol, mais un espace symbolique et émotionnel considérable. Pour Pawel Sawicki, " les habitants d’Oswiecim comprennent qu’ils ont une certaine responsabilité. Il y a une quinzaine d’années, la mairie était contre le Mémorial, considéré comme quelque chose d’étrange et d’étranger, en bref, une source de problèmes. Mais ces arguments n’ont pas beaucoup porté. "

Même pour les guides, il peut être difficile de travailler dans un tel endroit. Mais, affirme Pawel Sawicki, " on s’habitue. Soit les guides craquent et démissionnent très vite, soit ils restent très longtemps. Ce qui nous fait tenir, c’est l’idée que l’on a une mission : l’éducation. "

Publié dans Articles de Presse

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