Coronavirus : Patrick Devedjian, président des Hauts-de-Seine et ancien ministre, est mort du Covid-19

Publié le par Le Monde avec AFP

Il avait annoncé le 26 mars être « touché par l’épidémie ». Il est mort à 75 ans. Dans ses derniers messages, il avait voulu « témoigner directement du travail exceptionnel de tous les personnels soignants ».

Patrick Devedjian, en avril 2015. LOIC VENANCE / AFP

Patrick Devedjian, en avril 2015. LOIC VENANCE / AFP

Le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine, Patrick Devedjian, est mort du Covid-19. L’annonce a été faite, dimanche 29 mars au matin, par le département francilien, dans un communiqué. L’ancien député et ex-ministre, âgé de 75 ans, avait annoncé jeudi 26 mars être « touché par l’épidémie », sur son compte Twitter relié à son site personnel. Il avait été placé la veille en observation dans un hôpital du département, selon l’Agence France-Presse. Encore stable vendredi, selon son entourage, son état s’est rapidement dégradé samedi.

Dans ses derniers messages publics, Patrick Devedjian avait voulu « témoigner directement du travail exceptionnel des médecins et de tous les personnels soignants. (…) Fatigué mais stabilisé grâce à eux, je remonte la pente et leur adresse un très grand merci pour leur aide constante à tous les malades », disait-il, avant de remercier « particulièrement tous les personnels du département Hauts-de-Seine qui se sont mobilisés pour répondre aux besoins des habitants ».

Avocat de profession, ancien député des Hauts-de-Seine (1986-2002, 2005-2009 et 2010-2017) et ancien maire d’Antony (de 1983 à 2002), Patrick Devedjian était depuis 2007 président (UMP puis Les Républicains) du conseil départemental des Hauts-de-Seine.

« Engagements sans concession »

Entre 2008 et 2010, il a occupé le poste de ministre chargé de la mise en œuvre du plan de relance du gouvernement de François Fillon, en pleine crise financière mondiale. Le président de la République de l’époque, Nicolas Sarkozy, a rendu hommage dimanche matin à « un homme passionné, entier, sincère, engagé ». François Fillon a, lui, salué les « engagements sans concession » et la « passion pour la politique » de son ancien ministre.

Auparavant, entre 2002 et 2005, Patrick Devedjian avait été plusieurs fois ministre délégué dans les gouvernements de Jean-Pierre Raffarin. Grand tenant de l’autonomie des collectivités territoriales, il fut d’abord ministre délégué chargé des libertés locales (de 2002 à 2004) et pilota à ce titre les lois de l’acte II de décentralisation. Il fut ensuite ministre délégué à l’industrie et œuvra notamment à la libéralisation des télécommunications. Jean-Pierre Raffarin a salué dimanche « un ministre qui a fait honneur à la fonction. L’un des meilleurs ».

« Le premier sarkozyste du gouvernement »

Anticommuniste résolu, Patrick Devedjian avait dans sa jeunesse milité pour le mouvement d’extrême droite Occident, entre 1963 et 1966. « Je ne me suis jamais caché de mon passé », expliquait-il en février 2005 au Monde : « J’étais d’origine arménienne et c’était aussi une façon, pour moi, de me sentir français. » Né le 26 août 1944 à Fontainebleau (Seine-et-Marne), Patrick Devedjian était le fils d’un réfugié arménien arrivé en France en 1919.

Au début des années 1970, il a collaboré avec Raymond Aron à la revue Contrepoints, qui révéla en France l’existence des premiers dissidents soviétiques. Avocat au barreau de Paris, il a notamment défendu Jacques Chirac et Charles Pasqua.

Patrick Devedjian en octobre 1983, après sa victoire à la mairie d’Antony. DOMINIQUE FAGET / AFP

Patrick Devedjian en octobre 1983, après sa victoire à la mairie d’Antony. DOMINIQUE FAGET / AFP

Porte-parole du RPR de 1999 à 2001, il est devenu peu à peu un proche soutien de Nicolas Sarkozy, tout en se faisant connaître pour son esprit indépendant et son humour grinçant. « Je suis le premier sarkozyste du gouvernement », disait-il en 2005 dans le très chiraquien gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, dont il fut ensuite évincé au mois de mai.

L’accession de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, en 2007, ne le conduit pas au ministère de la justice, dont il rêvait et qui lui avait déjà échappé en 2002 : le premier gouvernement Fillon est alors dans une politique d’ouverture aux centristes et à la gauche. « Je suis pour aller très loin dans l’ouverture, très loin, y compris jusqu’aux sarkozystes », a ironisé en réponse Patrick Devedjian à la mi-mai 2007.

Quelques mois plus tard, il est élu secrétaire général de l’UMP, une tâche difficile alors que Nicolas Sarkozy garde en coulisses la haute main sur le parti. En 2008, Patrick Devedjian déclare vouloir nettoyer « les écuries d’Augias » des Hauts-de-Seine et redonner une « bonne réputation » au département dont il a pris la tête en juin 2007 – en remplacement de Nicolas Sarkozy. Les rivalités avec la famille Sarkozy iront en s’accentuant dans le cadre du scandale provoqué par la candidature de Jean Sarkozy pour devenir le successeur de Patrick Devedjian à la présidence de l’Etablissement public d’aménagement de La Défense (Epad), un poste que ce dernier a occupé de 2007 à 2009.

Au conseil général des Hauts-de-Seine, en mars 2011. MIGUEL MEDINA / AFP

Au conseil général des Hauts-de-Seine, en mars 2011. MIGUEL MEDINA / AFP

Patrick Devedjian fut ensuite président de l’Etablissement public de gestion de La Défense (Defacto) de 2009 à 2018. Il œuvra à la fusion des deux établissements pour créer l’Etablissement public Paris La Défense, dont il prit la présidence en 2018.

Grand collectionneur, féru d’art du XVIIIe siècle, Patrick Devedjian était par ailleurs administrateur du Musée du Louvre. Il fut à l’initiative de la construction du grand complexe installé sur l’île Seguin – La Seine musicale, à Boulogne-Billancourt – et de l’enceinte sportive et culturelle Paris La Défense Arena, à Nanterre.

Dernièrement, il portait le projet de création du Musée du Grand Siècle dans la caserne Sully à Saint-Cloud. Président du syndicat Paris Métropole et coprésident de la Mission de préfiguration de la métropole du Grand Paris de 2014 à 2016, Patrick Devedjian avait engagé une fusion avec le département des Yvelines.

Hommage de responsables politiques

Après l’annonce de la mort de Patrick Devedjian, Richard Ferrand, président de l’Assemblée nationale, a exprimé sur Twitter sa « grande émotion », saluant un « républicain engagé, esprit libre ». « Grande tristesse d’apprendre la mort de Patrick Devedjian. Homme courageux et totalement dévoué à sa ville d’Antony et aux Hauts-de-Seine », a réagi Gérard Larcher, président du Sénat.

Valérie Pécresse, présidente du conseil régional d’Ile-de-France, s’est dite « bouleversée » : « Patrick Devedjian était une personnalité exceptionnelle par sa personnalité, ses convictions et son immense culture. Il a marqué de son empreinte à la fois son département des Hauts-de-Seine et le pays. »

L’ancienne garde des Sceaux Rachida Dati, candidate LR à la Mairie de Paris, a exprimé sa « très grande tristesse à l’annonce du décès de mon ami Patrick Devedjian. Esprit brillant, élu dévoué à son territoire, empathique et doté d’un grand sens de l’Etat, il était une figure de la vie politique française. Mes pensées vont à sa famille et à ses proches ».

Xavier Bertrand, président du conseil régional des Hauts-de-France, est pour sa part « profondément attristé par le décès de Patrick Devedjian, esprit libre à la parole libre. A sa ville d’Antony et à son département des Hauts-de-Seine, il aura toujours voulu donner un temps d’avance. » « Hommage à ce gaulliste engagé, courageux qui fut un grand ministre et un grand maire dévoué à sa ville d’Antony avec lequel j’ai partagé de nombreux combats aux côtés de Nicolas Sarkozy », a réagi le maire de Nice, Christian Estrosi.

« Nos idées étaient certes différentes. Mais j’appréciais le débat avec cet homme cultivé, courtois, authentiquement libéral et européen, passionnément attaché à la France et à ses racines arméniennes », a salué de son côté le commissaire européen Pierre Moscovici, ancien ministre de l’économie. « Une autre bien triste nouvelle… J’aimais bien Patrick Devedjian, son franc-parler, son humour, son ancrage local. Il était affectueux et d’une grande culture. A sa famille et à ses proches toutes mes condoléances », a posté l’ancien premier ministre Manuel Valls.

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