«De Gaulle»**: gros plan sur un personnage qui a puisé des forces dans l’espace intime

Publié le par La Voix du Nord par Christophe Caron

C’est la première fois que De Gaulle se retrouve en tête d’affiche, dans un film qui laisse autant de place à l’histoire (l’appel du 18 juin) qu’à la famille (notamment la petite Anne, enfant trisomique). Sur les écrans ce mercredi. Rencontre avec Gabriel Le Bomin, le réalisateur, et Isabelle Carré, qui incarne Yvonne De Gaulle

Isabelle Carré (Yvonne) et Lambert Wilson (Charles), avec la petite Clémence, qui incarne Anne de Gaulle.

Isabelle Carré (Yvonne) et Lambert Wilson (Charles), avec la petite Clémence, qui incarne Anne de Gaulle.

 – Pourquoi vous êtes-vous focalisé sur la période mai-juin 1940 ?

Gabriel Le Bomin : « Chez De Gaulle, il y a plusieurs vies dans la même vie. L’appel du 18 juin, c’est le moment où De Gaulle devient ce que l’on sait de lui. D’un point de vue politique et militaire, c’est le début de tout. Et dans cette séquence-là, le romanesque nous intéressait particulièrement. Il s’agit de deux êtres qui s’aiment et que la guerre sépare : un mouvement de tragédie bien connu. Le but n’était pas de faire un film sur lui, mais un film sur lui et elle. Yvonne est une personne beaucoup plus dense qu’on ne l’imagine. »

– Quelle image aviez-vous de Charles de Gaulle avant de faire le film ?

G. L. B. : « Plutôt l’homme politique, installé, vieillissant. Là, il est dans la force de l’âge, il devient un rebelle, non conventionnel. Son épouse et lui sont deux êtres profondément libres des choix qu’ils font dans leur vie privée et dans la vie publique. »

– Isabelle, quand on reçoit une proposition pour incarner Yvonne de Gaulle, se précipite-t-on sur des livres d’histoire ?

Isabelle Carré : « Non, j’ai été plutôt fascinée par les rapports d’Yvonne avec la petite Anne. Ce fut mon premier coup de cœur pour le scénario. J’ai déjà pratiqué ce genre de moments privilégiés dans mon métier, la découverte de mondes que j’ignore. Je l’ai vécu avec Bertrand Tavernier pour Holy Lola, s’agissant de l’adoption. Je l’ai vécu avec Jean-Pierre Améris pour Maman est folle, s’agissant des migrants, dans la fameuse jungle de Calais. J’étais donc très impatiente de jouer avec cette enfant.

Ensuite, une chose m’a assez rapidement intéressée, c’est la discrétion d’Yvonne de Gaulle. Pourquoi est-elle passée à ce point entre les mailles de l’histoire ? C’est fascinant. Elle n’a jamais donné d’interview. On ne connaissait même pas le son de sa voix. »

– Dès lors, la question de la ressemblance s’est-elle posée ?

I. C. : « Ça ne m’intéresse pas tellement, quels que soient les personnages que j’incarne. Je me suis juste demandée ce qui me reliait à elle. La discrétion, c’était un point de contact, ça me parle... Le fait de ne pas avoir l’air de ce qu’on est réellement. Mais au niveau de la pression éventuelle liée au rôle, ma place était très différente de celle de mon camarade Lambert Wilson, j’avais un grand espace de liberté que lui n’avait pas. »

G. L. B. : « Il ne faut pas oublier une chose, c’est qu’on se trouve dans un espace qui s’appelle la fiction. Notre travail, c’est l’interprétation. Jouer un personnage historique, ça n’est pas créer un hologramme. Il y a certes des codes de proximité physique, mais la vraie question à se poser, c’est la juste sensibilité. »

– Le parcours de Charles de Gaulle aurait-il été le même sans cette épouse-là, sans ces enfants-là ?

I. C. : « Je suis sûre que non. Ça n’est pas uniquement la foi d’Yvonne qui lui a donné des ailes, il y a eu cette petite fille, Anne, pour laquelle ils ont dû affronter un tas de choses. On a pas mal parlé aux parents des enfants qui nous étaient confiés pour le tournage. C’est un combat. »

G. L. B. : « Il suffit de lire les écrits de Charles de Gaulle. Les Mémoires d’espoir sont dédiés à Yvonne, « sans qui tout cela n’aurait pas été possible ». Ce qui montre combien elle a été déterminante. Et la petite Anne, dont il dit « Cette enfant m’a donné toutes les forces et m’a permis de dépasser toutes les situations ». Il a puisé des forces dans l’espace intime. »

«De Gaulle»**

Réalisateur. Gabriel Le Bomin.

Interprètes. Lambert Wilson, Isabelle Carré, Olivier Gourmet, Catherine Mouchet, Sophie Quinton, Gilles Cohen, Laurent Stocker…

Genre. Histoire, biopic.

Durée. 1 h 49.

Résumé. Mai 1940, l’armée française s’effondre. La panique gagne le gouvernement qui envisage d’accepter la défaite. Un homme, Charles de Gaulle, fraîchement promu général, veut infléchir le cours de l’histoire. Sa femme, Yvonne de Gaulle, est son premier soutien, mais très vite les événements les séparent. Yvonne et ses enfants se lancent sur les routes de l’exode. Charles rejoint Londres.

«De Gaulle»**: gros plan sur un personnage qui a puisé des forces dans l’espace intime

Zone critique

Dans l’intimité de Charles et Yvonne

Il paraît que Churchill apparaît dans dix-huit films et séries. Pour De Gaulle, c’est plutôt morne plaine, même si on se souvient du Grand Charles, téléfilm avec Bernard Farcy (2005). En attendant la version incarnée par Samuel Labarthe, télévisée elle aussi, Gabriel Le Bomin (Les Fragments d’Antonin) brise le tabou et entreprend de représenter un Charles de Gaulle cueilli à la fois dans son rendez-vous avec l’histoire (printemps 1940, opposition à Pétain et aux « défaitistes », appel du 18 juin) et dans sa sphère privée (sa femme Yvonne, d’origine calaisienne, mais aussi sa fille, Anne, trisomique). En dépit du titre, c’est bien d’un couple qu’il s’agit dans ce film tourné l’été dernier, notamment quelques jours à Dunkerque et ses alentours.

Un couple qui va très vite être séparé. Le récit navigue ainsi entre les missions du colonel fraîchement promu général, entre Paris, Bordeaux et Londres (Lambert Wilson, parfaitement métamorphosé), et l’exode d’Yvonne dans le Loiret puis la Bretagne (Isabelle Carré, toujours très juste), avec ses enfants, Élisabeth, Philippe… et surtout la fragile Anne, handicapée. Celle que Charles va bercer sur ses genoux lors de flash-back intimes dévoilant une zone totalement méconnue de celui qui deviendra le chef de la France libre.

C’est d’ailleurs le grand atout de cette reconstitution par ailleurs très sage à laquelle il manque sans doute un souffle épique plus affirmé. C. C.

 

Publié dans Articles de Presse

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