Décès de Jack Welch, le bâtisseur du géant General Electric

Publié le par Les Echos par Nicolas Rauline, Laurance N'Kaoua

Ce patron aux origines modestes avait fait de GE la valeur préférée de Wall Street et la première entreprise américaine, dans les années 1990, avant que celle-ci ne s'effondre récemment. C'est sous son règne que le groupe s'est diversifié, porté par une boulimie d'acquisitions.

Jack Welch, qui à dirigé General Electric pendant deux décénies, vient de s'éteindre à l'âge de 84 ans. (Photo Lucas Jackson/Reuters)

Jack Welch, qui à dirigé General Electric pendant deux décénies, vient de s'éteindre à l'âge de 84 ans. (Photo Lucas Jackson/Reuters)

Il fut sans doute l'un des patrons les plus célèbres. L'Américain Jack Welch avait même été élu « PDG le plus admiré au monde » par le cabinet PwC, avant de sillonner les écoles, les plateaux de télévisions et les conférences, comme « gourou » du management.

Jack Welch s'en est allé, emportant avec lui une époque. Alors que  General Electric n'est plus le symbole de l'industrie américaine qui dominait Wall Street, son plus emblématique dirigeant s'est éteint, dimanche, à 84 ans. Car de GE, qu'il a présidé pendant deux décennies avant de tirer sa révérence en 2001, John F. Welch, surnommé « Jack » y compris par ses salariés, a fait un fleuron industriel.

Ingénieur chimiste

Né dans le Massachusetts, ce fils de l'immigration irlandaise, enfant unique d'un cheminot, avait rejoint l'entreprise cofondée par l'inventeur Thomas Edison, à 24 ans. Le jeune diplômé qui, lycéen, rêvait de gagner un million de dollars, a d'abord été ingénieur chimiste. Non sans avoir décroché un doctorat de l'université de l'Illinois.

Alors qu'il pensait quitter la société, agacé par ses lenteurs et sa bureaucratie, il en avait finalement gravi les échelons un à un. Cet apprenti joueur de hockey, fou de golf et de baseball, a copiloté, tour à tour, la division plastique puis métallurgie et chimie… Jack Welch fut ensuite promu à la stratégie puis responsable des services et produits grand public et enfin vice-président.

« Répare, ferme ou vends »

En 1981, il devenait, à 45 ans, le plus jeune PDG de General Electric. « Je veux la révolution », avait-il décrété en prenant les rênes d'un groupe industriel alors vieillissant.

Très vite, il imposa son style et ses idées : GE se retirerait de toutes les activités où l'entreprise n'était pas numéro un ou numéro deux. Une stratégie basée sur sa théorie du « répare, ferme ou vends » qui a conduit à… 1.000 opérations, cessions ou acquisitions, durant son mandat ! Avec, notamment, les rachats de RCA et NBC ou encore de la vente de GE Aerospace à Martin Marietta.

« La globalisation ? C'est lui »

Sous sa direction, GE est devenue la plus grande entreprise américaine, ses activités allant de l'énergie à la chimie, en passant par la finance, les médias, la santé ou l'aéronautique. « La globalisation, c'est lui. La mutation du groupe industriel vers les services ? C'est lui aussi. L'évaluation permanente des collaborateurs, y compris de leur propre performance ou les premiers 'benchmarking' face à des concurrents, c'est lui encore ! » résumait la presse dans les années 2000. 

Sa méthode fut couronnée de succès. Sous son règne, le chiffre d'affaires a été multiplié par cinq et la capitalisation boursière de General Electric a augmenté de 4.000 %, portée par les performances de GE Capital, le bras financier du groupe qui sera aussi à l'origine de la descente aux enfers du conglomérat, lors de la crise des subprimes en 2008.

Longtemps, il a fait de GE la valeur préférée des investisseurs, faisant augmenter de 5.000 % les gains des actionnaires sous son mandat - quand cette hausse atteignait 1.400 % pour le reste du S&P 500 durant la même période.

Des méthodes décriées

L'homme, charismatique, râblé, l'oeil bleu, doté d'une énergie hors norme et d'un léger bégaiement, avait le sens de la formule : « changer ou mourir », « prenez votre destin en main ou quelqu'un le fera pour vous »... Ce manager connaissait les prénoms de dizaines de ses employés.

Toutefois, ses méthodes étaient aussi décriées. Certains ont dépeint la terreur qu'il faisait régner. « Brillant, sans peur, sans coeur », titrait le « Financial Times » en 2001, au moment où il remettait les clés à son dauphin, Jeffrey Immelt.

« Neutron Jack »

Sacré « manager du siècle » par le magazine « Fortune », il était aussi connu pour sa propension à lancer des cures d'austérité comprenant des milliers de suppressions d'emplois : 100.000 dans les seules années 1980. L'hebdomadaire « Business Week » l'avait ainsi surnommé « Neutron Jack » en référence à la bombe du même nom, qui détruit des humains mais laisse usines, immeubles et machines intactes. Un sobriquet qui avait le don de provoquer sa colère.

D'autres lui ont reproché une stratégie axée uniquement sur le court terme et la performance financière, qui n'aurait pas permis de solidifier les bases du groupe. Impatient, passionné, le 17e successeur de Thomas Edison mettait en avant son bilan, ne reconnaissant qu'une erreur : le choix de ses successeurs. « Je suis terriblement déçu, j'attendais tellement plus », confiait-il en 2017, à propos de la chute de GE.

Marié trois fois, Jack Welch laisse une femme, journaliste épousée en 2004, et quatre enfants de son premier mariage. Après son retrait de GE, ce soutien du Parti républicain était devenu intervenant régulier sur la chaîne d'informations financières CNBC, écrivait des livres et donnait des conférences. Il fut adulé, copié. Pour ses mémoires, son éditeur lui avait versé une avance de... 7,1 millions de dollars.

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