Décès de Pierre Galet : dans les vignes du seigneur

Publié le par Le Point par Jacques Dupont et Olivier Bompas

Le patron international de l'ampélographie, la science des cépages, s'est éteint à la fin de l'année 2019. Son influence dans le monde du vin fut considérable.

Le patron international de l’ampélographie s’est éteint à la fin de l’année 2019. AFP

Le patron international de l’ampélographie s’est éteint à la fin de l’année 2019. AFP

Est-ce l'actualité, les fêtes, les grèves, mais la disparition d'un des plus grands savants de l'univers viticole mondial est passée quasiment inaperçue. Pierre Galet, qui revendiquait de boire du vin tous les jours, est mort le 30 décembre dernier à l'âge de 98 ans. Il était connu et admiré dans le monde entier. Il avait consacré sa vie aux cépages et à leur identification, devenant la référence absolue, lui qui quelques mois avant sa mort était encore capable au premier coup d'œil de reconnaître un cépage rare et de donner sa région de provenance.

Jeune diplômé, trop jeune pour rejoindre les rangs de l'armée au début de la Seconde Guerre mondiale, il commence par faire du vin dans sa région d'origine, le Languedoc, puis réquisitionné au titre du STO (service du travail obligatoire) pour partir en Allemagne, il choisit la clandestinité et se cache à Montpellier dans l'infirmerie de l'école d'agronomie alors désertée, sous la protection de son directeur. C'est là, pour passer le temps, qu'il potasse les livres d'ampélographie, la science des cépages, et qu'il décide d'en faire sa « passion professionnelle ». Après la guerre, il est nommé agent technique de la protection des végétaux, ce qui lui permet de sillonner toute la France.

Une mémoire infaillible

Son travail consistait à vérifier si les cépages déclarés par les vignerons étaient bien ceux qu'ils avaient dans leurs vignes. Cet emploi lui permet de conforter ses connaissances livresques et surtout, de mettre au point des méthodes d'identification rapides, bien avant que la génétique dont on se sert aujourd'hui soit opérationnelle. L'œil du professionnel n'a d'ailleurs jamais été démenti depuis par la science. Il devient bientôt un incontournable dans ce domaine et est invité dans le monde entier pour donner son avis. Pierre Galet note chaque détail et constitue sur fiches cartonnées une base de données unique : tiges, feuilles, baies, grappes, bois…

Tout est soigneusement répertorié et sa mémoire infaillible, même pour les anecdotes. Il raconte ainsi qu'invité par l'ambassade de France en Afghanistan dans les années 1960, il se retrouve dans un pays où le vin et l'alcool sont interdits (un paradis pour l'ANPAA). Mais l'ambassadeur aimerait toutefois disposer d'un peu de vin. Pierre Galet sillonne les marchés, achète des raisins qui lui semblent les plus propices et improvise un chai dans l'ambassade… Il n'a pas dit si le vin ainsi obtenu était bon, mais l'ambassadeur s'en est contenté.

Au-delà des aventures, il a surtout remarqué et pu retracer l'incroyable migration des cépages à travers le monde, miroir des échanges entre les hommes et les civilisations. Au final, Pierre Galet a ainsi identifié plus de 10 000 variétés, regrettant à la fin de sa vie, l'abandon de cépages anciens par la viticulture moderne, trop axée sur les plus connus (merlot, chardonnay, etc.), et qui seraient aujourd'hui fort utiles dans la lutte contre les maladies et les effets du réchauffement climatique : « Après le phylloxéra (une maladie due à un puceron ravageur qui décima le vignoble français à la fin du XIXe siècle, NDLR), les viticulteurs, pressés de replanter, ont abandonné les cépages les moins productifs et résistants. Avec la professionnalisation du secteur s'est amorcé un phénomène de standardisation qui s'est accentué par la suite sous l'effet de différents facteurs. Aujourd'hui, expérimenter ces cépages oubliés dans de bonnes conditions est stimulant. Mais il faudra faire un tri. Car il est probable que certains d'entre eux devront rester aux oubliettes ! »

Décès de Pierre Galet : dans les vignes du seigneur

Parmi les nombreuses publications de Pierre Galet, l'ouvrage de référence demeure le Dictionnaire encyclopédique des cépages (Hachette 2000), réédité en 2015 chez Libre et Solidaire.

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