Décès du journaliste Pierre Bénichou, chroniqueur des « Grosses Têtes »

Publié le par Le Parisien avec Carine Didier, Benoît Daragon

Il avait été un pilier de la rédaction du Nouvel Observateur, avant de se faire connaître du grand public comme chroniqueur sur RTL. Pierre Bénichou s’est éteint à 82 ans, « dans son sommeil ».

Pierre Bénichou ici lors d’un enregistrement des « Grosses Têtes », avec Laurent Ruquier sur RTL.  LP/PHILIPPE LAVIEILLE

Pierre Bénichou ici lors d’un enregistrement des « Grosses Têtes », avec Laurent Ruquier sur RTL. LP/PHILIPPE LAVIEILLE

Il était une voix bien connue des auditeurs des « Grosses Têtes » sur RTL. Le chroniqueur Pierre Bénichou est décédé à l'âge de 82 ans. « Il s'est éteint dans son sommeil », à son domicile, et son décès n'est pas lié au coronavirus, a précisé son fils Antoine.

Né le 1er mars 1938 à Oran, alors en Algérie française, dans une famille juive séfarade, Pierre Bénichou était le fils d'un professeur de philosophie et le neveu de Georges Dayan, ami et proche collaborateur de François Mitterrand.

Une longue carrière au Nouvel Observateur

Ses parents l'envoient à Paris finir ses études, au lycée Condorcet puis à la Sorbonne. Il n'a pas vingt ans lorsqu'il entre comme stagiaire à France Soir, alors journal à très grand tirage, puis est embauché comme reporter par un autre quotidien national, Paris-Jour.

En 1961, il bascule dans la presse magazine, à l'hebdomadaire Jours de France, puis en 1963 devient rédacteur en chef adjoint d'Adam, revue dédiée à la mode masculine.

C'est en 1968 qu'il entre au Nouvel Observateur, d'abord comme rédacteur en chef adjoint de l'hebdomadaire avant d'en devenir le rédacteur en chef, dix ans plus tard. Il sera directeur délégué de 1996 à 2005 avant de se retirer du journal, où il avait conservé le titre de conseiller spécial.

Les « Grosses têtes » en deuil

C'est dans les années 1990, en devenant chroniqueur aux « Grosses têtes » de RTL, qu'il devient célèbre. L'émission était alors animée par Philippe Bouvard.

La gouaille truculente de Pierre Bénichou fait mouche et il devient un intervenant apprécié des auditeurs aux côtés de Jean Yanne et Jacques Martin.

Il rejoint plus tard Laurent Ruquier sur Europe 1, qui l'intègre à sa bande de chroniqueurs dans diverses émissions de télé et de radio. Il était ainsi revenu en 2014 dans les « Grosses Têtes » sur RTL, lorsque Laurent Ruquier en avait repris les commandes.

« Pierre Bénichou est celui qui m'a fait le plus rire dans ma carrière », a confié l'animateur, qui a appris avec « beaucoup de tristesse » la mort du chroniqueur, qui était encore au téléphone avec l'équipe quelques jours plus tôt.

Les « Grosses Têtes » ont fait part sur Twitter de leur « immense tristesse », en saluant « Notre Pedro, Roi du Tango… »

« Un esprit vif et acéré »

« Je viens de perdre mon ami », lâche, submergé par l'émotion, un autre membre des « Grosses Têtes », Titoff, qui avait rencontré Pierre Bénichou au sein de la bande de Laurent Ruquier dans « On va s'gêner » sur Europe 1 fin 2007. « Pierre était l'homme le plus drôle au monde, la personne qui m'a fait le plus rire à la radio comme dans la vie », ajoute l'humoriste, joint par téléphone.

« Derrière son mauvais caractère, sa mauvaise humeur en apparence, c'était quelqu'un de sensible, d'altruiste », poursuit le Marseillais. « On dînait souvent ensemble, avec son fils Antoine aussi. Il avait toujours 10 000 anecdotes à raconter. Je l'ai eu au téléphone lundi et on s'est encore marrés pendant une heure. Il était confiné chez lui, sa petite-fille lui apportait des courses et il me disait de faire très attention. Il avait 82 ans, j'en ai 47, mais c'était comme s'il n'y avait pas de différence d'âge car il avait l'esprit très vif et acéré. »

« Il pouvait être très critique sur la société, ce qui l'entourait. Mais il avait des connaissances encyclopédiques et son humour allié à sa grande culture donnait des reparties incroyables, se rappelle Titoff. Si on prend ses meilleurs moments aux Grosses Têtes, il y a de quoi faire 10 ans de best of ! Et puis, lui qui était né à Oran en Algérie était méditerranéen comme moi : on avait ce côté multiculturel en commun. Je l'aimais ».
« On était au spectacle quand il parlait »

Le journaliste et animateur de TF 1 Christophe Beaugrand qui était assis à côté de Pierre Bénichou aux « Grosses têtes », s'est dit « saisi par le vide gigantesque qu'il va laisser ». « Ces derniers temps, il était fatigué. Sa santé était fragile. C'est pour ça qu'il venait moins aux Grosses Têtes. Mais je suis soulagé qu'il soit parti pendant son sommeil… »

« Le public était très attaché à lui. Pierre Bénichou faisait partie de la famille de millions de Français. Il avait la cote même chez les jeunes, qui compilent ses meilleures saillies sur YouTube », souligne Christophe Beaugrand. Pour autant, le chroniqueur « n'était pas toujours facile, il faut le reconnaître, notamment avec les petits nouveaux qu'il feignait de haïr jusqu'à ce qu'il finisse par les adopter. »

Pour lui, Pierre Bénichou était « clairement » dans la lignée de Jean Yanne et Jacques Martin. « Quand il était-là, c'était difficile d'en placer une. Mais on était au spectacle quand il parlait », ajoute l'animateur qui garde aussi l'image d'un « dandy, toujours tiré à quatre épingles ». « J'ai de la peine, car je ne sais pas comment va se dérouler son enterrement », ajoute Christophe Beaugrand. En plein confinement, la bande des Grosses Têtes ne pourra sans doute pas y être. Alors on y sera sans doute virtuellement. Lui qui détestait les nouvelles technologies et les réseaux sociaux, il aurait détesté. Mais, plus tard, comme il l'aurait voulu, on boira un verre à sa mémoire.

« Charismatique et brillant »

Pierre Bénichou est aussi intervenu de nombreuses années dans « Vivement dimanche prochain » de Michel Drucker.

Le ministre de la Culture, Franck Riester, lui a rendu hommage : « Charismatique et brillant, il savait allier l'humour le plus décalé à la plus grande rigueur journalistique. »

L'écrivain, cinéaste et journaliste Philippe Labro déplore la perte d'un ami qu'il avait connu à 20 ans. « Son décès accable tous ceux qui ont aimé son esprit, sa culture insondable, la grande intelligence qu'il dissimulait derrière le rire, son culte de l'amitié ».

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