La police française en 1940-1944 : une conférence à Vichy samedi

Publié le par La Montagne

Samedi 14 mars, Jean-Marc Berlière. A l’invitation du Cierv, il donnera une conférence sur le thème : « 1940-1944 : polices et les policiers français au cœur d es persécutions antisémites » 

Jean-Marc Berlière, historien abordera le sujet délicat du rôle de la police française dans les persécutions antisémites. Droits réservés

Jean-Marc Berlière, historien abordera le sujet délicat du rôle de la police française dans les persécutions antisémites. Droits réservés

Jean-Marc Berlière est professeur émérite à l'Université de Bourgogne. Il a publié de nombreux ouvrages, dont le dernier, Polices des temps noirs, est paru chez Perrin en 2018. Rencontre.

Comment le gouvernement de Pétain organise-t-il la police ?

« L'État français est un État autoritaire, antidémocratique, porteur d'un projet idéologique, la Révolution nationale. Cet État a besoin, plus que tout autre régime, de la police. Or la police dont héritent les hommes qui prennent le pouvoir en juillet 1940 n'a rien pour les satisfaire. La police est alors municipale. Il y a autant de polices que de villes de plus de 5.000 habitants. Le gouvernement de Pétain va vouloir une police unifiée, loyale, moderne et formée. Un serment de fidélité à la personne du maréchal sera exigé de ses membres.

Au printemps de 1941, les polices des villes vont être étatisées et constituer la police nationale. La gendarmerie est conservée dans sa double composante, territoriale et mobile. Pour la zone nord, cette étatisation n'interviendra qu'à la fin de 1942, mais ne modifiera pas le statut de la préfecture de police, qui est la police la plus nombreuse et la mieux équipée. ».

Comment la police a-t-elle été impliquée dans les persécutions antisémites ?

« La grande idée de Pétain, c'est d'affirmer la souveraineté de l'État français vis-à-vis de l'occupant. Vichy est un État trognon, qui est privé des outils régaliens ordinaires, à l'exception de la police et de la justice.

On va avoir ce paradoxe : pour s'opposer à l'occupant, les gens autour de Pétain, pour la plupart patriotes, vont faire le travail à la place des Allemands. Une véritable concurrence s'est instaurée entre Allemands et Français dans la lutte contre les communistes, les francs-maçons et les Juifs. ».

Peut-on parler d'adhésion de la police française à la politique de déportation des Juifs ?

« La police d'avant-guerre était une police républicaine. Bien qu'elle ait eu une culture de l'obéissance et du respect de l'ordre et de la hiérarchie, le nouveau pouvoir s'en est méfié au point qu'il a créé pour un temps, avant de les absorber dans des services existants, des polices parallèles qui se sont signalées par des pratiques de violence et l'usage de la torture. Ce sont les Allemands qui imposent les arrestations des Juifs en 1942. En vertu de la convention d'armistice, la police française est tenue d'obéir.

C'est la préfecture de police qui va être en charge des opérations techniques. Même si les conditions dans lesquelles ces arrestations se sont déroulées ont été monstrueuses, les policiers ignoraient le sort qui attendait les Juifs qu'ils livraient à l'occupant. La police est à cette époque plus xénophobe qu'antisémite, à l'image du reste de la population. Si certains policiers ont fait du zèle, d'autres ont prévenu des familles ou les ont laissé partir. Sur les 22.000 Juifs promis par les autorités, 13 000 ont été livrés. En zone sud, le gouvernement de Pétain porte seul la terrible responsabilité de 10.000 arrestations. ».

Est-ce que la police d'après-guerre a été durablement marquée par cette période ?

« Contrairement à l'idée reçue, la police a été très sévèrement épurée. Dans la période qui suit la Libération, ceux qui avaient la réputation d'avoir été des tortionnaires ont été condamnés à mort ou à la prison. Des policiers seront exécutés dans des règlements de compte. Et même d'authentiques résistants seront inquiétés. Des milliers de policiers perdront en outre leur emploi du fait d'une réduction des effectifs de la police.

Les policiers n'ont jamais pardonné à la IV e République l'épuration dont ils s'estiment avoir été victimes au motif qu'ils n'avaient fait qu'obéir aux ordres du gouvernement. Le divorce entre la police et le pouvoir trouve là son origine. La IV e République n'est pas tombée le 13 mai 1958, mais en février 1958, au moment d'une manifestation de policiers qui investit la chambre des députés, dans le climat poujadiste d'alors entretenu notamment par un certain Jean-Marie Le Pen. »

Pratique. Conférence, samedi 14 mars, à 14 h 30, à l'hôtel Aletti Palace. Entrée : 5 € pour les non-adhérents et entrée gratuiter pour les adhérents.

Publié dans Articles de Presse

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