Le journaliste et «Grosse tête» Pierre Bénichou est mort à 82 ans

Publié le par CNEWS avec AFP

Le journaliste Pierre Bénichou, qui avait occupé de hautes fonctions au sein du Nouvel Obs, avant de se faire connaître du grand public en tant que chroniqueur aux «Grosses têtes» sur RTL, est décédé dans la nuit de lundi à mardi, à l'âge de 82 ans.

Son décès n'a pas de lien avec l'épidémie de coronavirus, selon son fils. [FRANCOIS GUILLOT / AFP]

Son décès n'a pas de lien avec l'épidémie de coronavirus, selon son fils. [FRANCOIS GUILLOT / AFP]

C'est son fils Antoine qui a confirmé cette information à l'AFP. «Il s'est éteint dans son sommeil», à son domicile et son décès n'est pas lié au coronavirus, a-t-il précisé.

Né le 1er mars 1938 à Oran, alors en Algérie française, dans une famille juive séfarade, Pierre Bénichou était le fils d'un professeur de philosophie et le neveu de Georges Dayan, ami et proche collaborateur de François Mitterrand.

Une longue carrière au Nouvel Obs

Ses parents l'envoient à Paris finir ses études, au lycée Condorcet puis à la Sorbonne. Il n'a pas vingt ans lorsqu'il entre comme stagiaire à France Soir, alors journal à très grand tirage, puis est embauché comme reporter par un autre quotidien national, Paris-Jour.

En 1961, il bascule dans la presse magazine, à l'hebdomadaire Jours de France, puis en 1963 devient rédacteur en chef adjoint d'Adam, revue dédiée à la mode masculine.

C'est en 1968 qu'il entre au Nouvel Observateur, d'abord comme rédacteur en chef adjoint, avant d'être nommé rédacteur en chef dix ans plus tard. Il devient directeur adjoint en 1985 puis directeur délégué de 1996 à 2005, avant de se retirer du journal, où il avait conservé le titre de conseiller spécial.

Un chroniqueur apprécié des auditeurs

Il accède à la célébrité dans les années 1990, en devenant chroniqueur aux «Grosses têtes» de RTL avec à sa tête Philippe Bouvard. Sa gouaille truculente fait mouche, et il devient un intervenant apprécié des auditeurs. Il rejoint plus tard Laurent Ruquier sur Europe 1, qui l'intègre à sa bande de chroniqueurs dans diverses émissions de télé et de radio. Il était ainsi revenu en 2014 dans les «Grosses Têtes» sur RTL, lorsque Laurent Ruquier en avait repris les commandes.

Ce dernier et toute l’équipe n’ont pas manqué de réagir à la disparition de leur ami sur Twitter. «Bye notre Pedro, roi du tango», ont-ils écrit. RTL a également rappelé «quelle figure médiatique majeure» il était.

Laurent Ruquier a rendu hommage sur Twitter à celui qui «l'aura fait le plus rire depuis vingt ans».

Parmi ces «grosses têtes», Caroline Diament, fait part de sa grande tristesse.

Son ami Philippe Labro salue son esprit, sa culture et son intelligence.

    La disparition de Pierre Benichou accable tous ceux qui ont aimé son esprit, sa culture insondable, la grande intelligence qu'il dissimulait derrière le rire , son culte de l'amitié .Je perds un ami connu à nos débuts à l'âgede 20 ans.Quelle tristesse. — Philippe Labro (@philippelabro) March 31, 2020 

 Un «faiseur de journal»

Au Nouvel Obs, il écrivait peu et s'était spécialisé dans la rédaction de «portraits souvenirs». Ces notices nécrologiques, écrites dans l'urgence de la disparition des personnalités mais très travaillées, et toujours d'un style ramassé («J'ai la mémoire longue mais la plume courte», disait-il), avaient été rassemblées en 2017 dans le livre «Les absents, levez le doigt !»

En préambule, il y confiait quelques souvenirs de son enfance oranaise, et donnait certaines clefs de «cette petite sieste, cette longue flânerie mélancolique que fut ma vie de journaliste», admettant avoir passé en trente ans au Nouvel Obs «plus de temps à faire écrire les autres qu'à écrire moi-même».

Bien qu'ayant été longtemps un adepte des nuits parisiennes, Pierre Bénichou, vétéran de chez Castel, contestait la réputation de dilettante que certains lui prêtaient. «J'ai été quand même directeur du plus grand hebdomadaire d'Europe. J'étais glandeur, mais je travaillais beaucoup !», avait-il raconté en 2016 sur France Musique, se décrivant comme «beaucoup plus faiseur de journal que journaliste».

Resté fidèle à ses racines oranaises, il avait toujours cultivé une hostilité marquée à l'encontre du général de Gaulle, et bien que situé politiquement à gauche (il avait soutenu la candidature de François Mitterrand en 1981), sa défense de la cause des pieds-noirs l'avait placé parfois en porte-à-faux avec ses différentes rédactions.

Il cultivait par ailleurs une grande passion pour la poésie et la chanson française et s'était même lancé au théâtre en 2004 dans une pièce écrite par son complice Laurent Ruquier.

Marié en 1970 et père d'un seul enfant, Antoine, le journaliste, issu d'une famille non pratiquante, confessait ne croire «ni à Dieu ni à Diable, pas plus qu'aux "forces de l'esprit"» chères à Mitterrand.

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