Les velléités artistiques de jeunesse d’Adolf Hitler exposées en Autriche

Publié le par Le Figaro

VIDÉO - L’exposition Le jeune Hitler: années de formation d’un dictateur présente, jusqu’au 9 août, une partition incomplète et quelques esquisses conservées par August Kubicek, l’ami des années passées à Litz et à Vienne du futur chef nazi entre 1904 et 1908.

Une exposition en Autriche revient sur la jeunesse artistique ratée d’Adolf Hitler. JOE KLAMAR/AFP

Une exposition en Autriche revient sur la jeunesse artistique ratée d’Adolf Hitler. JOE KLAMAR/AFP

Et si Hitler n’avait pas raté, par deux fois, le concours d’entrée à l’école des beaux-arts de Vienne... Éric-Emmanuel Schmitt s’inspire de ce postulat uchronique pour écrire en 2001 l’un de ses meilleurs romans, La part de l’autre, dans lequel il spécule sur un destin de despote dévoyé par une ambition artistique «ratée».

Aujourd’hui, une exposition, intitulée Le jeune Hitler: années de formation d’un dictateur, 1889-1914 présente, jusqu’au 9 aout, à la Maison de l’Histoire du Musée de Basse-Autriche à Sankt-Pölten, une série d’objets ayant appartenu à Hitler ou liés à lui, collectés par son ami de jeunesse August Kubizek entre 1907 et 1920.

On savait qu’Adolf Hitler avait admiré le compositeur allemand Richard Wagner. Mais que le futur dictateur national-socialiste se soit essayé à la composition d’un opéra dit beaucoup sur la nature et, déjà, la démesure de ses ambitions. Une partition, incomplète, un des clous de l’exposition, intitulé Wieland der Schmied (Wieland le forgeron) est, peut-être, le plus remarquable exemple de son caractère velléitaire, même quand il se piquait d’art.

Les débuts d’une mélodie ont été griffonnés sur du papier à musique jaunit en 1908 par son seul ami d’alors, August Kubizek, qui les a conservés et les a transmis à ses héritiers. Hitler avait vingt ans. C’est lui qui jouait du piano. Il n’avait pourtant suivi que quatre mois de cours, ce qui en dit long selon Christian Rapp, l’un des commissaires de l’exposition, sur sa mégalomanie: «Hitler a toujours surestimé ses capacités», constate-t-il encore.

Cette partition est considérée comme la seule page survivante d’un opéra, manifestement très ambitieux, inspiré de la mythologie germanique et ressemblant étroitement à une œuvre inachevée de Wagner, qui porte le même nom.

August Kubizek aura d’abord conservé cette ébauche comme un souvenir de sa jeunesse avant de réaliser leur potentielle importance historique. Il gardera pieusement toutes les lettres, cartes postales rédigées par Hitler, ainsi que quelques peintures et croquis réalisés de sa main.

Le jeune Hitler, une bombe à retardement

Né le 20 avril 1889 dans la ville autrichienne de Braunau-am-Inn, Hitler croyait posséder de grands talents artistiques. Pour Christian Rapp, il était «déjà dans sa jeunesse une bombe à retardement. La Première Guerre mondiale a servi de détonateur. Mais on trouve déjà tous les composants de son hubris pendant sa période de formation autrichienne, à Linz puis à Vienne.»

En plus de retracer le parcours personnel d’Hitler, l’exposition explore la face cachée de la Belle Époque, c’est-à-dire le contexte politique et social d’Autriche au tournant du XXe siècle. Elle tente de démontrer que si la modernité éclorait à Vienne, de nombreux concepts de l’idéologie nazie - racialisme, antisémitisme, militarisme - étaient déjà en parallèle largement répandus dans la société autrichienne.

L’Autriche, annexée par Hitler à l’Allemagne en 1938, entretient une relation complexe à son passé nazi. Après la Seconde guerre mondiale, ses gouvernements successifs l’ont présentée comme «la première victime du nazisme», niant la complicité de nombreux Autrichiens dans les crimes du IIIe Reich.

Un regard critique a commencé à s’exercer au milieu des années 1980, lors de la candidature à la présidence de la République de Kurt Waldheim, un ancien officier de la Wehrmacht. Mais c’est aussi en 1983 que le parti autrichien de la Liberté (FPÖ), créé en 1956 et dirigé dans ses premières années par un ex-officier de la Waffen-SS a fait son entrée au gouvernement pour la première fois. Il a de nouveau dirigé le pays en coalition entre 2000 et 2005, puis entre 2017 et 2019.

Les commissaires espèrent que leur exposition permettra aux visiteurs de comprendre comment naissent les projets totalitaires: «Il faut du temps pour faire infuser des idées mauvaises dans la société et il en faut tout autant pour les faire disparaître...Cela fait des décennies qu’on y travaille.»

  • Présentation de l’exposition autrichienne sur la jeunesse artistique «ratée» d’Adolf Hitler

Publié dans Articles de Presse

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