Une journaliste se tire une balle dans la tête en direct: la vérité sur son histoire

Publié le par 7sur7 par Deborah Laurent

Christine Chubbuck avait 29 ans. Le 15 juillet 1974, elle s'est présentée dans les bureaux de la petite chaîne télévisée Sarasota en Floride où elle travaillait. Lors de son direct, après avoir évoqué trois informations nationales et une fusillade locale, elle a déclaré: "Conformément à la politique de Channel 40 qui veut vous apporter toutes les dernières informations sanglantes, et en couleur, vous allez assister à une première télévisée: la tentative de suicide." Elle a ensuite sorti un revolver Smith & Wesson caché sous son bureau et s'est tirée une balle dans la tête.

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Un millier de personnes regardait la chaîne à ce moment-là. Très vite, la station a été saturée d'appels de téléspectateurs qui se demandaient s'il s'agissait d'un canular. Certains ont appelé la police. Christine Chubbuck est décédée à l'hôpital, comme elle l'avait prédit. Le directeur de l'information de la chaîne avait découvert le texte que Christine avait écrit au sujet de sa mort. Elle traitait son cas comme un tragique fait-divers. "Elle avait écrit quelque chose comme: La star de la télé Christine Chubbuck s'est suicidée lors d'une émission en direct. Elle a été transportée à l'hôpital où elle reste dans un état critique", se souvient Mike Simmons. Il ajoute: "Je pense que c'était son dernier cri de reconnaissance pour toutes les personnes qu'elle avait aidées, à qui elle avait tendu la main mais qu'elle avait finalement perdues." 

Le film "Christine" s'inspire de l'histoire tragique de Christine Chubbuck. DR

Le film "Christine" s'inspire de l'histoire tragique de Christine Chubbuck. DR

Enthousiaste le jour de son suicide

L'un de ses collègues se rappelle qu'elle avait plaisanté sur son suicide en direct, en expliquant que ça ferait grimper l'audimat. Son frère Greg, dans une récente interview à People Magazine, raconte qu'elle vivait très mal le fait que la chaîne s'intéresse au sensationnalisme plutôt qu'au journalisme sérieux. Le 15 juillet, jour de son décès, Christine allait bien. "Elle était de bien meilleure humeur que d'habitude", se rappelle Gordon Galbraith qui travaillait avec elle. "Aujourd'hui, son enthousiasme me déconcerte encore.

Le film "Christine" d'Antonio Campos, avec Rebecca Hall et Michael C. Hall et présenté à Sundance l'année passée, raconte l'histoire de cette jeune journaliste. La résonnance de ce drame est particulière à l'heure des Facebook Live autres réseaux sociaux sur lesquels on raconte notre vie intime en continu.

Elle souffrait de dépression, alors mal diagnostiquée et mal soignée

Christine souffrait de dépression à une époque où la maladie était mal diagnostiquée et mal soignée. Son frère pense qu'elle souffrait de troubles bipolaires, caractérisés par des épisodes maniaques et de dépression. "Il n'y avait pas de gris dans sa vie. Tout était noir et blanc, les choses étaient merveilleuses ou terribles. Chrissie ne connaissait tout simplement pas le compromis." Célibataire, Christine vivait encore avec sa mère et son frère. Elle avait dû être opérée des ovaires et les médecins l'avaient encouragée à ne pas tarder à faire des enfants si elle en voulait. Une situation qu'elle avait eu du mal à accepter.

Dans une interview accordée en 1974, sa mère se souvient que Christine n'arrivait pas "à se connecter avec les gens". "Je pense que le monde la percevait comme quelqu'un de confiant, d'attirant, de chanceuse. Je ne sais pas pourquoi, elle ne se voyait vraiment pas de la même façon." Elle confiait souvent à sa mère que si un jour la vie devenait trop difficile, elle partirait. Elle avait consulté un psychiatre quelques mois avant sa mort mais sa mère ne voulait pas en avertir ses patrons: elle avait peur que sa vie perde la seule chose qui la faisait tenir, son job. C'est finalement lui qui l'a définitivement fait sombrer.

Publié dans Articles de Presse

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