VIDÉO. "On perdait notre nom et on devenait un numéro" : 75 ans après Auschwitz, un des derniers rescapés témoigne

Publié le par franceinfo par Victor Matet, Radio France

Le 27 janvier 1945, le camp d'Auschwitz était libéré. Quelques dizaines de rescapés français sont encore là pour raconter. C’est le cas de Robert Wajcman, 89 ans. Son témoignage et ceux d’autres anciens déportés sont regroupés dans un livre, "Les Derniers", de Sophie Nahum.

Robert Wajcman

Robert Wajcman

Robert Wajcman a 14 ans quand il est arrêté à Lyon en mai 1944 et déporté avec sa mère par l’avant-dernier convoi parti du camp de Drancy. A son arrivée à Auschwitz, à peine sorti du train, c'est un mensonge qui lui sauve la vie. Il prétend avoir 16 ans. Robert Wajcman a aujourd'hui 89 ans et il témoigne, inlassablement. Il fait partie des derniers déportés français qui sont encore là pour raconter, 75 ans après la libération des camps d'extermination nazis.

A Auschwitz, en mentant sur son âge, Robert Wajcman échappe à la mort immédiate réservée aux enfants et au plus faibles. "Tous ceux qui étaient âgés, infirmes, qui avaient des problèmes, les femmes enceintes, les femmes avec des enfants de moins de 16 ans, sont passés directement par la chambre à gaz."

"On a été tondus et tatoués d'un matricule, poursuit Robert Wajcman. On perdait notre nom et on devenait un numéro." Il est alors affecté au camp "Auschwitz n°3", à Monowitz. En janvier 1945, à mesure de l'avancée de l'Armée rouge en Pologne, les SS ordonnent les "marches de la mort" : ils décident de déplacer à marche forcée les prisonniers des camps de concentration et d'extermination vers l'Allemagne. Robert Wajcman est ainsi envoyé à Buchenwald, puis Theresienstadt. Après un voyage de près d’un mois sans manger ou presque, il est tout près de mourir. "Notre train s'arrêtait, on avait le droit de descendre des wagons. Les Russes ramassaient de l'herbe, des pissenlits, et on se nourrissait comme ça. Je me suis retrouvé à peser 16 kilos." Il est finalement libéré à l'Armistice, le 8 mai 1945. Robert Wajcman a alors 15 ans. C’est son anniversaire et il fond en larmes. Il mettra un an avant de se relever physiquement.

Transmettre, à tout prix

Aujourd’hui, à 89 ans, Robert Wajcman témoigne encore devant les élèves. Mais n’est retourné qu’une fois à Auschwitz et assure ne plus avoir la force de le faire. Pessimiste quant au "plus jamais ça", il a peu d’espoir que l’Histoire ne se répète pas. L’ancien déporté a commencé à témoigner quand les discours négationnistes ont commencé à fleurir. Il conserve toutes les lettres que des collégiens ou lycéens lui envoient. La plus marquante : l’un d’eux a écrit : "Avant de vous rencontrer, nous étions deux négationnistes dans la classe. Je ne le suis plus, mais mon camarade, lui, l’est resté."

La transmission de la mémoire de la Shoah est l’objectif de Sophie Nahum dans son livre Les Derniers, paru aux éditions Alisio. Adaptés de son site internet, ces témoignages d’une vingtaine de rescapés permettent de saisir au plus près l’histoire de chacun, leur reconstruction, leur vision du monde actuel.

Chaque ancien déporté, interrogé chez lui ou dans un endroit qui lui est cher, est appelé par son prénom. Ce qui renforce l’intimité qu’a voulu créer Sophie Nahum. La mise en scène est toujours la même : la documentariste sonne, est accueillie et offre en cadeau un gâteau au fromage. Le départ d’un goûter pas comme les autres.

Sophie Nahum se consacre à ce projet depuis trois ans. C’est en allant à Auschwitz en 2010 qu’elle s’est rendu compte que le vide qui habite l’ancien camp de concentration et d’extermination ne lui racontait rien de ce qui s'y était passé. Avec ses courts témoignages, en tête à tête, elle veut aussi faire le relais avec la jeune génération, et notamment ses enfants. "Eux n’auront jamais la chance d’entendre le témoignage d’un rescapé."  

Publié dans Articles de Presse

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