Carcassonne. Aux origines de la "croix occitane" (2)

Publié le par La Dépêche par Claude Marquié

Raimond VI dans la salle des Illustres du Capitole de Toulouse (XIXe siècle) - La bulle de Raimond V en 1180 (dessin de L. Macé)
Raimond VI dans la salle des Illustres du Capitole de Toulouse (XIXe siècle) - La bulle de Raimond V en 1180 (dessin de L. Macé)

Raimond VI dans la salle des Illustres du Capitole de Toulouse (XIXe siècle) - La bulle de Raimond V en 1180 (dessin de L. Macé)

En 1150, le choix par Raymond V de la "croix occitane" est une riposte à son rival le roi d’Aragon Raimond Berenger III, qui venait d’adopter pour blason un écu chargé de quatre pals "sang et or". Le Toulousain reprend les mêmes couleurs en inversant le dispositif visuel : le rouge symbolise le pouvoir des empereurs romains et l’or a une forte puissance symbolique, le tout, comme nous l’avons vu, mis sur les sceaux et les monnaies au service de la croix qui lui assure la légitimité d’une protection divine.

Raymond VI conserva la bulle de son père en la modifiant légèrement, et c’est seulement avec la croisade contre les Albigeois que cette croix provençale devint vraiment toulousaine : dans la canso, Guillaume de Tulède qui relate ces évènements la qualifie de croix ramondenca, traduit par raimondenque, tandis que les seigneurs toulousains sont dits raimondins. Elle fut dès lors le symbole de l’opposition au lion de Simon de Montfort, illégitime comte de Toulouse depuis 1215.

Il est intéressant de noter que, destitué de ses possessions toulousaines, Raymond VII conserva son autorité sur la Provence, qui ne relevait pas du roi de France mais de l’empereur germanique, On voit par là l’attachement des Raymond à ces terres provençales, foyer d’apparition de la croix.

L’étude du professeur Laurent Macé met en valeur un autre caractère des sceaux toulousains, qui, tout en affirmant l’autorité des comtes, manifeste un désir très moderne de propagande. Si, on voit les comtes en chefs de guerre lancés au galop de leur cheval, ils sont représentés sur l’autre face en majesté, c’est-à-dire assis sur un trône et tenant les attributs de leur pouvoir. S’ils se sont autorisés cette figuration étonnante, réservée aux souverains, c’est grâce au mariage en 1154 de Raymond V avec la fille du roi de France Louis VI. Même si la princesse fut rapidement répudiée, face à leurs ennemis, les Trencavel, l’Aragon ou les Anglais, cela conférait aux Raymond un prestige inhabituel.

C’est ainsi que cette croix provençale devint languedocienne.

Macé (L.) La majesté et la croix, Tempus, P.U.M., 2018.

Publié dans Articles de Presse

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