Christian Bonnet, ancien ministre de l’Intérieur, s’est éteint : « Il avait du caractère »

Publié le par Ouest-France par Stéphanie Hancq

Ministre de l’Intérieur sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, maire de Carnac (Morbihan) durant 32 ans, et conseiller général de Belle-Ile pendant 42 ans, Christian Bonnet est décédé, mardi 7 avril 2020, à l’âge de 98 ans.

Christian Bonnet, maire de Carnac, sénateur et conseiller général du Morbihan, ici en janvier 1993 | ARCHIVES OUEST-FRANCE

Christian Bonnet, maire de Carnac, sénateur et conseiller général du Morbihan, ici en janvier 1993 | ARCHIVES OUEST-FRANCE

"J’ai cette passion de la politique depuis l’âge de 8 ans ", aimait-il confier. Christian Bonnet, ministre de l’Intérieur sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing de 1977 à 1981, s’est éteint, mardi 7 avril, à 98 ans, à Vannes (Morbihan), " de sa belle mort " et non des suites du coronavirus, a précisé sa petite fille Aziliz de Veyrinas. Maire de Carnac pendant 32 ans, ce " passionné de politique " et « serviteur de l’État », comme il aimait se définir, a marqué l’Histoire mais aussi le Morbihan.

Né à Paris, il épouse une Lorientaise

Homme au verbe vif, parfois tranchant, mais à l’humour légendaire, Christian Bonnet est né à Paris en 1921. " Je suis devenu Morbihannais par les femmes ", confiait-il à Ouest-France. Son épouse, rencontrée sur les bancs de Sciences Po en 1941, était originaire de Lorient. Lorsqu’il s’installe, en 1947, en Bretagne, c’est pour prendre la direction d’une entreprise de conserves de poisson (Delory), à Quiberon.

La politique chevillée au corps

La politique, il y fera son entrée en 1956 : le 2 janvier, il devient député du Morbihan. En 1958, il devient conseiller général de Belle-Ile. Il le restera… pendant 42 ans. La politique, Christian Bonnet l’avait chevillée au corps depuis l’enfance : " À 14 ans, j’achetais le journal des Débats. " De quoi forger sa volonté. " J’adore gagner. J’ai la résistance d’un petit mulet espagnol ", confiait-il non sans humour.

" C’est vrai qu’il avait du caractère. Mais il savait écouter et changer d’avis. Il a toujours été au service des autres ", tempère Clément Noellec, ancien collaborateur à la mairie de Carnac pendant plus de trente ans et ami.

Maire de Carnac

Élu à la mairie de Carnac en 1964, Christian Bonnet y restera jusqu’en 2001, d’abord comme maire puis en tant que premier adjoint à partir de 1996. " Profondément travailleur et intègre ", selon Clément Noellec, Christian Bonnet a marqué la ville. " Si Carnac ne ressemble pas à La Baule, c’est grâce à lui. "

9 années au gouvernement

Mais le Morbihannais a des ambitions. Il a ainsi passé neuf années de sa vie au gouvernement, sous les présidences de Georges Pompidou puis de Valéry Giscard d'Estaing. Secrétaire d’État au Logement de 1972 à 1974, sous l’autorité du Premier ministre Pierre Messmer, il a ensuite géré le portefeuille de l’Agriculture sous Jacques Chirac et Raymond Barre, entre 1974 et 1977. Puis il investit la place Beauvau sous Raymond Barre, de 1977 à 1981.

Mort de Mesrine

Ce dernier poste, qu’il considérait comme "son bâton de maréchal"," le Mont-Blanc de ma carrière ", sera notamment marqué par la mort de Jacques Mesrine, abattu par des policiers porte de Clignancourt. " C’était un bandit, ce Mesrine, un type excentrique. Le but était bien de l’arrêter, pas de l’abattre, mais les circonstances en ont décidé autrement. Je n’ai donc aucun regret ", confiera-t-il sur ce dossier.

Son passage à Beauvau sera aussi marqué par l’attentat contre la synagogue de la rue Copernic à Paris, qui fera quatre morts et 46 blessés. Ses années à l’Intérieur lui vaudront d’être élu sénateur en 1983 jusqu’en 2001.

C’était un « grand homme »

Homme d’État écouté, redouté aussi, Christian Bonnet a marqué la politique française et locale. Mais derrière ce travailleur acharné – il ne prenait jamais de vacances -, il y avait aussi un père (six enfants) et un grand-père. « Comme beaucoup d’entre nous, il n’a pas vu ses enfants grandir », confie Clément Noellec qui le verra s’effondrer lorsqu’il apprendra le décès de son petit-fils. Proches, amis et anciens adversaires politiques sont unanimes : Christian Bonnet, discret et intègre, "était un grand homme".

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