Dans l’intimité d'Hitler : le pilote Hans Baur, irréductible nazi

Publié le par GEO par Jean-Jacques Allevi

Les complices d’Hitler ne furent pas seulement ses généraux ou les dirigeants du parti nazi. Au plus près de lui, ce pilote d’avion l’a suivi jusque dans son bunker de Berlin. Son parcours interroge sur la culpabilité du « troisième cercle ».

As de l’armée impériale, Baur assura les déplacements aériens d’Hitler dès 1932. © akg-images / ullstein bild

As de l’armée impériale, Baur assura les déplacements aériens d’Hitler dès 1932. © akg-images / ullstein bild

Hans Baur n’a de cesse de le marteler. Il n’a jamais fait de politique et s’est contenté de piloter l’avion personnel d’Adolf Hitler, entre 1932 et 1945. Rien de plus. A en croire ce Bavarois né en 1897, l’aviation a été l’unique passion de sa vie. Le putsch de Munich, la Nuit des longs couteaux, la Nuit de cristal… Ces épisodes marquants de l’hitlérisme d’avant la guerre, Baur jure en avoir à peine entendu parler. Un tissu de pieux mensonges que l’intéressé a savamment entretenu tout au long de sa vie, mais que les chercheurs ont entièrement détricoté : ses mémoires, intitulés J’étais le pilote d’Hitler, viennent d’être réédités aux éditions Perrin. L’ouvrage, préfacé par l’historien Claude Quétel, ancien directeur scientifique du Mémorial de Caen, éclaire sur le destin d’un « innocent » parmi d’autres, qui a cherché à se disculper lors de l’après-guerre.

Hans Baur, pilote attitré d'Hitler

Car Hans Baur, qui fut pilote de chasse durant la Première Guerre mondiale, adhère et milite au NSDAP dès 1926. L’ancien apprenti quincailler sillonne alors les airs aux commandes de l’avion de propagande de l’organe de presse du parti nazi et se lie à Rudolf Hess, alors secrétaire particulier d’Hitler. Il participe à la création de la Lufthansa et devient l’un des aviateurs les plus en vue de la compagnie aérienne naissante. En 1932, c’est à lui qu’Hitler fait appel pour mener tambour battant sa campagne électorale aux quatre coins de l’Allemagne. Peu après l’arrivée d’Hitler à la chancellerie en 1933, Baur devient son pilote attitré. Bombardé colonel de la SS, il ne quitte plus d’une semelle le maître du Reich. Jusqu’à partager presque tous ses repas.

Hitler, témoin de mariage de Baur

Pour tenter d’occulter son passé nazi, Baur omet de raconter certains faits. Comme son remariage en 1936. La cérémonie se déroule dans l’appartement privé d’Hitler à Munich, et le témoin du marié n’est autre que le dictateur. Bien d’autres signes de ce compagnonnage subsistent. Quand, fin juin 1940, Hitler visite Paris qui vient de tomber aux mains de la Wehrmacht, Baur est dans la voiture du Führer et mitraille la capitale avec son Leica. « Dans ses mémoires, Baur s’emploie systématiquement à effacer sa proximité avec le Führer… Et pourtant les photos et les films le montrent visitant un hôpital de campagne sur le front de l’Est avec Hitler et Bormann, tous trois adressant le salut hitlérien au peloton d’accueil », précise Claude Quétel.

Début 1945, il est parmi les fidèles qui se terrent aux côtés d’Hitler dans son bunker. Dernier signe de cette incroyable proximité : nommé général de division, Baur est là lorsque Hitler fait des adieux personnels avant de se suicider. Il a même droit à un cadeau : le portrait de Frédéric II dont le Führer ne s’est jamais séparé. Dans les heures qui suivent, Baur refait surface mais, blessé, il est capturé par un soldat soviétique. Expédié en URSS, il est interrogé et torturé. Puis jeté dans un camp de travail.

Hans Baur reste un nazi convaincu

Libéré en 1955, il regagne l’Allemagne et publie ses souvenirs. Le livre est traduit en français puis en anglais. Mais Baur refuse toutefois de rencontrer les journalistes. A cela, une seule raison : il reste un nazi convaincu et ne peut se permettre de l’évoquer publiquement.

C’est en tout cas ce que découvre, au début des années 1980, un étudiant allemand qui s’est lancé sur la trace des derniers témoins du nazisme. Quand il rencontre Hans Baur chez lui, le chercheur n’en croit pas ses yeux : les murs du bureau de l’ex-pilote sont couverts de photos le montrant en compagnie du Führer. L’enquêteur n’en croit pas non plus ses oreilles : « Votre Holocauste, mon jeune ami, c’est un mensonge. Cela n’a jamais existé. » Hans Baur est mort en 1993, à l’âge de 95 ans.

Publié dans Articles de Presse

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