Henri Weber, figure de Mai-68 et du PS, est mort du Covid-19

Publié le par Mémoires de Guerre

L’ancien sénateur et député européen est mort dimanche à l’âge de 75 ans. « Il était une de ces mémoires fertiles de la gauche », salue le Parti socialiste.

Henri Weber, figure de Mai-68, est décédé dimanche des suites du Covid-19, à l’âge de 75 ans. (STEPHANE DE SAKUTIN/AFP)

Henri Weber, figure de Mai-68, est décédé dimanche des suites du Covid-19, à l’âge de 75 ans. (STEPHANE DE SAKUTIN/AFP)

L’ancien sénateur et député européen Henri Weber, une des figures tutélaires de Mai-68, devenu cadre du Parti socialiste, est décédé à l’âge de 75 ans, dimanche 26 avril, du coronavirus, a annoncé sa famille à l’AFP.

Fils de juifs polonais né le 23 juin 1944 à Léninabad en URSS (aujourd’hui Khodjent au Tadjikistan), Henri Weber s’est éteint à Avignon, « des suites du Covid-19, entouré de sa femme, Fabienne Servan-Schreiber, et de leurs enfants », a déclaré sa famille dans un communiqué.

Cet universitaire, docteur et enseignant en philosophie politique, est l’un des cofondateurs de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) en 1969, après avoir été membre des Jeunesses communistes et avoir créé, aux côtés d’Alain Krivine, les Jeunesses communistes révolutionnaires en 1965.

Un des visages de Mai-68

Il émerge lors des manifestations de mai 1968 en devenant l’un des visages de la contestation mais aussi l’un de ses théoriciens. Il publiera par la suite plusieurs livres sur les événements, mais aussi de réflexions sur la gauche.

Le mouvement de « 68 a été une grande poussée démocratique et libérale – au sens politique et culturel du terme : on s’en prend à toutes les discriminations », confiait-il à l’AFP cinquante ans plus tard. « C’est aussi une grande poussée hédoniste, contre le puritanisme et la morale rigoriste », ajoutait-il.

« Henri Weber était une de ces mémoires fertiles de la gauche, il en connaissait l’histoire, jusque dans ses moindres détails », a salué Olivier Faure, premier secrétaire du PS, auprès de l’AFP. « Mais il ne rêvait pas d’un âge d’or à retrouver, il était dans la recherche permanente de nouvelles solutions. »

« Ces derniers mois, il s’était engagé dans le chantier de la rénovation des formes partisanes. Il était inlassable. Passionné. Passionnant. Le Parti socialiste perd ce soir un esprit incisif qui a bien souvent éclairé notre route. Notre tristesse est immense », a-t-il poursuivi.

Henri Weber savait partager ses idées. « L’Obs » accueillait de manière régulière dans ses colonnes ses tribunes d’analyse sur la politique française, les mouvements sociaux. Nous avons publié son dernier texte il y a quelques semaines. Il y décrivait finement les ressorts fondamentaux du peuple français, plus que jamais à l’œuvre actuellement, entre « confiance et défiance ». Au mois de janvier, en plein conflit de la réforme des retraites, il nous expliquait pourquoi notre culture française de « l’affrontement » était devenue « un handicap ». Des mots qui avaient un écho particulier dans la bouche d’un fondateur de la LCR !

Un Européen convaincu

« C’est une des légendes de la gauche qui s’en va et sa disparition m’emplit d’une grande tristesse », a réagi auprès de l’AFP Jean-Christophe Cambadélis, lui aussi venu de l’extrême gauche avant d’entrer comme Henri Weber au Parti socialiste en 1986.

Car, membre du bureau politique de la LCR, Henri Weber rejoint le PS au mitan des années 1980 et entre en 1988 comme conseiller technique au cabinet de Laurent Fabius à la présidence de l’Assemblée nationale.

Cet Européen convaincu a également effectué deux mandats au Parlement de Strasbourg, de 2004 à 2014.

Secrétaire national adjoint du PS, chargé de la mondialisation, membre du conseil national du PS, membre du conseil d’orientation scientifique de la Fondation Jean-Jaurès dont il était encore expert associé, Henri Weber a joué un rôle important dans la structuration idéologique du parti.

En décembre, commentant la perte d’influence du PS, il estimait qu’« après les municipales, il faudra se dépasser pour reconstruire une gauche de gouvernement. Le PS n’a aucune chance de se réimposer seul ».

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