José Ric : "J’étais un rouge sans crime de sang"

Publié le par La Dépêche par Gilles-R. Souillés

Sa vie est un roman, écrit dans la fureur de la grande histoire et de la lutte antifranquiste dans laquelle il s’est engagé à 16 ans. José Ric, lecteur assidu de la Dépêche du Midi, a 100 ans. Un phénomène. 

José Ric, dans sa maison de Castelginest où il vit seul, mais très entouré par sa famille. En médaillon, sa photo sur sa carte de prisonnier dans le camp allemand de Lukenwald où il a passé 5 ans. / Photo DDM

José Ric, dans sa maison de Castelginest où il vit seul, mais très entouré par sa famille. En médaillon, sa photo sur sa carte de prisonnier dans le camp allemand de Lukenwald où il a passé 5 ans. / Photo DDM

L’œil est vif, rieur, et la mémoire intacte. À tout juste 100 ans, qu’il a fêté en famille vendredi, José Ric est l’un des derniers témoins directs de la guerre civile qui a déchiré l’Espagne. Sa vie, pleine de bruit et de fureur, a la richesse d’un livre d’histoire, celle qui l’a jeté sur les chemins de l’aventure et de la liberté, dont il connaît assurément le prix. Ce conteur invétéré a toujours le goût pour raconter inlassablement son passé. Comme s’il ne croyait pas lui-même à cette saisissante épopée qui l’a précipité très jeune dans la tourmente.

"J’avais 11 ans quand la République a été déclarée en Espagne à la suite des élections de 1931, se souvient-il. J’étais porte-drapeau à Lerida lors de la manifestation célébrant cette victoire populaire. Le temps de la République a été un temps très riche pour nous tous, on pouvait avoir accès à des ateneo popular, on y apprenait des disciplines qui jusque-là nous étaient inaccessibles, c’est là que j’ai appris le dessin". José est né dans une famille très engagée. Un atavisme qui va sceller son destin. "Mon frère aîné ainsi que mon père étaient militants du POUM, le Parti ouvrier d’unification marxiste, en fait un parti marxiste antistalinien. Quand Franco s’est soulevé contre la République, on s’est tous mobilisés contre le fascisme pour la défendre. Au début j’étais trop jeune pour aller au front, je m’occupais du courrier, je reliais le front et Lerida. J’ai ensuite pu faire mes classes et rejoindre l’armée républicaine". Avant d’être dépêché au combat à tout juste 16 ans. "On m’a envoyé à Teruel, j’avais un vieux fusil et je ne savais guère m’en servir. D’ailleurs je n’ai jamais tiré sur personne", confie-t-il. La suite est plus douloureuse. "J’ai été fait prisonnier dès la première approche du poste franquiste. Ils m’ont emmené près de Santander, dans un camp de prisonniers, les conditions d’emprisonnement étaient très violentes et bien plus dures que celles que j’ai connues plus tard en Allemagne".

L’incarcération en Espagne a été la chose la plus terrible pour José Ric. "Je me rappelle de L’inhumanité des franquistes, les prisonniers enfermés dans une fosse à moitié nus en plein hiver. Les camarades qui disparaissaient au petit matin et que l’on ne revoyait pas". Lui a eu plus de chance et réussit finalement à s’évader pour passer la frontière en courant, à Hendaye. Toujours prêt à reprendre la lutte contre le fascisme. "Je me suis engagé en octobre 1939 dans l’armée française. Je suis encore parti pour le front et j’ai été fait prisonnier en juin 1940. Stalag III A à Lukenwald, numéro de prisonnier 51.915". Il y restera cinq longues années. "Ce sont les Russes qui m’ont libéré le 6 mai 1945. En rentrant d’Allemagne, j’ai eu la chance de retrouver à Toulouse la plus belle fille de Lerida, Pilar, qui avait pu s’échapper d’Espagne. J’ai vite demandé sa main à son père et nous nous sommes mariés. C’est elle qui a su apaiser mes blessures, nous avons fondé une famille ici en France, avec nos quatre enfants". En détention, José n’a pas complètement perdu son temps. Il joue au football (le Barca a remplacé depuis longtemps le Real dans son cœur) dans l’équipe du stalag, mais surtout il apprend l’ébénisterie. "Avec des ébénistes qui venaient de la grande école Boulle de Paris". Il en fait son métier et construit sa maison à Castelginest. "Nous avons choisi de rester en France, même si nous aurions pu revenir en Espagne, j’étais un rojo sin crimen, un rouge sans crime de sang".

Aujourd’hui, José n’a aucun regret. "J’étais un gamin et je croyais dans mes idées. Mais je dis aux jeunes que la guerre est le pire qui puisse arriver, il faut tout faire pour l’éviter". Malgré toutes les épreuves, son maître-mot, reste la fraternité. "Je vieillis entouré des gens qui m’aiment. J’aime rire. La vie est une joie".

: riz à l’espagnole, cad paella,

Livre : Le comte de Monte Cristo d’Alexandre Dumas et Preciosa de Cervantes

Poésie : Lorca, la casada infiel

Film : sur les ailes de la danse avec Fred Astaire et Ginger Rogers, 1936.

Chanteur préféré : Carlos Gardel

1920

Naissance le 13 mars 1920 à Fraga, petite ville près de Lerida en aragon.

1931

Il porte le drapeau de la nouvelle république lors de la manifestation populaire qui envahit Lerida quand la monarchie d’Alphonse XIII est renversée par les urnes. Il a 11 ans.

1938

Il participe à l’une des batailles de Teruel. Emprisonné dans les camps fascistesavec les Républicains, il s’enfuit et traverse en courant la frontière à Hendaye.

1940

Il s’engage dans les troupes françaises pour défendre la liberté. Il est fait prisonnier, l’armée française est en déroute.

1945

Libéré par les troupes russes. Il arrive à Toulouse, il retrouve son frère, son père et se marie deux ans plus tard.

1971

Il s’installe avec sa famille à Castelginest, après avoir vécu en Bolivie. Il perd sa femme en 2010.

En quelques dates son idoleses livres

Le roi de la "Truita" catalane !

José Ric est un fin gourmet et il aime encore cuisiner. Se trancher une belle tranche de Pata Negra ou se faire une omelette, la "truita" catalane, qu’il fait à la perfection. Sa recette ? Couper les pommes de terre en fines lamelles, les faire cuire dans l’huile (ne pas hésiter sur la quantité) à feu doux, à l’étouffé, un couvercle recouvrant la poêle. Les écraser ensuite grossièrement à la fourchette, ajouter 2 gousses d’ail et quand le tout est onctueux, ajouter les œufs. Mélanger, faire dorer puis retourner avec une assiette qui s’imbrique bien dans la poêle. Et cuire l’autre côté. Avec ce plat, José régale ses (grands) enfants, ses petits et arrières petits-enfants, auxquels il aime aussi raconter son lointain passé qui est une véritable leçon d’histoire. Et puis il chante d’anciens tangos, dessine encore pour ses infirmières… qui repartent aussi avec ses petits plats cuisinés.

Publié dans Articles de Presse

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