La lèpre, l’épidémie concentrationnaire

Publié le par La Dépêche par Jean-Michel Cosson

Après un éclairage de Jean-Paul Couffin sur la peste noire qui toucha le Rouergue entre le XVe et le XVIIe siècle c’est au tour de Michel Cosson d’évoquer un autre fléau du Moyen Âge : la lèpre. 

Lépreux interdits d’entrer dans la ville. / DR

Lépreux interdits d’entrer dans la ville. / DR

Tous les Millavois, et même au-delà, connaissent le lieu de la Maladrerie, à proximité des eaux du Tarn. Un nom qui se retrouve dans d’autres villes françaises, décliné aussi en ladrerie et léproserie. Cette maladie infectieuse dont le bacille est identifié en 1873 par le norvégien Hansen est redoutée des populations du fait de son caractère hideux et repoussant. Apparue en France dès le IIe siècle de notre ère, elle se développe surtout entre le XIIIe et le XVe siècle. Au début du XIIIe siècle, le royaume français compte alors 4 000 léproseries abritant environ 60 000 lépreux.

Les signes de la lèpre sont facilement reconnaissables. Visages déformés, atrophie des mains, des doigts de pieds, formation d’écailles sur le corps, ce qui les rend aussitôt repérables. Dénoncé, le lépreux passe devant un jury formé d’un prêtre, d’un prévôt et d’un médecin qui le condamnent à rejoindre une maladrerie. Avant son départ, une messe des morts est célébrée durant laquelle le prêtre verse sur la tête du lépreux de la terre du cimetière pour lui signifier qu’il appartient désormais au royaume des morts.

L’historien aveyronnais Henri Affre écrit : "Les hôtes des maladreries se voyaient condamnés à passer leurs jours dans une solitude absolue ; il ne leur fallait rien moins qu’une foi vive et une grande résignation à la volonté de Dieu, pour supporter patiemment et sans murmure les angoisses et les tristesses d’une aussi misérable condition."

Les maladreries de Rodez

En Aveyron, une première mention d’une léproserie est citée en 1176 à Rodez, au lieu-dit Combecrose, dans la côte du Monastère montant vers Banocres. Une seconde, puisque Rodez est divisée en deux villes (Cité et Bourg), voit le jour en 1204, à proximité du château de Canac, sur la rive gauche de l’Auterne. Le but de ces établissements est de maintenir éloignés les lépreux, les condamnant à une vie commune, loin de leurs parentés. Comble de leur état, les malades doivent payer un droit d’entrée proportionné à leurs ressources. En de rares occasions pouvaient-ils pénétrer en ville comme le rappelle une ordonnance de la léproserie de Combecrose en 1541 : "Les dimanches et jours de fêtes et autres jours accoutumés, les dits maladres viendront dans la ville de Rodez et autres lieux accoutumés pour faire la quête ; et ils seront tenus de se retirer et demeurer séparés et non se mélanger aux autres ; et quand ils passeront par les rues, ils sonneront les crécelles afin que les passants s’éloignent d’eux et de leur haleine."

Un commandeur était chargé d’administrer la maladrerie tandis que les autorités consulaires de la ville devaient chaque année payer une pension annuelle sous forme d’argent mais aussi en livrant un cochon bien gras, du sel, du bois et de la toile.

Parfois, quelque événement pouvait susciter un peu de bonheur tel ce mariage interne en 1541 entre le fils d’un lépreux de Rodez avec une lépreuse de Saint-Antonin.

La léproserie de Combecrose est encore habitée en 1641. Quant à celle proche de Canac, sa dernière lépreuse du nom de Bénézech s’éteint en octobre 1681. La lèpre disparaît alors de nos contrées, ne laissant en souvenir que ses différents noms de lieux.

À lire : - Roger Nougaret. Hôpitaux, léproseries et bodomies de Rodez. De la Grande peste à l’hôpital général : vers 1340-1676, Rodez, Subervie - Henri Affre. Lettres sur l’histoire de Rodez, 1874

Publié dans Articles de Presse

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article