Revel. Cérémonie du 19-Mars : le menuisier se souvient de sa guerre en Algérie

Publié le par La Dépêche par Émile Gaubert

Avec son épouse Geneviève, Guy Costes se replonge dans ses albums photos de ses souvenirs en Algérie et Maroc/Photo et repro DDM, E.G.

Avec son épouse Geneviève, Guy Costes se replonge dans ses albums photos de ses souvenirs en Algérie et Maroc/Photo et repro DDM, E.G.

À Revel comme partout ailleurs, les cérémonies commémoratives du Cessez-le-feu en Algérie, prévues le 19 mars, 58 ans après, ont été annulées, dans le cadre du confinement. N’empêche, les anciens combattants gardent un souvenir intact de ces jours où simple ouvrier n’ayant quasiment jamais quitté leur village, ils se sont retrouvés embarqués dans une guerre qui ne voulait pas dire son nom, dans un pays totalement inconnu.

Guy Costes était l’un d’entre eux. Âgé aujourd’hui de 86 ans, il vit paisiblement à Revel, avec Geneviève, son épouse depuis 61 ans. La mémoire toujours vive, il se souvient des moindres détails de cette guerre à 2000 km de chez lui. Il a mis entre parenthèses son métier de menuisier charpentier quand viendra le moment du service militaire obligatoire. "J’ai passé le conseil de révision en 1953, à 19 ans, à Revel mais je ne serais appelé qu’un an plus tard". Lui qui n’a jamais quitté sa bonne ville revéloise, va alors se retrouver du jour au lendemain aux antipodes de la quiétude de sa vie quotidienne. "On savait ce qui se passait en Tunisie, Algérie et Maroc et qu’il y avait des chances qu’on s’y retrouve en tant qu’appelé du contingent. Mais, c’était une belle opportunité de découvrir l’aventure et d’autres pays". Cantonné à Rivesaltes, il embarque à Cerbère, en 1954, direction Oran, en Algérie. "Avec deux autres Revélois : Guiraud et Batut, on nous a ensuite embarqués en train jusqu’à la frontière du Maroc. On a rejoint Casablanca où on a fait nos classes puis le peloton à Azrou. Même si le pays était un peu agité avec l’indépendance qui se profilait, nous ne nous sentions pas du tout en danger". En 1956, le Maroc accède à son indépendance.

Service militaire prolongé

Cela fait maintenant 16 mois de service militaire pour Guy Costes. "On a défilé à Casablanca lors du retour d’exil de Mohamed V et il me restait moins de trois mois de service à tirer". Pas de chance pour lui, la quille attendra. "On croyait l’avoir mais on ne l’a pas eue. On nous a juste dit qu’on nous prolongeait d’office notre incorporation et on n’avait pas intérêt de refuser. On nous a embarqués dans un train à bestiaux et on a voyagé toute la nuit entre Rabat et Oran, puis au petit matin on nous a amenés en camion à Blida, au sud d’Alger.".

Lui qui jusque-là avait évité les combats, va alors découvrir la guerre, la vraie, "celle où la mort vous guette, celle où on entend siffler des balles au-dessus de sa tête ; celle où on n’a pas le temps de réfléchir face au dilemme de tuer ou d’être tué… À Blida on a été pris dans l’embuscade de Chréa qui a fait 12 morts dans nos rangs. Ça vous marque".

Les attentats à Alger, De Gaulle au pouvoir, les manifestations de pieds-noirs, Guy Costes n’y pense même pas. "On ne faisait pas de politique. On pensait surtout à l’entraide et la camaraderie. On bravait même parfois les consignes en se mêlant à la population qui n’avait rien contre nous".

Pour Guy Costes, le moment de plaisir c’est aussi de recevoir La Dépêche du Midi. "Comme avant de partir je jouais au rugby à Revel, mes parents m’envoyaient le journal du lundi pour me tenir au courant des résultats sportifs".

Sous-officier, Guy Costes passera du grade de caporal-chef à celui de sergent. "C’était surtout intéressant car la solde était plus importante que le salaire que je touchais à Revel". Il sera démobilisé en 1957. "Quand j’ai quitté l’Algéri, j’étais content car dans mon groupe on n’avait perdu aucun camarade". À son retour à Revel, l’absence de tous les jeunes partis eux aussi en Algérie, jette un voile sur sa joie. On m’a dit qu’avec mon grade je pouvais entrer dans la gendarmerie sans faire de formation. Je n’avais plus de travail en rentrant, c’était donc intéressant mais quand on m’a dit que c’était pour être gendarme en Algérie, là j’ai laissé tomber".

En 2013, il est allé avec son fils au Maroc, sur les traces de tous les lieux où son service militaire l’avait conduit. Avec beaucoup d’émotion.

Publié dans Articles de Presse

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