Séparation des Eglises et de l’Etat : La Dépêche fait loi

Publié le par La Dépêche

Votée au début de l’été 1905, la loi de séparation des Eglises et de l’Etat est promulguée le 9 décembre. La Dépêche annonce alors sur toute sa Une le régime laïque qui fonde notre société. 

Deux jours avant la promulgation de la loi de séparation entre les Eglises et l’Etat, La Dépêche en fait son grand titre de « Une » le 7 décembre 1905. Les articles de la loi sont publiés en page intérieure du journal qui fait toujours date, 115 ans après.

Deux jours avant la promulgation de la loi de séparation entre les Eglises et l’Etat, La Dépêche en fait son grand titre de « Une » le 7 décembre 1905. Les articles de la loi sont publiés en page intérieure du journal qui fait toujours date, 115 ans après.

"Article 1. La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public."

Il n’est pas fréquent qu’un quotidien autre que le Journal Officiel publie des articles de loi. Mais la Loi de séparation des Eglises et de l’Etat est en 1905 un aboutissement pour "La Dépêche". Elle lui consacre le 7 décembre de cette année-là, deux jours avant sa promulgation, le titre entier de la première page et ses colonnes en page intérieure.

Il faut dire que le texte sonne la fin d’une alliance de 1400 ans entre la France et l’Eglise, depuis le baptême de Clovis. "Fille aînée" de l’Eglise, la nation prend alors son indépendance.

Et c’est la fin d’un quart de siècle de bras de fer entre l’Église catholique et une bonne partie des républicains, notamment radicaux. Leur volonté bientôt faite loi: que le pays s’affranchisse de l’influence encore très puissante des religieux, refondée après la déchristianisation temporaire de la Révolution française.

Dès 1881 et 1882, la IIIe République fait franchir un pas décisif à la laïcité avec les lois portées par son ministre de l’Instruction Jules Ferry. Elles rendent l’École publique laïque, gratuite et obligatoire. Le journal toulousain (qu’on lisait attentivement à Paris) en avait alors publié les 18 articles.

La laïcité est un des fondements du journal radical. Son directeur Arthur Huc est un militant de la Libre-Pensée, ce qui n’empêche pas les polémiques au sein du mouvement et de "La Dépêche. Pour la paix "entre croyants et incroyants", le député Jean Jaurès, chroniqueur fidèle de La Dépêche à qui il fournit son article toutes les semaines (bien qu’il ait fondé "L’Humanité" en 1904) ferraille avec le sénateur Clemenceau.

A partir de 1881, les lois de Jules Ferry sur l’instruction obligatoire et l’enseignement public, laïque et gratuit ont ouvert la voie de la laïcisation de la société.

A partir de 1881, les lois de Jules Ferry sur l’instruction obligatoire et l’enseignement public, laïque et gratuit ont ouvert la voie de la laïcisation de la société.

Des ours à la porte de l’église

Jaurès a souhaité que la loi de séparation conserve aux religieux, constitués en associations cultuelles, une liberté de culte.

"Ce que nous avions voulu par l’article 4, c’était faire œuvre loyale envers les catholiques", écrira-t-il dans La Dépêche, regrettant que M.Clemenceau "reprenne contre nous, contre moi, la polémique".

L’inventaire des divergences de vues au sein du mouvement laïque fera place, au lendemain de la promulgation de la loi, à un inventaire qui va embraser toute la société.

Il s’agit de transférer les biens de l’église aux associations cultuelles. Une circulaire prévoit que "les agents chargés de l’inventaire demanderont l’ouverture des tabernacles".

L’opération est très mal perçue dans de nombreuses provinces, Bretagne, Normandie, Vendée, Pays basque, Savoie, Pyrénées. Au village de Cominac, en Ariège, des ours dressés par les paysans ont servi à défendre l’entrée de l’église.

Georges Clemenceau, nommé entretemps ministre de l’Intérieur jouera l’apaisement, estimant que l’inventaire "des chandeliers dans une église ne vaut pas une vie humaine".

Extraits

Aux termes de la Loi, à partir de 1905, le carillonneur prendra ses ordres de la mairie… Extraits des articles.

Article 1. (lire ci-contre)

Article 2. La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence, à partir du 1er janvier qui suivra la promulgation de la présente loi, seront supprimées des budgets de l’Etat, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l’exercice des cultures […]

Article 4.Dans le délai d’un an à partir de la promulgation de la présente oi, les biens mobiliers et immobiliers des menses, fabriques, conseils presbytéraux, consistoires et autres établissements publics du culte seront, avec toutes les charges et obligations qui les grèvent et avec leur affectation spéciale, transférés par les représentants légaux de ces établissements aux associations […] légalement formées pour l’exercice de ce culte dans les anciennes circonscriptions desdits établissements.

Article 26. Il est interdit de tenir des réunions politiques dans les locaux servant habituellement à l’exercice d’un culte.

Article 27. Les cérémonies, processions et autres manifestations extérieures d’un culte continueront à être réglées en conformité des articles 95 et 97 de la loi municipale du 5 avril 1884.

Les sonneries des cloches seront réglées par arrêté municipal, et en cas de désaccord entre le maire et le président de l’association cultuelle, par arrêté préfectoral.

Publié dans Articles de Presse

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