8 mai 1945, une commémoration confinée

Publié le par Libération par Christophe Forcari

Le 75e anniversaire de la victoire des Alliés sur l'Allemagne nazie s'est déroulé sans public dans un Paris confiné, loin de la foule en liesse du 8 mai 1945. 

Célébration dans les rues de Paris le 8 mai 1945. Photo Serge de Sazo. Gamma-Rapho via Getty Images

Célébration dans les rues de Paris le 8 mai 1945. Photo Serge de Sazo. Gamma-Rapho via Getty Images

Une place de l’Etoile déserte et une célébration du 8 mai 1945 réduite à sa plus simple expression. Pour ce 75e anniversaire de la victoire des Alliés sur l’Allemagne nazie, pas de détachement d’honneur et un seul porte-drapeau. Et des Champs-Elysées déserts sans la foule qui se presse habituellement à ce genre de manifestation.

Plusieurs milliers de photos

Le 8 mai 1945 dès l’annonce de la capitulation allemande sans condition, une foule immense envahit les places et les rues pour manifester sa joie après cinq années d’une guerre qui a fait près de 60 millions de morts. Des scènes de liesse immortalisées par des reporters photographes et dont les images ont été rassemblées par l’agence de presse américaine Getty Images, qui dispose d’un fonds de plusieurs milliers de photos de ce jour historique. «Le cœur de notre collection se trouve à Londres avec près de 80 millions de clichés. Les images prises à Paris le jour de la Libération pour le Picture Post ont été prises par Hayward Magee, un photographe d’une expérience immense, ainsi que par différentes agences de presse en France, notamment, Rapho, Keystone, et Life», explique Matthew Butson, responsable des archives de cette agence photo fondée en 1995.

Après le suicide d’Hitler le 30 avril 1945, l’amiral Dönitz, désigné comme son successeur par le maître du Reich, entame des pourparlers pour demander la cessation des combats aux puissances alliées. Avec l’espoir de négocier la paix avec les seules anglo-saxons, le 6 mai, il envoie le général Jodl, chef d’Etat-major de la Wermacht, à Reims où se trouve le quartier général des forces alliées. L’acte de capitulation est signé le 7 mai à 2h41 du matin. Un général français, François Sevez, adjoint du général Juin et chef d’état-major de la France libre est également invité à le parapher en qualité de simple témoin. Le président Eisenhower annoncera lui-même la capitulation de l’Allemagne à la radio à 3h39 du matin. Les combats doivent prendre fin le 8 mai à 23 heures.

«Et pourquoi pas un drapeau chinois»

Staline ne goûte que très modérément la tentative des officiers allemands d’avoir cherché à jouer la carte des Américains et des Britanniques. Il exige donc que l’acte de capitulation soit ratifié à Berlin le 8 mai dans la zone occupée par les troupes soviétiques. La délégation russe est conduite par le maréchal Joukov. C’est le maréchal allemand Wilhelm Keitel qui pendant un quart d’heure signe tous les actes de reddition. Jean de Lattre de Tassigny, invité à assister à la cérémonie en qualité de témoin par Joukov, à la demande de Staline qui cherche ainsi à glisser un coin entre les puissances alliées, exige qu’un drapeau français figure dans la salle. «Et pourquoi pas un drapeau chinois», lui rétorque froidement un officier anglais. Joukov en fera confectionner un à la va-vite avec quelques bouts de tissu récupérés de ci de là. L’ensemble des textes est enfin signé à 23 heures à Berlin. Il est déjà minuit à Moscou. Les Russes célèbrent donc la fin de «la grande guerre patriotique» le 9 mai. A l’issue de la séance, le maréchal Joukov invite froidement «la délégation allemande à quitter la salle» sans lui adresser un regard. Malheur aux vaincus ! La Seconde Guerre mondiale vient de prendre fin.

Publié dans Articles de Presse

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article