Claude Goasguen, décès d’une «grande gueule» de la droite

Publié le par Le Parisien par Marie-Anne Gairaud et Alexandre Sulzer

Le député de Paris est mort ce jeudi du Covid-19 alors qu’il semblait se remettre doucement du virus.

 Claude Goasguen, ici en mai 2017 lors de la campagne des législatives. LP/C.H.

Claude Goasguen, ici en mai 2017 lors de la campagne des législatives. LP/C.H.

En juin 2017, il fallait le voir arpenter fougueusement les rues du XVIe arrondissement de Paris, tracts à la main et verbe haut, pour comprendre que Claude Goasguen n'aimait pas perdre. Largement devancé à l'issue du premier tour des législatives par une candidate LREM, il était donné perdant, mais avait finalement remporté la victoire au second tour.

Le scénario inverse s'est déroulé avec le coronavirus qui a fini par l'emporter ce jeudi matin à l'âge de 75 ans. Hospitalisé très tôt, dès le 24 mars, et dans un état grave, l'ancien ministre de Jacques Chirac semblait pourtant avoir gagné la partie contre le virus après 22 jours de coma artificiel au service de réanimation de l'hôpital Georges Pompidou. « Il allait mieux, je lui ai même parlé mercredi », confiait jeudi une proche, encore sous le choc, quelques petites heures après que son cœur a lâché.

Quelques jours avant de s'engager dans sa dernière bataille, Claude Goasguen avait remporté celle du premier tour des municipales dans son XVIe arrondissement où il régnait en maître. La liste qu'il soutenait, dirigé par l'avocat Francis Szpiner, flirtait avec la majorité absolue, très loin devant celle de la maire sortante Danièle Giazzi qu'il avait pourtant lui-même choisie pour lui succéder (cumul des mandats oblige) à la mairie d'arrondissement. Mais celle-ci avait pris trop d'indépendance à son goût aux yeux du volcanique baron.

« J'ai un tempérament méditerranéen », disait sans cesse ce Breton, né à… Toulon et de mère corse. « A l'UMP, il avait le rôle de l'imprécateur droitier qu'il jouait à merveille », glisse son ami Gérard Longuet qui l'a connu, lycéen à Henri IV, puis étudiant dans les mouvements d'extrême-droite. « Moi, j'ai cofondé Occident, lui n'en faisait pas partie, assure le sénateur qui a plus tard milité à l'UDF avec lui. Mais on se retrouvait dans les manifs contre le Vietcong… » « Goasguen m'a cassé la gueule en 68 […]. Ce fut un beau lynchage, depuis, on s'est réconciliés ! Cher Claude, je t'aimais bien […], tu étais un réac sérieux », a tweeté l'architecte Roland Castro.

Aussi bien au Conseil de Paris, dont il a dirigé le groupe d'opposition pendant quatre ans, qu'à l'Assemblée nationale, où il a siégé vingt-deux ans sans discontinuer, ses interventions donnaient lieu parfois à des échanges musclés avec la gauche. « C'est à moi que tu parles ? Regarde-moi quand tu me parles » n'hésitait-il pas à lâcher par exemple, en s'adressant à l'adjoint communiste de Paris, Ian Brossat.

Réputé séducteur, il tenait parfois des propos pas toujours très féministes. Lors de la primaire pour les municipales de 2008 à Paris, candidat face à Françoise de Panafieu, il avait déclaré lors d'un débat devant les militants que ce n'était pas un « concours de beauté ».

Bluffé par la campagne de Rachida Dati

En 2013, il avait fait partie des députés qui étaient allés chercher Nathalie Kosciusko-Morizet pour la convaincre de se présenter à la mairie de Paris… pour finalement prendre ses distances avec la candidate qu'il jugeait trop « bobo » lorsque la campagne semblait mal partie. Avec Rachida Dati, à qui il avait reproché en 2013 de « ramener dans la capitale » ses « mœurs du 9-3 », les relations étaient exécrables jusqu'à ce qu'ils enterrent la hache de guerre en novembre dernier.

« Je pensais qu'on allait se prendre une branlée monstrueuse aux municipales. Alors on s'est parlé au téléphone et elle m'a dit : j'ai besoin de toi, tu représentes la droite. Je lui ai dit OK parce qu'il n'y avait personne d'autre », confiait-il moins d'un mois avant son hospitalisation, bluffé par la campagne de la candidate LR qui lui a d'ailleurs rendu un hommage appuyé jeudi. Propulsé « conseiller spécial » de la campagne de Rachida Dati, Claude Goasguen n'en verra finalement pas l'aboutissement.

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