« Hitler donnait cette image de père bienveillant » : Rochus Misch, garde du corps du Führer

Publié le par GEO par Jean-Jacques Allevi

Les complices d’Hitler ne furent pas seulement ses généraux ou les dirigeants du parti nazi. Au plus près de lui, son garde du corps l’a suivi jusque dans son bunker de Berlin. Son parcours interroge sur la culpabilité du « troisième cercle ».

Misch intègre en 1937 la Verfügungstruppe, unité SS destinée aux opérations militaires. Youngtae/Leemage

Misch intègre en 1937 la Verfügungstruppe, unité SS destinée aux opérations militaires. Youngtae/Leemage

En cet automne 2004, La Chute est à l’affiche de tous les cinémas d’Allemagne. Le film, qui raconte les derniers jours d’Hitler dans son bunker à Berlin, fait plus de trois millions d’entrées en cinq semaines ! Dans sa maison au cœur de Berlin, Rochus Misch, 87 ans, fulmine. « Ce film est un drame d’opérette. Il n’y avait pas de fêtes, de beuveries dans ce minuscule bunker…» Si l’octogénaire est si bien informé, c’est qu’il faisait partie de la garde rapprochée du Führer. L’ex-SS n’a aucun regret : « Avec moi, il était attentionné et gentil », répète-t-il à Nicolas Bourcier, correspondant du Monde en Allemagne. Une « absence vertigineuse de doute et de remise en question » qui sidère le journaliste, à qui l’intéressé a livré ses souvenirs (J’étais le garde du corps d’Hitler, éd. Le Cherche Midi, 2006).

Hitler, l'image d'un père bienveillant

Son premier souvenir du chancelier remonte à l’été 1936. A l’entrée du stade olympique de Berlin, il aperçoit le Führer entouré « d’hommes en noir avec des ceinturons de couleur blanche tentant de se frayer un chemin ». Sa réaction immédiate : « Je me suis mis à m’imaginer faire partie du tableau. » En 1937, il s’engage dans l’armée de réserve. Il est incorporé dans un régiment SS de la garde personnelle d’Hitler. Grâce à la recommandation d’un officier, il intègre, en mai 1940, le commando d’escorte du dictateur et devient alors coursier, standardiste et garde du corps à la chancellerie.

A sa première rencontre avec Hitler, le « chef » lui confie une importante mission : porter une lettre à sa sœur à Vienne. « Le Führer que je venais de voir n’était ni un monstre ni un surhomme. Il paraissait normal. » Misch l’orphelin ajoute : « Mieux que quiconque Hitler donnait cette image de père bienveillant. » « Se trouver aux côtés du Führer, c’était ressentir un sentiment de sécurité et d’attention sincère. » Ainsi, pour son mariage, le SS reçoit 40 bouteilles de grands crus et une carte de vœux signée de la main d’Hitler. Misch a d’autres « bons moments » en tête : un échange avec Rommel, sa rencontre avec la cinéaste Leni Riefenstahl. Et ce matin où, entrant sans frapper dans la chambre d’Eva Braun, il trouve la maîtresse du Führer en nuisette…

Et la guerre ? Misch en a peu de souvenirs. Il ne s’est pas intéressé aux discussions auxquelles il a assisté, aux messages passés entre ses mains. « Il m’arrivait de jeter un bref coup d’œil… Mais je crois que ma curiosité n’exigeait pas d’aller plus loin. » Il se souvient juste d’une dépêche évoquant la visite de la Croix-Rouge dans un camp de concentration. Les camps justement : « Nous savions qu’ils existaient mais nous n’avions pas la possibilité de savoir ce qu’il s’y passait », évacue-t-il.

Avec Hitler jusqu'à la fin

Misch passe les dernières semaines de guerre dans le bunker. Le suicide d’Hitler et d’Eva Braun ? Il affirme avoir vu les corps sans vie. Il ressent aussi « une joie immense » lorsque, pour la première fois depuis son arrivée à la chancellerie, Goebbels, peu avant son suicide, lui serre la main. Le 2 mai 1945, il est le dernier soldat à quitter les lieux, après avoir pris grand soin… de débrancher le standard.

Il est arrêté par les troupes soviétiques et interné avec d’autres nazis. Puis envoyé dans les geôles du KGB à Moscou, où il est sauvagement interrogé. Placé au secret puis détenu en camps de travail, il est libéré fin 1953. Il retrouve sa femme et sa fille à Berlin, rachète un magasin de peinture. Son épouse, élue conseillère municipale (SPD, le parti social-démocrate) de Berlin, dévore les livres sur l’histoire du IIIe Reich. Lui refuse d’admettre que le dictateur nazi était un criminel de masse : « Je ne l’ai pas vécu en tant que meurtrier. » La fille de l’ex-SS a rompu avec son père bien avant sa disparition en 2013. Elle a tenu à ce que ses fils fassent leurs études dans une école juive de Francfort.

Publié dans Articles de Presse

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