La CIA a secrètement alerté ses agents sur les dangers de la chloroquine

Publié le par Valeurs Actuelles

Le médicament, vanté par Donald Trump, expose les patients à “des effets secondaires potentiellement importants”, a mis en garde l’agence de renseignement américaine, sur un site réservé à ses employés.

Siège de la CIA à Langley, en Virginie. Photo Andrew Harnik/AP/SIPA

Siège de la CIA à Langley, en Virginie. Photo Andrew Harnik/AP/SIPA

La CIA a prévenu en privé ses employés du danger des effets secondaires potentiels, y compris de mort subite, de la chloroquine, médicament vanté par Donald Trump pour ses mérites dans le traitement de la pandémie de coronavirus, rapporte le Washington Post. L’avertissement, diffusé sur un site dédié aux membres de l’agence de renseignement américaine et relatif aux questions soulevées par la crise sanitaire, a été émis fin mars, après que le président des Etats-Unis et les médias ont débattu de l’efficacité de ce médicament antipaludique contre le Covid-19, qui divise toujours la communauté scientifique.

Un risque de mort cardiaque subite

Malgré les prises de position politiques sur le sujet, l’utilisation de la chloroquine (en association avec d’autres médicaments) reste sujette à caution, affirment les experts qui ajoutent que les études demeurent au mieux incomplètes, au pire, non concluantes. Le site en ligne de la CIA, qui a abordé le sujet le 27 mars, recensait des articles de presse suggérant que la chloroquine « est actif contre le virus Covid-19 », précise le quotidien américain. Mais en réponse à une question posée par un employé de l’Agence, qui s’interrogeait sur l’intérêt de s’administrer la molécule sans prescription, la CIA a préféré opter pour la prudence.

« À ce stade, il n'est pas recommandé que le médicament soit utilisé par les patients, sauf par les professionnels de santé qui le prescrivent dans le cadre d’études d'investigation en cours. Il existe des effets secondaires potentiellement importants, y compris la mort cardiaque subite, associés à l'hydroxychloroquine, et son utilisation individuelle chez les patients doit être soigneusement sélectionnée et surveillée par un professionnel de santé », souligne la CIA. Avant de prévenir, en caractères gras : « Veuillez ne pas prendre ce médicament par vous-même. » Contactée par le Washington Post, l’Agence n’a pas souhaité commenter.

« Je ne suis pas médecin, mais j'ai du bon sens »

Une semaine avant cette mise en garde, Donald Trump avait loué en personne l’efficacité supposée de la chloroquine en conférence de presse à la Maison Blanche, alors que son pays s’enfonçait dangereusement dans la crise sanitaire. « Je pense que cela pourrait être, d'après ce que je vois, que cela pourrait changer la donne », déclarait-il. Depuis, le président américain a répété que le médicament semble « montrer de bons résultats », avant d’ajouter ce lundi : « Tout récemment, un ami m'a dit qu'il s'était remis grâce à ce médicament, alors qui sait ? […] Je pense que si quelqu'un d’autre que moi le recommandais, il serait utilisé partout. »

Le 5 avril, alors que ses propos inquiétaient scientifiques et médecins, Donald Trump avait toutefois appelé à la vigilance, rappelle le Washington Post : « Vous devez passer par votre médecin pour obtenir le feu vert. Mais j'ai vu des choses qui m’ont plu. Alors qu'est-ce que je sais ? Je ne suis pas médecin [...] mais j'ai du bon sens. » Anthony Fauci, directeur de l'Institut national des allergies et maladies infectieuses, a lui remarqué que les données sur l’efficacité de l’hydroxychloroquine contre le virus sont « vraiment au mieux suggestives ». Une étude sur la molécule, menée par un hôpital au Brésil, a même été arrêtée après l'apparition de rythmes cardiaques suspects chez des malades, ont rapporté plusieurs médias américains.

Publié dans Articles de Presse

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