Le dernier français du Soulèvement National Slovaque a rendu les armes

Publié le par Le Courrier d'Europe Centrale par Gwendal Piégais

Roger Naël, dernier des 200 partisans français ayant pris part au Soulèvement national slovaque de 1944, vient de rendre l’âme dans la commune de Malestroit, à l’âge de 96 ans. Cet ancien combattant du maquis français qui s’était formé en Slovaquie a rejoint ses camarades, dont 56 étaient tombés lors de cette insurrection réprimé dans le sang par l’armée allemande en octobre 1944. 

À l’été 1944, alors que l’armée allemande encaisse péniblement les coups de butoir de l’armée soviétique dans le cadre de l’opération Bagration, un soulèvement national survient en Slovaquie, alors État allié du Reich. Celui-ci est mené en réaction à la vassalisation progressive d’une Slovaquie gouvernée par Jozef Tiso, vassalisation qui se traduisait par l’occupation par les Allemands du territoire. Des communistes slovaques, des anciens cadres de l’armée tchécoslovaque et des résistants slovaques espèrent créer une poche de résistance dans le centre du pays, autour de Banská Bystrica, foyer qui doit tenir jusqu’à l’arrivée de l’Armée Rouge. Ainsi, entre le 29 août et le 28 octobre 1944, près de 60 000 hommes, dont quelques Bretons, tiennent tête aux forces du Reich ainsi qu’aux troupes de la République slovaque alliée de l’Allemagne nazie.

Combattants français engagés avec les partisans slovaques. Sans lieu ni date. Source : Ambassade de France en Slovaquie.

Combattants français engagés avec les partisans slovaques. Sans lieu ni date. Source : Ambassade de France en Slovaquie.

Parmi ces hommes, on compte 200 Français qui vont combattre aux côtés des partisans slovaques, jusqu’à l’écrasement de l’insurrection. Ce sont principalement d’anciens militaires évadés des camps de prisonniers en Autriche et en Hongrie, ainsi que des civils enrôlés dans le STO qui travaillaient dans des usines d’armements en territoire slovaque. Dans le cadre de son alliance avec le Reich, la République slovaque dirigée par Jozef Tiso abritait de nombreuses usines où convergeaient les travailleurs, volontaires ou non, impliqués dans l’effort de guerre du Reich. Les lambeaux de la Tchécoslovaquie dans son ensemble – devenue Protectorat de Bohème Moravie et République slovaque – constituent un des fers de lance de l’industrie d’armement allemand.

Ces 200 hommes, forment la Brigade Stefanic, du nom de l’aviateur et Général Milan Rastislav Štefánik, créateur de la Légion tchécoslovaque en France durant la Première guerre mondiale et figure fondatrice de la Première République tchécoslovaque. La force mobilisatrice qu’on prête aux grands noms de la Grande Guerre est également palpable dans la décision d’attribuer le nom de Foch à un des bataillons de la brigade. Celle-ci est commandée par un capitaine breton, Georges Barazer de Lannurien, natif de Saint-Servan, en Ille-et-Vilaine.

Du 30 août au 4 septembre 1944, la brigade tente d’enrayer la progression allemande vers le cœur de la poche insurrectionnelle slovaque et les empêcher d’atteindre Banská Bystrica. Lors de ces affrontements, 56 de ces hommes perdent la vie et 45 sont mis hors de combat. Les survivants parviennent à rallier les vallées de Tichá et de Kôprová, dans le massif des Hautes Tatras, afin de poursuivre leur action face à l’occupation. Roger Naël, qui à tout juste 19 ans combat dans le bataillon Foch lors de l’insurrection, avait livré un témoignage riche et émouvant de sa  participation à l’insurrection slovaque, témoignage recueilli par l’Association des Amis du Musée de la Résistance Bretonne. En septembre 2017, il fut décoré par l’ambassadeur de la République slovaque, Igor Slobodnick, de l’ordre de la Double Croix blanche. Il était citoyen d’honneur de la ville de Strečno où il avait combattu. 

Roger Naël (1924-2020) en uniforme.

Roger Naël (1924-2020) en uniforme.

Gwendal Piégais

Doctorant en histoire, Université de Bretagne occidentale, spécialisé en histoire militaire, Première Guerre mondiale, Europe Centrale, Russie impériale et soviétique.

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