Michel Piccoli, monument du cinéma français, est mort

Publié le par France Inter par Anne Audigier

Sa capacité d'étonnement lui a permis de traverser quelques décennies de cinéma et d’en parcourir tout le spectre... de Renoir à Godard, de Buñuel à Sautet, de Bonitzer à Carax. Michel Piccoli est mort mardi dernier à l'âge de 94 ans, a annoncé ce lundi sa famille. 

Michel Piccoli AFP

Michel Piccoli AFP

Michel Piccoli, acteur majeur du théâtre et du cinéma français, est mort à l'âge de 94 ans, a annoncé ce lundi sa famille. Né en décembre 1925 à Paris, il s'est éteint le 12 mai dernier, "dans les bras de sa femme Ludivine et de ses jeunes enfants Inord et Missia, des suites d'un accident cérébral", annonce le communiqué de sa famille transmis à l'AFP par son ami Gilles Jacob, ancien président du Festival de Cannes. 

Depuis quelques années, il donnait volontiers la réplique aux plus jeunes, prouvant aisément sa capacité à transmettre l'émotion aussi bien que la jeune génération. Avec l'âge, il avait acquis une forme d'autorité et de sagesse que le facétieux Nanni Moretti avait bien cernée en lui offrant le rôle principal dans Habemus Papam (2011), où Michel Piccoli incarnait un Pape en plein doute, qui se demande si ce n'est pas trop pour un seul homme que d'incarner la foi et l'espoir pour toute une religion et des millions de fidèles. Il s'agissait là de son dernier grand rôle même si, à près de 90 ans, l'acteur n'avait pas encore renoncé à sa carrière.

60 ans de carrière en quelques lignes

Après des débuts au théâtre, on le remarque dans les années 1950 chez Renoir (French Cancan), Pierre Chenal (La Bête à l’affut, Rafles sur la ville) avant qu’il ne s’impose définitivement la décennie suivante.

Buñuel, qui le fait tourner dans La Mort en ce jardin en 1956, lui restera fidèle dans de nombreux films qui suivront (Le Journal d’une femme de chambre, Belle de jour, Le Charme discret de la bourgeoisie).

Remarqué dans Le Doulos de Jean-Pierre Melville (1962), il est révélé au grand public avec Le Mépris de Jean-Luc Godard au côté de Brigitte Bardot (1963). Dès lors, il tourne avec les plus grands cinéastes français (Jean Renoir, Alain Resnais, Jacques Demy, Agnès Varda, Louis Malle, Jacques Rivette, Michel Deville, Léos Carax) et européens (Luis Buñuel, Constantin Costa-Gavras, Marco Ferreri, Alfred Hitchcock)

En 1966, il épouse Juliette Gréco. Ils s'étaient croisés un an plus tot lors d'un dîner organisé par Télé 7 Jours. L'histoire durera 11 ans.

Il devient le modèle de l’homme mûr dans des rôles pourtant différents chez Marco Ferreri (Dillinger est mort, La Grande Bouffe), et plus particulièrement chez Claude Sautet (Les Choses de la vie, Max et les ferrailleurs). Il y invente des personnages où, derrière une apparente quiétude, se cache le vertige de la folie.

Il débute la décennie 1980 par le prix d'interprétation au Festival de Cannes en 1980, avec Le Saut dans le vide de Marco Bellocchio, et celui du Festival de Berlin en 1982, avec Une étrange affaire de Pierre Granier-Deferre. Il travaille avec le jeune cinéma français, comme Jacques Doillon (La Fille prodigue en 1985), Leos Carax (Mauvais sang en 1986), n'hésitant pas à casser son image bienveillante avec des rôles provocateurs ou antipathiques, avant de s'essayer lui-même à la réalisation.

Habitué du Festival de Cannes, 18 films dans lesquels il joue y ont été présentés dont 13 en compétition, il est président du jury de la Caméra d'or en 1999 et fait partie du jury de la compétition officielle du 60e festival de Cannes en 2007 sous la présidence de Stephen Frears.

Aller loin

  • LE 7/9 - Michel Piccoli était l'invité de Patrick Cohen le 6 septembre 2013 
  • Affaire sensible : Le Mépris - Le « film traditionnel » de Jean-Luc Godard

Michel piccoli dans La bande à Bonaud :

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