Mort de Michel Piccoli : « Il accueillait l'évidence des... choses de la vie»

Publié le par Le Figaro avec AFP

INTERVIEW - Gilles Jacob, l'ancien président du Festival de Cannes pleure l'acteur, avec lequel il entretenait une très longue amitié et avait publié en 2015, le fruit de leur correspondance, J'ai vécu dans mes rêves.

«On ne dirigeait pas Piccoli. On le filmait. C'était inutile de lui donner des explications», a déclaré Gilles Jacob. Patrick Bernard / Aurore Marechal / ABACA

«On ne dirigeait pas Piccoli. On le filmait. C'était inutile de lui donner des explications», a déclaré Gilles Jacob. Patrick Bernard / Aurore Marechal / ABACA

Ancien président du Festival de Cannes, Gilles Jacob a publié J'ai vécu dans mes rêves en 2015, un livre d'entretiens avec Michel Piccoli dont il était un ami proche. Pour l'AFP, il revient sur la carrière d'un acteur d'exception dont «la France est orpheline».

Que doit-on retenir de Michel Piccoli?

Michel, c'était l'art du comédien : la classe, l'élégance et la pudeur, la tendresse et l'extravagance, la fraîcheur de ceux qui ont gardé leur âme d'enfant. Il représentait aussi la cocasserie. L'envie de surprendre et de laisser germer ce grain de folie qui font les très très grands. C'est pour cela que les plus grands cinéastes comme Marco Ferreri, Claude Sautet et Jean-Luc Godard l'ont utilisé magnifiquement. On ne dirigeait pas Piccoli. On le filmait. C'était inutile de lui donner des explications. Le personnage qu'il interprétait le guidait. Il accueillait l'évidence des... choses de la vie. La France est orpheline d'un fils. Il nous laisse son œuvre et notre chagrin.

Quels souvenirs gardez-vous des Festivals de Cannes où il a défendu tant de films et où il a décroché un prix d'interprétation?

Ce prix d'interprétation, il l'a reçu ex-æquo avec Anouk Aimée pour Le Saut dans le vide, film de Marco Bellocchio. Ironiquement d'ailleurs : Michel a été récompensé pour un film où il était doublé en italien ! Encore une cocasserie à son image: il n'a pas été vexé et il a même adoré ! Pourtant, sa voix était incroyable : il pouvait être tonitruant ou chuchoter à la limite de l'audible. Il possédait tous les registres et pouvait tout jouer. Un soir, j'ai rendu hommage à Youssef Chahine qui venait de le diriger dans Adieu Bonaparte. Michel a bondi sur la table de la salle à manger du Carlton en levant le poing et en criant : ''Vive Chahine !''. Michel Piccoli a réalisé aussi plusieurs films, avec toujours la cocasserie et l'extravagance qui le résumaient tant. Avec Godard, leur collaboration a été splendide. Le Mépris est l'un des plus beaux films de l'histoire du cinéma. Michel jouait un personnage méprisable. Les acteurs adorent jouer des rôles pas sympathiques. Avec Ferreri, il a tourné La Grande bouffe mais aussi Dillinger est mort où il est seul pendant une heure avec un revolver. Et le film est extraordinaire ! .

Comment le trouvez-vous dans Les Choses de la vie , son film sans doute le plus populaire?

Michel y est magnifique. C'est le début des années 70. Il est superbe physiquement en séducteur à l'œil de velours. Le ralenti de l'accident est fabuleux. Michel Piccoli était un comédien de théâtre, il ne faut pas l'oublier. Pour le cinéma, il a eu un agent pour débuter mais très vite, il a décidé de se débrouiller seul, avec toujours des choix qui devaient lui ressembler. Il fallait surtout des histoires et des metteurs en scène avec un grain de folie comme pour Le Sucre de Jacques Rouffio. Michel n'était pas un homme intéressé par l'argent. De la même manière, il ne courrait pas après les honneurs. Il n'aimait pas les choses conventionnelles. Il préférait converser, partager un repas ou un baiser que des honneurs.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article