76 ans du D-Day : un anniversaire pas comme les autres

Publié le par France 3 Normandie par Pauline Comte

Après d’importantes cérémonies l’an passé, le 76e anniversaire du Débarquement de Normandie sera célébré plus sobrement, compte-tenu de la crise sanitaire. Entre cérémonies à huis clos et commémorations à suivre en ligne : regard d’historiens sur ces drôles de festivités.

Covid-19 oblige : des commémorations particulières pour le 76e anniversaire du D-Day. / © Pixabay

Covid-19 oblige : des commémorations particulières pour le 76e anniversaire du D-Day. / © Pixabay

Un anniversaire atypique. Pour célébrer les 76 ans du Débarquement de Normandie, les commémorations se font discrètes en raison de la situation sanitaire. La cérémonie internationale se tient à Vierville-sur-Mer (14) samedi 6 juin 2020 à 14h30, sans public, sans proches de vétérans et sans chefs d’Etat étrangers. 

Une cérémonie timide comme en 1964 et 1974 ?

« Il y a eu des anniversaires très peu commémorés. » L’historien Jean Quellien revient sur le 6 juin 1964. Charles de Gaulle est au pouvoir. Il ne se déplace pas pour les vingt ans du D-Day. Les Français ont été peu nombreux a participé à la bataille de Normandie, épaulés par les autres nations. En froid avec les Etats-Unis, « de Gaulle considère qu’on n’a pas à mettre en avant les Alliés », explique l’historien. Le général se déplace en revanche pour célébrer le débarquement en Provence et rendre hommage aux soldats français plus nombreux qu’en Normandie.

Même scénario en 1974. Valéry Giscard d’Estaing vient d’être élu président de la République. Le chef d’Etat « a d’autres chats à fouetter », analyse Jean Quellien. Pour lui, « ces deux anniversaires ont été très peu commémorés, pour ne pas dire sabotés ! ».

Histoire des commémorations du Débarquement : les 20 premières années. Premier épisode (1/4) du feuilleton diffusé en janvier 2019, proposé par Thierry Cléon, Jean-Michel Guillaud, Fabrice Lefeuvre, Serges Brouzes, Juliette Pierens et Marc Michel. Intervenant : Michel Boivin, Historien

Pas de chef d’Etat non plus, ce 6 juin 2020. Emmanuel Macron ne sera pas présent à la cérémonie officielle. C’est la secrétaire d’Etat auprès de la ministre des Armées Geneviève Darrieussecq qui y assistera. L’historien Jean Quellien compare ce 76e anniversaire à ceux de 1964 et 1974. Mais il modère ses propos en précisant qu’il s’agit d’ « un anniversaire normal, ni en 5 ni en 10. Ils ont toujours été moins célébrés ».

Un anniversaire particulier mais commémoré

Pour l’historienne Vanina Brière, la cérémonie 2020 à huis clos a tout son sens. Selon elle, il faut prendre en compte la situation sanitaire : « les déplacements doivent être limités, les chefs d’Etat doivent donc montrer l’exemple ». Elle ajoute : « cet anniversaire est particulier mais il a le mérite d’être célébré ».

Pas d’inquiétude pour ces historiens. Les spécialistes du Débarquement ne craignent pas une crise de la mémoire. « Je pense que le D-Day fait partie des événements qui resteront marquants », souligne Jean Quellien. Avis partagé par Vanina Brière. « Il en faut plus que la pandémie de Coronavirus pour oublier », lance-t-elle.

    « C'est un anniversaire atypique mais créatif et innovant », Marc Pottier, historien

Des « formes innovantes » de commémorations 

Se souvenir autrement. La cérémonie internationale du 76e anniversaire sera diffusée sur les réseaux sociaux, tout comme d'autres commémorations à suivre en direct. 

L’historien Marc Pottier se réjouit de voir émerger de nouvelles formes de souvenirs, notamment via les outils numériques. « Cet anniversaire nous permet de réfléchir sur le sens que l’on donne aux commémorations », remarque-t-il. Selon lui, il y a « une nécessité d’inventer, de se libérer des formes de célébrations classiques et de ne pas rester dans une mémoire engoncée ». Il revendique une « mémoire mouvante et vivante ».

L’historien fait notamment référence à Quatre Jours en Juin. Ce site internet a pour mission de « commémorer le 76e anniversaire du Débarquement à Carentan-les-Marais » (50), malgré les restrictions sanitaires et l'impossibilité d'organiser des rassemblements. Des interviews filmées de vétérans et notamment de témoins de la Seconde guerre mondiale sont en ligne sur cette plateforme et publiées sur les réseaux sociaux. 

« Aucune crise n’est vertueuse. Mais la crise sanitaire permet de trouver des solutions innovantes pour rappeler, transmettre, se remémorer », souligne Marc Pottier. Pour lui, la situation actuelle va permettre de conforter de nouvelles pratiques de souvenirs et de connaître d’autres formes d’émotions.

L’historien Patrick Fissot est à l’origine de l’opération « Les cloches de la Liberté ». Ce 6 juin à 6h44 du soir (18h44), les cloches de centaines d'églises en Normandie et outre-Atlantique sonneront la libération. Plusieurs Facebook live retransmettront cet évènement international. 

Pour Marc Pottier, c’est important de « jouer sur plusieurs canaux de transmission », comme le numérique et des vecteurs de communication datant de plusieurs siècles, comme les cloches. Allier tradition et innovation : la clef pour ne jamais oublier et transmettre ? Reste à savoir si les internautes s’approprieront ces nouveaux modes de commémorations.

Publié dans Articles de Presse

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