80 ans de l’Appel du 18 juin: « La France n’est pas seule ! »

Publié le par La Voix du Nord par Olivier Berger

Le discours prononcé par le général Charles de Gaulle, depuis Londres le 18 juin 1940, est un acte fondateur de la Résistance et un mythe, d’abord créé par son auteur.

Charles de Gaulle au micro de la BBC à Londres. REPRO LA VOIX

Charles de Gaulle au micro de la BBC à Londres. REPRO LA VOIX

Dans l’Histoire de France, c’est l’Appel du 18 juin. Sans l’utile mention de l’année, 1940, en pleine débâcle face à la guerre éclair allemande. Quatre-vingts ans après, le discours célébrissime incarne toujours l’esprit français, rebelle, résilient. Loin de l’esprit des « déboulonneurs » qui viennent de recouvrir de peinture des statues de Charles de Gaulle à Hautmont et Les Pavillons-sous-Bois en Seine-Saint-Denis.

Pour Frédéric Fogacci, directeur des études de la Fondation Charles-de-Gaulle, ce discours mythique est à la fois « un mystère, un aboutissement et un début ».

1 Un mystère

Comment un texte non enregistré par la BBC, ni même largement écouté, a-t-il pu avoir un tel impact sur la population française abattue  ? « Beaucoup de gens ont prétendu l’avoir entendu, très peu de manière effective », observe Frédéric Fogacci. Trois figures politiques, la future voix de Radio Londres, député et sénateur du Nord après la guerre, Maurice Schumann, et deux socialistes Pierre Mendès France et André Phillip, sont de ceux-là et gagnent Londres. Le premier discours est diffusé le 18 juin à 22 h 30, puis le 19 à midi.

Les fameux 128 marins de l’île de Sein, qui partirent en bateau pour l’Angleterre, n’écoutèrent que celui du 22 juin, de la même veine que l’original. On confond souvent l’Appel et le slogan de l’affiche « À tous les Français » placardée sur les murs de Londres en août 1940. De Gaulle n’a jamais dit le 18 juin : « La France a perdu une bataille ! Mais la France n’a pas perdu la guerre ! »

L’affiche d’août 1940 avec la formule « La France a perdu une bataille ! Mais la France n’a pas perdu la guerre ! »

L’affiche d’août 1940 avec la formule « La France a perdu une bataille ! Mais la France n’a pas perdu la guerre ! »

2 Un aboutissement

Depuis les années 30, l’officier Charles de Gaulle mène « une campagne intellectuelle et personnelle pour dénoncer le retard militaire et technologique de l’armée française ». Dans un mémorandum du 26 janvier 1940, il prévient quatre-vingts décideurs que « la guerre marquera l’avènement de la force mécanique », celle des blindés, couplés avec la puissance aérienne. L’opposant résolu à la ligne Maginot ne s’est pas trompé. 

Nommé sous-secrétaire d’État à la Guerre de Paul Reynaud, le président du Conseil, il tente bien, en juin, de bâtir une union franco-britannique avec le Premier ministre britannique, Winston Churchill. Mais le gouvernement français de Bordeaux, appelé à céder sa place à un cabinet Pétain, s’y oppose. Le 17 juin, le général de Gaulle repart à Londres.

Poussé par ses convictions, le destin se charge du reste. « Une énorme responsabilité tombe sur lui, il faut quelqu’un pour incarner la Résistance », note Frédéric Fogacci.

3 Un commencement

Dans le texte de l’Appel (lire ci-dessous), Charles de Gaulle explique les raisons de la défaite et en quoi elle n’est pas définitive si la France retrouve une force militaire, s’appuie sur son empire et sur ses alliés. « La France n’est pas seule ! », scande le général. « Pour lui, ce n’est pas un simple sursaut patriotique, analyse le scientifique de la fondation. Il donne un sens à son acte d’insoumission. La politique viendra plus tard. Il a une capacité à convaincre et entraîner. »

Pour le mythe et la place dans la mémoire collective, il faut se retourner vers… Charles de Gaulle lui-même. Dès le 18 juin 1941 au Caire, il fait en sorte d’organiser un anniversaire. « Pour lui, le 18 juin est un acte fondateur. Il préempte une légitimité républicaine. Il écrit : «Le 17 juin 1940 disparaissait à Bordeaux le dernier gouvernement régulier de la France, le lendemain naissait la France libre». Il utilise ses armes, la radio, pour infuser dans la population française. Et c’est le cas. »

Le texte de l’Appel du 18 juin

Après plusieurs brouillons rédigés à Londres le 17 juin et à la demande des Britanniques, qui ne veulent pas rompre avec le gouvernement français, le général de Gaulle change le début de son texte, jugé trop virulent : « Les chefs qui, depuis de nombreuses années, sont à la tête des armées françaises, ont formé un gouvernement. Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées, s’est mis en rapport avec l'ennemi pour cesser le combat. »

Le 18 juin, il lit cette version :

« Le gouvernement français a demandé à l’ennemi à quelles conditions honorables un cessez-le-feu était possible. Il a déclaré que, si ces conditions étaient contraires à l’honneur, la dignité et l’indépendance de la France, la lutte devait continuer.

Certes, nous avons été, nous sommes, submergés par la force mécanique, terrestre et aérienne, de l'ennemi.

Infiniment plus que leur nombre, ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui nous font reculer. Ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils en sont aujourd'hui.

Mais le dernier mot est-il dit ? L'espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non !

Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n'est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire.

Car la France n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle a un vaste Empire derrière elle. Elle peut faire bloc avec l’Empire britannique qui tient la mer et continue la lutte. Elle peut, comme l’Angleterre, utiliser sans limites l'immense industrie des Etats-Unis.

Cette guerre n’est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre n’est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances, n’empêchent pas qu'il y a, dans l'univers, tous les moyens nécessaires pour écraser un jour nos ennemis. Foudroyés aujourd'hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l'avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là.

Moi, Général de Gaulle, actuellement à Londres, j’invite les officiers et les soldats français qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes, j’invite les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d’armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver, à se mettre en rapport avec moi.

Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas.

Demain, comme aujourd’hui, je parlerai à la Radio de Londres. »

Publié dans Articles de Presse

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