Antonioni Michelangelo

Publié le par Mémoires de Guerre

Michelangelo Antonioni est un réalisateur et scénariste du cinéma italien (né à Ferrare en Émilie-Romagne le 29 septembre 1912 et mort à Rome le 30 juillet 2007). Il a obtenu de nombreuses récompenses, dont l'Oscar pour l’ensemble de sa carrière en 1995 et le Lion d'or pour la carrière à Venise en 1997. Il est un des rares réalisateurs, avec Robert Altman, Henri-Georges Clouzot et Jean-Luc Godard, à avoir remporté les trois plus hautes récompenses des principaux festivals européens que sont Cannes, Berlin et Venise. 

Antonioni Michelangelo
Antonioni Michelangelo
Antonioni Michelangelo

Enfance et formation

Né dans une famille populaire (sa mère, Elisabetta Roncagli, fut ouvrière), Michelangelo Antonioni se passionne très jeune pour la musique et le dessin. Violoniste précoce, il donne son premier concert à neuf ans. Toutefois, son besoin de création ne le prédispose guère au métier d'interprète des classiques. En revanche, la peinture et le dessin seront des activités qu'il continuera d'exercer tout au long de sa vie. À Ferrare, il ne fréquente pas le liceo, dont les élèves, très souvent issus des classes aisées, se destinent à des études supérieures, mais un lycée technique. Il pratique en outre le tennis, au club de Marfisa à Ferrare, où il côtoie la jeunesse dorée et, en particulier, son ami, le romancier Giorgio Bassani. Après son baccalauréat, il s'inscrit à la faculté d'économie et de commerce de Bologne, où il obtient un diplôme. « Le complexe de ne jamais avoir suivi d'études littéraires m'est toujours resté », avouait Antonioni. 

Les débuts de cinéma

Attiré par le théâtre, il devient ensuite un cinéphile passionné et pratique, entre 1936 et 1940, la critique de films dans un journal de Ferrare, Corriere padano. Il quitte alors sa ville natale pour Rome et participe, bientôt, à la rédaction de Cinema, dirigée par Vittorio Mussolini, le fils de Benito Mussolini. Il y publie notamment un des premiers articles sur l'esthétique de la télévision. « Au moment où Antonioni y débute, les germes du néoréalisme n'étaient pas encore éclos. Les jeunes théoriciens de ce mouvement (parmi lesquels Giuseppe De Santis, Carlo Lizzani, Antonio Pietrangeli…) ne devaient débarquer dans l'équipe de rédaction qu'entre 1941 et 1943. » 

À la suite d'un différend, il est contraint de quitter la revue et c'est, à ce moment-là, qu'il entame une brève formation de cinéaste en intégrant les cours du Centro Sperimentale di Cinematografia de Rome. Là, il noue une solide amitié avec l'enseignant Francesco Maria Pasinetti, auteur de la première histoire du cinéma italien. Il épouse d'ailleurs la belle-sœur de ce dernier, Letizia Balboni, alors étudiante au Centro sperimentale. Appelé sous les drapeaux au service des transmissions entre 1942 et 1943, il collabore au scénario de Un pilota ritorna de Roberto Rossellini. Ensuite, mettant à profit deux permissions exceptionnelles, il devient assistant sur deux films, I due Foscari d'Enrico Fulchignoni et Les Visiteurs du soir de Marcel Carné

Premiers documentaires et premiers longs métrages

L'époque n'offrant guère de perspectives pour un cinéma de création, Antonioni préfère réaliser des documentaires : en 1943, il obtient le soutien financier de l'Institut Luce, organisme gouvernemental chargé de subventionner les films pédagogiques, pour réaliser son premier documentaire Gente del Po, relatant la vie des populations déshéritées de la plaine du Pô, dont le cours arrose sa ville natale, Ferrare. « Curieuse et célèbre coïncidence : à quelques kilomètres à peine de l'endroit où il tourne son documentaire, Luchino Visconti tourne le premier film néoréaliste, inspiré d'un roman américain, Le facteur sonne toujours deux fois, de James Cain, Ossessione (1943) ». Deux ans plus tard, c'est avec Visconti lui-même qu'il coécrira deux scénarios non réalisés : Furore et Il Processo di Maria Tarnovska. En 1948, il collabore au scénario de Chasse tragique, premier film de Giuseppe De Santis, qu'il a connu à la rédaction de la revue Cinema. Ses premiers longs métrages (de Chronique d'un amour en 1950 jusqu'à le Cri en 1957) restent confidentiels en ne lui apportant qu'une notoriété « italienne » 

Une courte parenthèse théâtrale

En 1957, traversant une crise artistique après l’échec du Cri en Italie, Antonioni se lance à corps perdu dans une aventure théâtrale aussi intense que brève. Il vient de rencontrer Monica Vitti pendant la post-production du Cri (elle était doubleuse) et il l’associe à la troupe qu’il monte avec de jeunes acteurs italiens prometteurs originaires de Rome et de Milan (notamment Giancarlo Sbragia et Virna Lisi au tout début de sa carrière). Antonioni prend la direction artistique de la troupe, dont il mettra en scène les deux premiers spectacles sur un programme de trois, deux traductions de l’anglais et une pièce écrite à quatre mains avec son scénariste de l’époque, Elio Bartolini, intitulée Scandales secrets. Des dissensions au sein de la troupe vont fragiliser cette aventure qui va ensuite être balayée par le succès international de L’avventura. L’écriture et la mise en scène de Scandales secrets demeurent toutefois la première collaboration entre Antonioni et Monica Vitti

Un maître du cinéma international

Antonioni ne devient célèbre internationalement qu'après la sortie de L'avventura en 1960, primé à Cannes, premier volet d'une tétralogie qui impose une vision novatrice et moderne de l'art cinématographique, voulu « égal à la littérature ». Les opus suivants, tous récompensés - La Nuit (Ours d'or et prix Fipresci au Festival de Berlin 1961), L'Éclipse (à nouveau Prix spécial du jury au Festival de Cannes 1962) et Le Désert rouge (Lion d'or au Festival de Venise 1964) -, lui valent une reconnaissance mondiale. Monica Vitti sera l'égérie de ces quatre films et sera d'ailleurs sa compagne pendant quelque temps.

Les thèmes et le style de son œuvre sont alors posés : recherches plastiques singulières, rigueur dans la composition des plans, sensation de durée, voire de vide et rupture avec les codes de la dramaturgie dominante (énigmes irrésolues, récits circulaires sans progression dramatique claire, protagonistes détachés de toute forme de quêtes ou d'actions logiques). Les personnages y sont généralement insaisissables et entretiennent des relations intimes troubles ou indéfinissables. Outre la solitude, la frustration, l'absence et l'égarement, la critique perçoit, dans ses films, le motif qu'elle nomme souvent à tort et à travers « incommunicabilité ».

Blow-Up, tourné à Londres en 1966, Palme d'or au Festival de Cannes 1967, lui ouvre les portes d'Hollywood, où il réalise Zabriskie Point en 1970. Ne rencontrant pas le succès espéré, il part en Chine réaliser Chung Kuo, la Chine en 1972, avant de revenir en Europe et Afrique avec Profession : reporter en 1975. Rentrant ensuite en Italie, il retrouve Monica Vitti pour Le Mystère d'Oberwald en 1980 puis réalise Identification d'une femme en 1982, sur le tournage duquel il rencontre Enrica Fico, avec qui il se marie le 30 octobre 1986.

En 1985, à la suite d'un AVC, Antonioni est partiellement paralysé et presque totalement privé de l'usage de la parole. Il ne cessera pas pour autant son activité : il coréalise encore, avec son ami-cinéaste Wim Wenders, Par-delà les nuages en 1995. Les épisodes du film sont issus de son ouvrage Ce bowling sur le Tibre, recueil de textes édité en France en 1985 sous le titre Rien que des mensonges. En 2004, il participe au film à sketches Eros (également signé par Steven Soderbergh et Wong Kar-wai) et réalise un documentaire, Lo Sguardo di Michelangelo (Le Regard de Michelangelo), qui peut être considéré comme une synthèse poétique de sa vision du cinéma. Michelangelo Antonioni était également scénariste des films qu'il a réalisés.

Style

Michelangelo Antonioni est selon le critique José Moure un « cinéaste de l'évidement ». Les lieux, les personnages et la narration avancent, au cours de ses œuvres, vers l'absence, l'abandon et la désaffection. Cela va de la plaine vide du Pô dans Gens du Pô, au désert de Zabriskie Point et de Profession : reporter, en passant par la banlieue délabrée de La Nuit et le parc vide de Blow-Up. Dans un entretien accordé à Serge Kaganski en 2004, Jean-Luc Godard juge qu'Antonioni est le cinéaste qui a le plus influencé le cinéma contemporain. Il considère par exemple qu'un cinéaste comme Gus Van Sant fait du « sous-Antonioni ». 

Récompenses

  • 1948 : Ruban d'argent du meilleur documentaire pour Nettezza urbana (Nettoyage urbain)
  • 1950 : Ruban d'argent du meilleur documentaire pour L'Amorosa menzogna (Mensonge amoureux)
  • 1951 : Ruban d'argent spécial pour les valeurs humaines et stylistiques pour Chronique d'un amour (Cronaca di un amore)
  • 1955 : Lion d'argent à la Mostra de Venise pour Femmes entre elles (Le amiche)
  • 1956 : Ruban d'argent du meilleur réalisateur de film italien pour Femmes entre elles (Le amiche)
  • 1957 : Léopard d'or au Festival international du film de Locarno pour Le Cri (Il grido)
  • 1960 : Prix du Jury au Festival de Cannes pour L'avventura
  • 1961 à la Berlinale :
    • Ours d'or du meilleur film pour La Nuit (La notte)
    • Prix FIPRESCI pour l'ensemble de son travail
  • 1962 : Ruban d'argent du meilleur réalisateur de film italien pour La Nuit (La notte)
  • 1962 : Prix spécial du Jury au Festival de Cannes pour L'Éclipse (L'eclisse)
  • 1964 à la Mostra de Venise :
    • Lion d'or pour Le Désert rouge (Il deserto rosso)
    • Prix FIPRESCI pour Le Désert rouge (Il deserto rosso)
  • 1967 : Palme d'or au Festival de Cannes pour Blow-Up
  • 1967 : NSFC Award du meilleur réalisateur pour Blow-Up
  • 1968 : Ruban d'argent du meilleur réalisateur de film étranger pour Blow-Up
  • 1968 : Prix de la critique (Syndicat français de la critique de cinéma) du meilleur film étranger pour Blow-Up
  • 1976 : Ruban d'argent du meilleur réalisateur de film italien pour Profession : reporter (Professione : reporter)
  • 1976 : Prix Luchino Visconti aux David di Donatello
  • 1976 : Bodil du meilleur film européen pour Profession : reporter (Professione : reporter)
  • 1982 : Prix du XXXVe anniversaire au Festival de Cannes pour Identification d'une femme (Identificazione di una donna)
  • 1983 : Lion d'or à la Mostra de Venise pour sa carrière
  • 1991 : Prix François Truffaut au Festival du film de Giffoni
  • 1993 : Prix pour sa performance aux Prix du cinéma européen
  • 1995 : Prix FIPRESCI à la Mostra de Venise pour Par delà les nuages (Al di là delle nuvole)
  • 1995 : Grand Prix spécial des Amériques au Festival des films du monde de Montréal à l'occasion du centenaire du cinéma, pour son exceptionnelle contribution à l'art cinématographique
  • 1995 : Prix d'honneur aux Oscars du cinéma
  • 1995 : Griffon d'or pour la carrière au Festival du film de Giffoni
  • 1996 : Prix pour la carrière au Festival international du film d'Istanbul
  • 1998 : Prix Pietro Bianchi du SNGCI à la Mostra de Venise
  • 2000 : Prix pour la carrière au Festival du film Flaiano
  • 2001 : NFSC Award spécial pour l'intelligence exemplaire, la créativité et l'intégrité de sa carrière longue d'un demi-siècle
  • 2004 : Prix FIPRESCI du meilleur court métrage au Festival international du film de Valladolid pour Lo sguardo di Michelangelo (Le Regard de Michelangelo)

Distinctions

  • Chevalier grand-croix de l'ordre du Mérite de la République italienne, le 18 novembre 1992 
Antonioni Michelangelo

Filmographie

Réalisateur

Courts métrages

  • 1943 : Les Gens du Pô (Gente del Po)
  • 1948 : Roma-Montevideo
  • 1948 : Nettoyage urbain (N.U., Nettezza urbana)
  • 1948 : Plus loin, l'oubli (Oltre l'oblio)
  • 1949 : La Rayonne (Sette canne, un vestito)
  • 1949 : Superstizione
  • 1949 : Mensonge amoureux (L'Amorosa menzogna)
  • 1950 : La Villa des monstres (La Villa dei Mostri)
  • 1950 : Le Téléphérique du mont Faloria (La Funivia del Faloria)
  • 1983 : Ritorno a Lisca Bianca
  • 1989 : Kumbha Mela, sur l'Inde
  • 1993 : Connu, amandiers, volcan, Stromboli, carnaval (Noto, Mandorli, Vulcano, Stromboli, Carnevale)
  • 1997 : Sicilia
  • 2004 : Le Regard de Michelangelo (Lo Sguardo di Michelangelo)

Longs métrages

  • 1950 : Chronique d'un amour (Cronaca di un amore)
  • 1953 : La Dame sans camélia (La signora senza camelie)
  • 1953 : Les Vaincus (I vinti)
  • 1953 : L'Amour à la ville (L'Amore in città), segment J'essaye le suicide (Tentato suicidio)
  • 1955 : Femmes entre elles (Le amiche)
  • 1957 : Le Cri (Il grido)
  • 1960 : L'Avventura
  • 1961 : La Nuit (La notte)
  • 1962 : L'Éclipse (L'eclisse)
  • 1964 : Le Désert rouge (Il deserto rosso)
  • 1965 : Les Trois Visages (I tre volti), segment Le Bout d'essai (Il Provino)
  • 1966 : Blow-Up
  • 1970 : Zabriskie Point
  • 1972 : Chung Kuo, la Chine (Chung Kuo, Cina) (documentaire)
  • 1975 : Profession : reporter (Professione : reporter)
  • 1980 : Le Mystère d'Oberwald (Il mistero di Oberwald)
  • 1982 : Identification d'une femme (Identificazione di una donna)
  • 1989 : 12 registi per 12 città (Douze réalisateurs pour douze villes), coréalisation promotionnelle pour la Coupe du monde de football de 1990 en Italie, segment Roma
  • 1995 : Par-delà les nuages (Al di là delle nuvole), coréalisé avec Wim Wenders
  • 2000 : Destinazione Verna
  • 2004 : Eros, segment Il filo pericoloso delle cose

Scénariste

  • 1942 : Un pilote revient (Un pilota ritorna) de Roberto Rossellini
  • 1942 : I due Foscari (Les Deux Foscari) d'Enrico Fulchignoni
  • 1947 : Chasse tragique (Caccia tragica) de Giuseppe De Santis
  • 1952 : Le Cheik blanc (Lo sceicco bianco) de Federico Fellini

Producteur

  • 1988 : Liv d'Edoardo Ponti (P)

Lui-même

  • Chambre 666 de Wim Wenders (interview sur l'« avenir du cinéma ») en 1982
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