De Naples à Hollywood, Sophia Loren sans limite

Publié le par Le Monde par Alain Constant

Arte retrace la carrière fulgurante de l’actrice, élevée par une mère célibataire sans le sou avant que Carlo Ponti ne change son destin.

Sophia Loren dans « Orgueil et Passion », de Stanley Kramer, en 1957. BRIDGEMAN IMAGES/ARTE

Sophia Loren dans « Orgueil et Passion », de Stanley Kramer, en 1957. BRIDGEMAN IMAGES/ARTE

Romilda rêvait d’être actrice. Mais la jolie blonde de Pouzzoles, petite ville près de Naples, n’y arrivera pas. Il faut dire qu’au début des années 1950, dans une Italie très conservatrice, être une mère sans le sou et surtout sans mari n’est pas bien vu. Abandonnée par son compagnon Riccardo Scicolone, ingénieur en bâtiment, élevant seule leurs deux filles, Romilda va pourtant connaître les émotions fortes que peut procurer le cinéma et fréquenter des stars internationales. Car si la mère n’a pu percer dans le cinéma, sa fille aînée, prénommée Sofia, va y parvenir. Et de manière magistrale.

Personnage fondamental de ce passionnant documentaire truffé d’extraits de films, d’actualités de l’époque et d’entretiens, Romilda Villani restera jusqu’à sa mort très proche de Sofia, devenue légende vivante et connue du monde entier sous le nom de Sophia Loren. Nez trop long, hanches trop larges, peau trop foncée mais beauté sauvage, les débuts de carrière de la jeune Sofia sont chaotiques. A 14 ans, la petite Napolitaine sans père dont on se moquait dans les rues remporte un concours de beauté local. A la clé, un billet de train pour Rome. Avec Romilda à ses côtés, elle court les castings dans Cinecitta et gagne sa vie grâce aux populaires romans-photos.

Avec les plus grands d’Hollywood

La rencontre avec le célèbre producteur Carlo Ponti, 38 ans à l’époque, marié et père de famille, va changer le cours de son destin. Et Ponti deviendra même l’homme de sa vie. Il décide de prendre en main la carrière de Sofia, lui fait perdre son accent napolitain, change sa garde-robe. Sofia Scicolone devient Sophia Loren. Les comédies et péplums de médiocre qualité s’enchaînent, mais l’important, à l’époque, est de se faire un nom et surtout de gagner de quoi faire vivre la petite famille. « Je suis la mère de ma mère et de ma sœur ! », lance une Sophia affolante de beauté.

La suite ? C’est cette rencontre avec l’autre homme majeur de sa vie : l’acteur et réalisateur napolitain Vittorio De Sica. Il s’occupe d’elle, la fait progresser. « J’aime Sophia, mais d’un amour fraternel. Elle a une douceur qui remonte, je crois, à sa jeunesse. La misère éduque », estime De Sica, qui accompagnera la carrière de sa protégée durant de longues années. Entre rallyes automobiles, romans-photos et concurrence avec Gina Lollobrigida dans de ce que l’Italie appelait « la guerre des décolletés », Sophia Loren passe à la vitesse supérieure. Carlo Ponti vise l’Amérique. Pendant quelques années, la Loren va jouer avec les plus grands d’Hollywood, de Cary Grant à John Wayne.

Rien ne lui résiste

Au début des années 1960, la gloire est au rendez-vous. Reine de la Mostra de Venise et du Festival de Cannes avec La Ciociara, de Vittorio De Sica, Loren remporte également un Oscar et rien ne semble lui résister. Sa mère est toujours proche d’elle et, en tournant une douzaine de films avec Marcello Mastroianni, Sophia, désormais officiellement mariée à Carlo Ponti après des années de feuilleton judiciaire à rebondissements, devient star mondiale. Elle vit à Paris avec Ponti, tourne dans La Comtesse de Hong-Kong, le dernier film de Chaplin en compagnie d’un Marlon Brando détestable, donne naissance à un fils. Et ne se remet pas du décès, d’un cancer, de son cher Vittorio De Sica, en 1974.

En 1977, c’est une Sophia Loren inhabituelle, exceptionnelle dans le rôle d’une mère de famille soumise et fatiguée, qui joue au côté de Mastroianni dans Une journée particulière, chef-d’œuvre d’Ettore Scola. Ce sera son dernier grand rôle. Sans doute le plus émouvant. Dommage que le documentaire s’arrête là, de manière un peu brutale.

ARTE - MARDI 24 DÉCEMBRE À 22 H 40 - DOCUMENTAIRE

Sophia Loren, une destinée particulière, de Julia Bracher (Fr., 2019, 50 min).

Publié dans Articles de Presse

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