EN IMAGES - Il y a 80 ans, la Moselle et la ligne Maginot face à la guerre

Publié le par France Bleu par Thomas Jeangeorge, France Bleu Lorraine Nord, France Bleu

Juin 1940, alors que la Wehrmacht s’apprête à remporter la campagne de France, en Moselle, les soldats de la Ligne Maginot, vont livrer un dernier combat héroïque. Ils vont faire honneur à leur devise : « on ne passe pas ! ».

Ouvrage du Kobenbusch, fin juin ou début juillet 1940, des officiers français discutent entre eux, sous le regard de soldats allemands - LMCE

Ouvrage du Kobenbusch, fin juin ou début juillet 1940, des officiers français discutent entre eux, sous le regard de soldats allemands - LMCE

C’est un épisode oublié et méconnu de la Seconde Guerre Mondiale en France. En juin 1940, alors que la Blitzkrieg, la guerre éclair voulue par  l’état-major allemand, est en train de faire plier l’armée française, en Moselle, les défenseurs de la Ligne Maginot vont livrer par devoir et pour l’honneur une toute dernière bataille. 

La Ligne Maginot en Moselle

Dès la fin de la première guerre mondiale, les grands stratèges de l’armée française se sont penchés sur la réorganisation défensive du pays, pour contrecarrer une éventuelle et nouvelle offensive allemande. Après plusieurs années de débats, les ministres Paul Painlevé puis André Maginot adoptent une stratégie définitive : en janvier 1930, la ligne Maginot est officiellement lancée et les travaux commencent en Moselle. Notre département est alors divisé en deux régions fortifiées : 

  • La plus importante est celle de Metz (RFM). Elle est composée de cinq secteurs fortifiés dont trois sont purement mosellans (Thionville, Boulay et Faulquemont). 
  • L’autre celle de la Lauter (RFL) comprend notamment la fameuse Ligne Maginot aquatique, dans le secteur fortifié de la Sarre. 

Juste avant le début de la Seconde Guerre Mondiale, en septembre 1939, la partie mosellane de la Ligne Maginot comprend ( Source : Office National des Anciens Combattants ) : 

  • 14 gros ouvrages, notamment d’artillerie (entre 500 et 1000 hommes)
  • 25 petits ouvrages, essentiellement d’infanterie (entre 100 et 200 hommes) 
  • 67 casemates et blockhaus pour l’infanterie
  • 40 abris pour les troupes d’intervalle
  • 6 observatoires d’artillerie 

Le début de la Guerre

Le 3 septembre 1939, la France déclare la guerre à l’Allemagne nazie qui vient d’envahir la Pologne. En Moselle, les autorités évacuent la population locale située à proximité de la Ligne Maginot. Dans les ouvrages et les casemates, les équipages sont déjà à leurs postes depuis fin août. 

Dans les premiers jours de la guerre, certains ouvrages d’artillerie vont notamment appuyer la progression des troupes françaises qui ont lancé une offensive en Sarre. A Sarreguemines notamment, le 9 septembre, la première compagnie du premier bataillon du 170e régiment d’infanterie, franchit la frontière. Un mois plus tard, les soldats français engagés dans cette offensive qui avait pour but de soulager la Pologne attaquée, reviendront à leur point de départ. A Sarreguemines, Erching, ou encore à la chapelle St Joseph d’Omersviller, des monuments aux morts rappellent ces combats de septembre 1939. 

Dans le ciel mosellan, certains équipages de la Ligne Maginot vont pouvoir aussi assister aux premiers combats aériens entre l’armée de l’air française et la Luftwaffe. Le 21 septembre 1939, à Bliesbruck, le sous-lieutenant Marius Baizé est le premier pilote de chasse français à être abattu . Une stèle a été inaugurée en sa mémoire, le 21 septembre dernier. 

A partir de l’automne 1939, débute ensuite la fameuse « drôle de guerre ». Dans les ouvrages mosellans de la Ligne Maginot, les soldats scrutent et attendent ! Un calme relatif s’installe. Il va durer des semaines. 

Mai 1940, l’Allemagne passe à l’attaque

Le 10 mai 1940, les forces armées du 3e Reich passent à l’offensive. Et ce n’est pas en Moselle ou en Alsace que l’état-major allemand, décide de lancer cette vaste offensive, mais plus au Nord, en attaquant la Belgique et en passant par les forêts des Ardennes, considérés par les généraux français, comme étant infranchissables. C’est dans ce secteur que survient le premier drame de la Ligne Maginot : dans l’ouvrage de la Ferté, le 19 mai, une centaine d’hommes meurent intoxiqués par les fumées. 

Pendant ce temps, en Moselle, la situation est beaucoup plus calme. Les ouvrages de la Ligne Maginot se contentent de quelques tirs d’artillerie.  Dans le secteur de Cattenom, notamment, aux alentours du 30 mai, les canons du Galgenberg vont neutraliser un poste d'observation allemand. 

La bataille de la Ligne Maginot

A la mi-juin, la wehrmacht se décide enfin à défier les combattants de la Ligne Maginot. Le 14 juin, alors que Paris vient de tomber, débute en Moselle, la bataille de la trouée de la Sarre. Les généraux allemands considèrent que ce secteur fortifié est le plus vulnérable du dispositif défensif mosellan et ils y déploient neuf divisions appuyés par l’artillerie et l’aviation. 

Malgré cette supériorité numérique ennemie, les troupes françaises aidées par les grenadiers polonais vont tenir bon. Le soir du 14 juin, les soldats allemands n’ont quasiment pas percé les lignes françaises et leurs pertes sont importantes : 1200 tués et 4000 blessés. 

Malgré cette héroïque résistance, les soldats français quittent leurs blockhaus dans la nuit, sur ordre de leur état-major. Leur retraite vers le sud sera couverte par leurs alliés polonais qui vont rester seuls face aux troupes allemandes. Ces grenadiers vont littéralement se sacrifier pour eux à Dieuze ou encore à Lagarde. 

Défilé de Grenadiers Polonais en Mai 1940 à Colombey les Belles - Julien Morawski

Défilé de Grenadiers Polonais en Mai 1940 à Colombey les Belles - Julien Morawski

Plus à l’Est, le 17 juin, les Allemands entrent dans Metz, sans combattre. Ils prennent ensuite la direction du secteur fortifié de Thionville, où ils vont enfin oser défier la partie la plus solide de la Ligne Maginot. Le 22 juin, alors que l’armistice entre la France et l’Allemagne est signée à Rethondes, en Moselle, la 95e division d’infanterie s’attaque à l’ouvrage du Michelsberg qui subit un véritable déluge de feu. Mais soutenu notamment par l’ouvrage voisin du Hackenberg, l’équipage va repousser l’assaut ennemi. 

Des soldats français en juin 1940 après des bombardements visant l'entrée du bloc 2 du Michelsberg - Association ouvrage du Michelsberg

Des soldats français en juin 1940 après des bombardements visant l'entrée du bloc 2 du Michelsberg - Association ouvrage du Michelsberg

Dans le secteur de Bitche, malgré l’ordre de repli des troupes d’intervalle, l’ouvrage du Simserhof va défendre bec et ongles son secteur. Plus de 15 000 obus sont tirés en quatre jours pour couvrir notamment le fort Casso. 

Autre action héroïque : le 21 juin, après avoir obtenu la reddition de l’ouvrage du Bambesch et celui du Kerfent, les Allemands s’en prennent à l’Einseling, mais ils ont finalement repoussé par un important de tirs de mortiers. 

La reddition de la Ligne Maginot

Le 25 juin, le cessez-le-feu entre en vigueur. En Moselle, une majorité des gros ouvrages de la Ligne Maginot n’est pas tombée aux mains de l’ennemi. Leurs équipages ont fait honneur à leur devise : « On ne passe pas ! »

Après la fin des combats, les équipages de la Ligne Maginot reçoivent l’ordre de déposer les armes et de quitter leurs ouvrages afin de se rendre à l’armée allemande. Localement, les négociations se font quasiment ouvrages par ouvrages. Les officiers allemands mènent les négociations et veulent aller vite. 

le capitaine De la Teyssonnière, commandant de l'ouvrage A15 Galgenberg, accompagnant la visite d'officiers allemands, venus pour prendre possession de l'ouvrage, à la suite des accords d'armistice - Association Ligne Maginot Cattenom et Environs

le capitaine De la Teyssonnière, commandant de l'ouvrage A15 Galgenberg, accompagnant la visite d'officiers allemands, venus pour prendre possession de l'ouvrage, à la suite des accords d'armistice - Association Ligne Maginot Cattenom et Environs

Du 30 juin au 4 juillet, les troupes de la Ligne Maginot mosellane évacuent leurs positions. Par endroit, les honneurs de la guerre leur ont été rendus par des officiers allemands conciliants.

Le 1er juillet, le général Weygand évoque dans une lettre, l’héroïsme des soldats de la Ligne Maginot : « cette page de vaillance et de fidélité au devoir militaire s’ajoute à celles que vous avez écrites. »

Quand des associations locales entretiennent le souvenir

80 ans après ces combats de juin 1940, sur tout le département de la Moselle, des bénévoles veillent à l’entretien de ces ouvrages de la Ligne Maginot. Ils organisent des visites à Cattenom, au Hackenberg, au fort Casso. Ils luttent aussi contre une nouvelle forme de menace : les vols de métaux. 

Les galeries souterraines de l'ouvrage du Michelsberg - association de l'ouvrage du Michelsberg

Les galeries souterraines de l'ouvrage du Michelsberg - association de l'ouvrage du Michelsberg

Publié dans Articles de Presse

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