La Riviera de cap en cap, randonnée dans les pas des douaniers

Publié le par Le Figaro par Florence Buades

Le sentier du littoral azuréen offre près de 200 km de chemins de randonnée, entre terre et méditerranée. L'occasion de découvrir splendeurs naturelles et villas luxueuses des Alpes-Maritimes, où l'on croise le chemin de Sacha Guitry, de Greta Garbo ou de Le Corbusier.

Les eaux azur de Roquebrune-Cap-Martin (Alpes-Maritimes), toiles de fond de belles promenades sur les sentiers douaniers. Adobe Stock/Annerp

Les eaux azur de Roquebrune-Cap-Martin (Alpes-Maritimes), toiles de fond de belles promenades sur les sentiers douaniers. Adobe Stock/Annerp

Serpentant entre terre et mer, les sentiers du littoral de la Côte d'Azur empruntés jusqu'au XIXe siècle par les douaniers pour lutter contre la contrebande, sont propices à de douces promenades. Dans les Alpes-Maritimes notamment, les caps qui ponctuent le bord de mer offrent des itinéraires d'une rare beauté, où le promeneur découvre, été comme hiver, des trésors tant naturels qu'architecturaux.

C'est en effet sur ces presqu'îles chatouillées par les vagues et bénies par le soleil que les riches hivernants et les têtes couronnées ont implanté au début du XXe siècle de somptueuses demeures, témoins aujourd'hui encore d'une Belle Époque à l'élégance inégalée. Il suffit de glisser un œil entre les pins pour les observer…

Cap Martin : Le Corbusier et autres célébrités

À l'extrême est des Alpes-Maritimes, entre Menton et Monaco , la promenade Le Corbusier permet de suivre les contours du Cap Martin. On longe d'abord les récifs escarpés du cap, apercevant au loin Roquebrune et les buildings monégasques. Il n'est pas rare non plus de voir tomber du ciel les toiles multicolores des parapentistes qui s'élancent du mont Gros pour atterrir sur la plage.

Bientôt, surgissent d'entre les pins les voûtes et les colonnes ocre d'un cloître suspendu au-dessus de la mer. Il s'agit de l'extrémité du parc qui entoure la villa Cypris, demeure de rêve d'inspiration byzantine imaginée par la richissime Cyprienne Dubernet à la fin du XIXe siècle. Un peu plus loin, on longe le parc qui entoure la villa Cyrnos, conçue et occupée par l'impératrice Eugénie qui affectionnait le cap tout comme la reine Victoria ou encore Sissi. On murmure que cette dernière aimait arpenter le sentier littoral alors totalement vierge et se rendre chez Eugénie par un discret portillon dont elle avait la clé.

Les colonnades de la villa Cypris surplombent la mer. Photo presse

Les colonnades de la villa Cypris surplombent la mer. Photo presse

Il faut poursuivre le long de la côte et franchir une impressionnante passerelle accrochée au mur de soutènement de la voie ferrée pour avancer dans le temps et découvrir quelles autres personnalités ont cédé plus tard, aux charmes des lieux. Le célèbre architecte urbaniste Le Corbusier notamment, qui y avait posé ses valises au soir de sa vie et qui périt noyé au large, en 1965.

«J'ai un château sur la Côte d'Azur», se plaisait-il à dire. Un cabanon en réalité, construit à côté de l'auberge l'Étoile de mer que tenait son ami Thomas Rebutato. Un bijou d'ingéniosité de quelque 13 m2 seulement, précurseur de l'habitat minimaliste, que l'on aperçoit en contrebas vers la fin de la promenade, au niveau de la plage.

Sur le même site, se trouvent également des unités de campings en bois coloré, imaginées elles aussi par l'architecte, ainsi que la villa E-1027 d'Eileen Gray construite entre 1927 et 1929 et considérée comme un véritable manifeste de l'architecture moderne. Pourquoi ce nom ? Il s'agit des chiffres correspondants aux initiales de la créatrice et de son compagnon, Jean Badovici : E pour Eileen, 10 du J de Jean, 2 du B de Badovici, 7 du G de Gray…

Temps de marche : environ 2h (entre les deux gares). Dénivelé : +50 m / -50 m.

S'y rendre : rejoindre la gare de Carnolès (parking gratuit). Descendre l'avenue François de Monléon pour rejoindre le bord de mer. Prendre à droite la promenade du Cap Martin puis l'avenue Winston Churchill jusqu'à la pointe du Cap Martin (20 minutes environ) où se trouve le départ de la promenade Le Corbusier. Pour le retour, rejoindre la gare de Roquebrune-Cap-Martin au-dessus de la plage qui clôture le sentier, et regagner le point de départ en train en 3 minutes (ligne Nice-Menton).

Office de Tourisme Roquebrune -Cap-Martin. Tél.: +33 (0)4 93 35 62 87 / www.rcm-tourisme.com

Cap d'Ail : d'une plage l'autre au pays de Guitry

La mer, avec ses dégradés de bleu, nous accompagne tout au long de la promenade. Ville de Cap d'Ail

La mer, avec ses dégradés de bleu, nous accompagne tout au long de la promenade. Ville de Cap d'Ail

La célèbre promenade prend naissance sur la plage Marquet, aux portes de Monaco. Bien aménagée et ponctuée d'une cinquantaine de panneaux d'interprétation, elle serpente entre les roches frappées de soleil et imprégnées de sel marin. La mer, avec ses dégradés de bleu, du plus foncé au turquoise caribéen, nous accompagne tout au long de la promenade.

On hume le parfum des pins. On prend la pause sur un des bancs ou au creux d'une crique pour plonger le regard vers l'horizon et se baigner lorsque le climat le permet. On longe dans la première partie du trajet la grande propriété Capponcina qui appartenait à des amis de Winston Churchill et où ce dernier séjourna à plusieurs reprises. Un peu plus loin, après une petite plage, on découvre la villa Les Funambules, achetée en 1911 par Sacha Guitry.

La belle bâtisse blanche où l'artiste séjourna avec ses épouses successives et où il écrivit plusieurs pièces, se dresse face à la mer, au milieu des pins. Pour mieux l'observer, on s'avance vers le petit îlot aménagé sur les roches volcaniques en marge du sentier. Au niveau du Cap Rognoso, on se trouve devant le portail de la propriété The Rock. Dans les années 1950, Greta Barbo séjournait régulièrement dans cette imposante demeure qui appartenait à son amant, l'homme d'affaires milliardaire George Schlee.

La plage de la Mala, au Cap d'Ail. Adobe Stock/JY

La plage de la Mala, au Cap d'Ail. Adobe Stock/JY

Une fois arrivés à la pointe des Douaniers, les enfants profitent de l'aire de jeu aménagée. À l'issue de la balade, on franchit un dernier passage le long d'un étroit escalier suspendu à flanc de falaise. Puis, vient la récompense finale : la sublime plage de la Mala, dont le nom aurait été inspiré par une amie danseuse du dernier Tsar russe, qui aimait flâner en ces lieux. Une jolie crique préservée au creux d'un écrin de roches et d'eau cristalline.

On remonte ensuite l'escalier menant à l'ancien grand hôtel l'Eden Palace avant de suivre l'avenue F. de May jusqu'au portillon du charmant parc Sacha Guitry, que l'on traverse pour rejoindre la promenade du bord de mer en sens inverse. Dès le printemps on trouve sur le parcours des restaurants aux cadres idylliques tutoyant la mer : l'authentique Cabanon et son célèbre slogan « Qü manga ben caga ben » ( www.capresort.com) au niveau de la pointe des Douaniers, ou encore La Pinède (www.restaurantlapinede.com), pour les amoureux de poissons frais. Également, les restaurants des plages privées de La Réserve (www.capresort.com), ou de L'Eden Plage Mala (edenplagemala.com).

Temps de marche : 2h30. Dénivelé : +100 m / -100 m.

S'y rendre : rejoindre le parking de la Plage Marquet, en suivant la basse corniche RM 6098. Ou par le train, gare de Fontvieille, à Monaco (1 km). Office de tourisme de Cap-d'Ail, tél. : + 33(0) 4 93 78 02 33, www.cap-dail.com/fr/

Cap Ferrat : retour à l'état sauvage

Un chemin à fleur de roche. J.J. Pangrazzi

Un chemin à fleur de roche. J.J. Pangrazzi

Au Cap-Ferrat, le sentier littoral longe entièrement les contours de la presqu'île jusqu'à la baie de Villefranche-sur-Mer. La balade commence le long d'une ancienne carrière d'où ont été extraites, voilà près de cent ans, les roches nécessaires à la construction des digues du port de Monaco. On observe d'ailleurs en mer quatre piliers massifs, vestiges de l'ancien quai de chargement destiné au transport maritime des matériaux.

Ensuite, un chemin bétonné inscrit dans un étonnant tapis de roche calcaire et dentelée croise de luxueuses villas, avant de se rétrécir au niveau de la pointe Causinière. En levant les yeux sur la droite, on peut apercevoir la célèbre piscine du Grand Hôtel du Cap Ferrat, palace emblématique de la Belle Époque niché au cœur d'une pinède de 7 hectares, face à la mer. Plusieurs générations d'enfants de célébrités ont appris à nager dans ce bassin mythique appelé le Club Dauphin, parmi lesquels les petits Kennedy ou encore les enfants de Charlie Chaplin.

Sur le sentier, le paysage devient plus sauvage, le bruit des vagues sur la roche se fait plus présent. On grimpe alors plusieurs marches pour gagner la pointe de Malalongue où se dresse, dans une atmosphère du bout du monde, la tour octogonale et pyramidale du phare du Cap-Ferrat, qui protège les marins des récifs. Érigé en 1827, le bâtiment a été détruit par les Allemands et rebâti en 1951. On pourra seulement observer sa façade, car il est fermé au public hors journées du Patrimoine.

L'impressionnant fort Mont Alban surplombe la baie de Villefranche. Adobe Stock/Arthur R.

L'impressionnant fort Mont Alban surplombe la baie de Villefranche. Adobe Stock/Arthur R.

On poursuit alors le chemin, à fleur de roche, pour découvrir enfin la sublime baie de Villefranche-sur-Mer, croisant divers petits escaliers aménagés pour descendre directement au bord de l'eau. Après plusieurs lacets le long de récifs escarpés et quelques passages sous les pins, nous voilà enfin arrivés à destination sur la jolie plage de Passable.

N'hésitez pas à vous installer autour d'une table ou dans le coin lounge de la plage privée éponyme (www.plage-de-passable.fr) pour admirer la baie de Villefranche surplombée par l'impressionnant fort Mont Alban. C'était autrefois le privilège des grands de ce monde qui séjournaient au Grand Hôtel du Cap, auquel appartenait la concession. Reprise en 1945 par la famille Vestri, elle est restée depuis, une institution. Pour rejoindre le port, grimpez enfin quelques escaliers, puis suivez une section de route avant de la traverser pour emprunter un chemin piétonnier qui descend au village.

Temps de marche : 2h. Dénivelé : +60 m / -60 m.

S'y rendre : rejoindre le parking du port de Saint-Jean-Cap-Ferrat, en suivant la basse corniche. Une fois garé, remonter la rue commerçante et tourner à gauche sur l'avenue Vignon jusqu'au portail métallique et le chemin de la Carrière. Office de tourisme Saint-Jean-Cap-Ferrat, tél.: +33 (0)4 93 76 08 90. www.saintjeancapferrat-tourisme.fr

Cap d'Antibes : des châteaux en bord de mer

L'anse de la Garoupe, où commence la balade. Y. Seuret

L'anse de la Garoupe, où commence la balade. Y. Seuret

On l'appelle le sentier de Tirepoil, peut-être parce que les vents marins sont fréquents tout au long de ce chemin accroché aux contours du mythique cap d'Antibes. Ici, loin des constructions urbaines, c'est la nature dans son plus simple appareil qui séduit. Dès la plage de la Garoupe où prend naissance le parcours, l'œil se délecte des teintes turquoise que prend la mer. Puis le parfum des pins vient se marier aux notes iodées. Au loin, on aperçoit la côte jusqu'à Nice .

On quitte alors ce panorama pour bifurquer à droite et longer une petite crique avant d'emprunter le sentier aménagé le long des murs d'enceinte des grands parcs des châteaux de la Garoupe et de la Croë. Ce dernier, construit en 1927 dans un style victorien fut un temps la demeure du duc de Windsor et de son épouse Wallis Simpson. Depuis 2004, il est la propriété du milliardaire russe Roman Abramovitch, dont on aperçoit parfois au large le titanesque yacht l'Éclipse.

La nature est généreuse à plusieurs endroits, donnant à voir différentes espèces végétales telles que les cristes marines, ou les lavandes de mer. Puis des passages plus étroits, des escaliers de pierre protégés de rambardes, nous propulsent dans des environnements rocailleux avec de nombreuses montées et descentes. Le paysage devient presque lunaire lorsque le sentier s'élargit vers la fin de la promenade.

Celle-ci s'achève lorsqu'on atteint sur la droite un étroit passage entre deux murs d'enceinte qui remonte jusqu'à la prestigieuse villa Eilenroc. C'est le riche hollandais Hugh-Hope Loudon qui fit construire ce palais blanc dans les années 1860, faisant appel pour les plans à Charles Garnier. Eilenroc est l'anagramme du prénom de son épouse, Cornélie. Aujourd'hui, la demeure est la propriété de la ville d'Antibes, qui en a fait un lieu de réception. Le magnifique parc en revanche est ouvert au public dès le printemps, l'après-midi (14h-17h) les mercredis ainsi que les 1er et 3e samedis du mois. L'occasion de découvrir sa riche roseraie ainsi que son oliveraie.

Pour regagner le parking de La Garoupe, on remonte l'avenue Beaumont, du nom de la dernière propriétaire d'Eilenroc, puis on emprunte au bout à droite l'avenue de la Tour Gandolphe. Sur la plage, vous pourrez boire un verre ou manger à l'établissement Le Rocher (tél.: +33 (0)4 93 67 51 36), dont la terrasse s'avance sur la mer. Dès mars-avril, le célèbre restaurant Le César de la plage Keller ouvre lui aussi ses portes (www.restaurant-plage-cesar-antibes.fr)

Temps de marche : environ 2h. Dénivelé : +30 m / -30 m.

S'y rendre : se garer au parking de la Garoupe, face à la plage éponyme. Le sentier démarre à la droite de la plage, après la plage Keller. Office de tourisme d'Antibes, tél.: +33 (0)4 22 10 60 10. www.antibesjuanlespins.com

Publié dans Articles de Presse

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