Laure de Chevigné

Publié le par Mémoires de Guerre

Laure Marie Charlotte de Sade, par son mariage comtesse Adhéaume de Chevigné, née le 31 mai 1859 et morte le 15 octobre 1936, est une mondaine française. Elle fut une proche de l'abbé Mugnier qui était son confesseur et qu'elle invitait régulièrement à ses dîners ou déjeuners mais n'appréciait pas particulièrement Marcel Proust, à qui elle inspira le personnage de la duchesse de Guermantes dans À la recherche du temps perdu. 

Laure de Chevigné

Parcours

Arrière-petite-fille du marquis de Sade, Laure de Sade épouse le 6 février 1879 le comte Adhéaume de Chevigné (1847-1911), membre du service d'honneur du « comte de Chambord ». Ils demeurent 34, rue de Miromesnil à Paris à quelques pas de l'appartement du vicomte de Foucault de Pontbriand. Légitimiste, le couple passe chaque année quelques semaines au service du prétendant du trône de France à Frohsdorf, où régnait une étiquette rigide. La comtesse de Chevigné devient une des figures de la vie mondaine et aristocratique parisienne de la fin du XIXe siècle jusqu'en 1914. Elle fut liée à de nombreuses personnalités du gotha. La comtesse de Chevigné tient d'abord un salon musical et d'artistes, puis elle s'attire l'amitié d'un groupe de « cercleux », plus âgés, qui appréciaient son élégance et son esprit fin. Ainsi elle ouvre son salon dans l'après-midi au marquis de Breteuil, au comte Costa de Beauregard, au comte Joseph de Gontaut-Biron, au marquis du Lau, au comte Albert de Mun et à bien d'autres.

Ceux-ci se cotisent à chaque Premier de l'An pour lui offrir un nouveau rang de perles. « Mes colliers me permettent de compter mes amis et mes années », disait-elle. Elle est belle, avec de grands yeux bleus et des cheveux blonds, mais moins belle que la comtesse Greffulhe (autre modèle de la duchesse de Guermantes). Elle est surtout extrêmement distinguée. Reynaldo Hahn disait d'elle : « C'est une femme du XVIIIe siècle, chez qui le sentiment se mue bientôt en esprit. » Elle lance plus tard aux courses de Longchamp les tailleurs gris foncé de chez Creed. Comme la duchesse de Guermantes, elle a une voix rauque, car elle abuse des cigarettes. Elle est amie de la reine Isabelle II d'Espagne, de la grande-duchesse Wladimir, qu'elle conseille sur sa toilette.

Marcel Proust l'aperçoit la première fois au théâtre, comme le Narrateur de La Recherche, en robe de gaze blanche avec un grand éventail à plumes. Il fait en mai 1892 un portrait d'elle dans Le Banquet, revue fondée par son ami Fernand Gregh. Elle y est comparée à une déesse-oiseau. Le roman de Proust est en germe. Elle l'éconduit lorsqu'il la rencontre dans la rue, de son fameux « Fitz-James m'attend ! » Il en existe un célèbre portrait par Federico de Madrazo. Elle était proche de la famille Daudet et de la mère de Jean Cocteau. Elle invitait régulièrement son confesseur l'abbé Mugnier à ses déjeuners ou dîners avec des personnalités littéraires dont il fait le portrait dans son fameux Journal. Mère de Marie-Thérèse de Chevigné, qui avait épousé Maurice Bischoffsheim puis Francis de Croisset, elle est la grand-mère de la mécène Marie-Laure de Noailles et de l'homme politique Pierre de Chevigné. 

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