Le parrain de la French Connection gâtait son petit-fils via HSBC

Publié le par Le Point par notre correspondant à Genève, Ian Hamel

"Nick" Venturi, disparu en 2008, n'avait pas ouvert un compte directement chez HSBC Genève. Il alimentait celui de son petit-fils. De notre correspondant à Genève, Ian Hamel 

Photo de "Nick" Venturi, prise en 2004. AFP PHOTO/ ANNE-CHRISTINE POUJOULAT

Photo de "Nick" Venturi, prise en 2004. AFP PHOTO/ ANNE-CHRISTINE POUJOULAT

Au milieu du bottin mondain des Français de "SwissLeaks" et autres financiers d'al-Qaida et trafiquants d'armes possédant un compte à la banque HSBC à Genève, celui de Jean-Christophe Rapetto pouvait passer totalement inaperçu. Né en 1966 à Marseille, dirigeant de sociétés, il n'a eu que des broutilles à expliquer à la justice. Elle ne lui a infligé que dix mois avec sursis pour "recel du produit de blanchiment de fraude fiscale" en 2013. Certes, il est le petit-fils de "Nick" Venturi, considéré comme l'un des derniers grands parrains du milieu corse de Marseille et de la French Connection. Mais, comme il l'a dit lui-même, "il ne s'est pas posé de question sur la provenance des fonds détenus par son grand-père, lequel était taisant sur ses affaires". 

Jean-Christophe Rapetto, gérant de la SARL Le Café parisien et de la société JCR Holding, possédait un compte à la banque HSBC à Genève, ouvert en 2003. Le 21 août 2007, il reçoit 100 000 dollars, venant du compte Baraka, ouvert à la Rothschild Bank de Monaco ; et le 5 décembre 2007, 377 388 dollars, toujours du même compte et du même établissement financier. Si Jean-Christophe Rapetto ne se demande pas l'origine des fonds, HSBC Private Bank à Genève ne se montre guère plus curieuse. Pourtant, le patron, Alexandre Zeller, déclarait dans la presse suisse à la même époque : "Je n'ai aucune crainte de cas de blanchiment dans notre banque. S'il y avait le moindre souci, nous l'aurions dénoncé."

Trafic d'héroïne

Pourtant, le généreux donateur n'est autre que Dominique Venturi, dit "Nick" Venturi. Né en 1923, il se comporte en vrai résistant durant la Seconde Guerre mondiale. Il aide même Gaston Defferre à s'emparer du journal Le Petit Provençal en août 1944, qui sera rebaptisé Le Provençal. Porte-flingue du maire de Marseille, il est soupçonné de contrebande de cigarettes et surtout de trafic d'héroïne en direction de l'Amérique du Nord. Le Sénat américain le présente même comme l'un des parrains de la French Connection avec son frère Jean Venturi, officiellement représentant de la marque Ricard au Canada. 

Mais "Nick" ne tombe que des années plus tard dans l'affaire dite "des fausses factures de la mairie de Marseille", en 2004, qui lui vaut quatre ans de prison, dont trois ans ferme. Quand il ouvre un compte à la Deutsche Bank à Monaco en juillet 1998, "Nick" Venturi se présente comme "producteur de patates", résident à Casablanca (Maroc). Il y verse un million de dollars. Puis il ouvre en 2005 un nouveau compte baptisé Baraka. Deux ans plus tard, les économies déposées sur ce compte Baraka partent à la banque HSBC à Genève sur le compte détenu par Jean-Christophe Rapetto, son petit-fils, qui récupère au total 477 000 dollars. Jean-Christophe Rapetto est le fils de Jeannette Venturi, la fille de "Nick" Venturi, divorcée de Jean-Jacques Rapetto.

Le milieu et des hommes politiques

Toutefois, HSBC n'est pas la seule banque un peu laxiste dans la Confédération. Dans les années 1980, "Nick" Venturi possédait en son nom propre un compte à l'UBS à Genève, riche d'un million de dollars, et un autre à la Rothschild Bank de Zurich, sous référence Jacques, clôturé en 2002. Une partie de l'argent aurait ensuite filé à la Connecticut Bank of Commerce à New York, au bénéfice de la société Elver Capital LTD.

Contrairement à la plupart des parrains de la French Connection, "Nick" ne sera jamais inquiété pour ces faits [concernant le trafic d'héroïne] et mourra dans la chambre de son appartement cossu de l'avenue du Prado", à Marseille, rappelle le livre Main basse sur Marseille... et la Corse (*). Lors de son enterrement, en avril 2008, des personnalités du milieu se mélangeaient avec des hommes politiques de gauche, proches de feu Gaston Defferre

(*) Jean-Michel Verne, nouveau monde, 2014

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article