Les triomphes d’«une dame qui chante»

Publié le par Cluture 31 par Jérôme Gac

La soprano Mady Mesplé fut l’une des grandes Lakmé du XXe siècle. Elle s’est éteinte à Toulouse à l’âge de 89 ans, le 30 mai dernier.

Les triomphes d’«une dame qui chante»

Soprano à la carrière internationale, Mady Mesplé est morte le 30 mai dernier, à Toulouse, la ville où elle naquit en 1931. Elle a d’abord triomphé sur les scènes francophones dans « Lakmé », un opéra de Léo Delibes à la piètre réputation auquel elle donna ses lettres de noblesse dans les années cinquante. Sa voix cristalline de colorature aux aigus galactiques est alors parfaitement appropriée pour le vertigineux air des clochettes. Elle provoqua même un scandale avec le costume oriental choisi par ses soins mais qui laissait son nombril à découvert: «À l’époque, on arrivait sur scène avec nos propres costumes. Les mises en scènes n’étaient pas aussi fouillées qu’aujourd’hui, mais il y avait un opéra et une opérette chaque semaine au Capitole», se souvenait-elle. Après ces débuts à Liège en 1953, elle conquiert la France et Paris, où elle triomphe à l’Opéra Comique dans « Lakmé » et en Rosina dans « le Barbier de Séville », de Gioachino Rossini.

En 1958, elle chante aussi dans un opéra contemporain pour ses débuts au Palais Garnier: « Dialogues des Carmélites », de Francis Poulenc. «Très jeune, j’interprétais parfois deux opéras par jour», avouait-elle. Sa ville natale l’acclame au Théâtre du Capitole en 1965, dans « Lucia di Lammermoor », de Gaetano Donizetti, rôle magistral dans lequel elle fait des miracles. L’année suivante, elle enchaîne les défis vocaux avec la fameuse Reine de la Nuit de « la Flûte enchantée », de Wolfgang Amadeus Mozart, à Chicago, et avec Zerbinetta dans « Ariane à Naxos », de Richard Strauss, aux côtés de Régine Crespin au Festival d’Aix-en-Provence. Sa carrière internationale désormais lancée, elle se produit de Moscou à Buenos-Aires.

Très tôt, l’Olympia des « Contes d’Hoffmann », de Jacques Offenbach, est un rôle qui lui colle à la peau, jusqu’à la mise en scène de Patrice Chéreau à l’Opéra de Paris, en 1975, puis à Dallas la même année. Deux ans auparavant, elle chantait Gilda dans « Rigoletto », de Giuseppe Verdi, au Metropolitan Opera de New York. Elle enregistre « la Vie parisienne » à Toulouse, avec Michel Plasson, et achève sa carrière à l’opéra en 1979 dans « la Fille du régiment », de Gaetano Donizetti. Se consacrant au récital, la télévision l’accueille aussi sur ses plateaux : elle y chante les « Valses de Vienne », se produit en duo avec Luis Mariano et accepte volontiers les invitations dominicales de Jacques Martin. «Je suis une dame qui chante comme d’autres jouent du violon. Les cordes vocales sont mon instrument. Je n’ai jamais cherché la célébrité. À quoi ça sert d’être connu ?»

Parce qu’elle ne dédaignait aucun répertoire, sa discographie est d’une incroyable abondance: du bel canto (« La Pie voleuse » de Rossini) aux opérettes d’André Messager (« Véronique », « Madame Chrysanthème ») ou Reynaldo Hahn (« Ciboulette »), de l’opéra français (« Mignon » d’Ambroise Thomas, « Werther » de Jules Massenet, « Le Roi d’Ys » d’Édouard Lalo) à la mélodie (Albert Roussel, Claude Debussy, Maurice Ravel, Érik Satie), de la musique sacrée (« In furore » d’Antonio Vivaldi) aux pages contemporaines (Poulenc, Chaynes, Ohana), etc.

Avant d’aborder à dix-huit ans l’apprentissage du chant, Mady Mesplé était entrée à l’âge de sept ans et demi dans la classe de piano du conservatoire de Toulouse. Elle considérait qu’elle devait sa carrière au chef Georges Prêtre, son «maître musical» rencontré à Toulouse. Elle fréquentait assidûment les salles de concert, et aurait voulu être chef d’orchestre parce que «c’est le patron. C’est pour moi la plénitude. C’est fabuleux de passer sa vie dans la musique, d’entendre toutes les interprétations possibles et trouver une lecture personnelle. J’ai essayé sur le tard, j’ai même pris des cours, mais je crois que je n’étais pas faite pour ça. J’ai eu le tort de croire que je pouvais parce que j’étais musicienne.»

Atteinte de la maladie de Parkinson, elle confia en 2011, au moment de la parution de ses mémoires(1): «Chanter face au ­public m’aidait à ­oublier que j’étais malade car son enthousiasme me galvanisait. Heureusement, je trouve encore le courage d’aller écouter mes amies cantatrices. C’est la meilleure manière de conserver mon énergie. De ­continuer à vivre.»(2)

Mady Mesplé / Warner Classics

(1) « La Voix du corps : vivre avec la maladie de Parkinson » (Michel Lafon, 2010)

(2) Paris Match (18/01/2011)

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