Décès de l’avocate Gisèle Halimi, défenseuse déterminée des droits des femmes

Publié le par Paris-Normandie par Anthony Quindroit

Disparition. Infatigable combattante pour la cause des femmes et le droit à l’avortement, l’avocate, ancienne députée et autrice Gisèle Halimi est décédée mardi 28 juillet 2020, au lendemain de son 93e anniversaire. 

Grande avocate de la cause des femmes, Gisèle Halimi est décédée, mardi 28 juillet 2020, à l’âge de 93 ans. (Photo AFP)

Grande avocate de la cause des femmes, Gisèle Halimi est décédée, mardi 28 juillet 2020, à l’âge de 93 ans. (Photo AFP)

Elle venait tout juste d’avoir 93 ans, la veille. Gisèle Halimi, avocate, figure de la défense des droits des femmes, ancienne députée de l’Isère et autrice de nombreux ouvrages, est décédée mardi. Elle « s’est éteinte dans la sérénité, à Paris », a déclaré l’un de ses trois fils, Emmanuel Faux, estimant que sa mère, qui était entourée de ses proches, avait eu « une belle vie ».

« Pour Gisèle Halimi, le féminisme était un humanisme. La France perd une républicaine passionnée qui, comme avocate, militante et élue, fut une grande combattante de l’émancipation des femmes », a salué sur Twitter le président Emmanuel Macron. Une pluie d’hommages lui est rendue sur le réseau social, la ministre de la Culture Roselyne Bachelot saluant une « avocate infatigable des droits de femmes, magnifique écrivaine, militante déterminée », tandis que sa collègue déléguée à l’Égalité femmes-hommes Élisabeth Moreno a distingué une « rebelle infatigable (qui) s’est battue toute sa vie pour améliorer le sort des femmes ».

« Avocate irrespectueuse »

« Une immense voix s’est éteinte », a également réagi la maire de Paris Anne Hidalgo. « Chère Maître, j’aimais par-dessus tout le timbre et la musique de votre voix, je suis heureuse de vous avoir dit quelle force et quelle limpidité l’un et l’autre ajoutaient à vos passions », a salué l’ancienne Garde des Sceaux Christiane Taubira dans un tweet.

Née Taïeb, Gisèle Halimi voit le jour le 27 juillet 1927 à La Goulette, en Tunisie. Cette « Française de sang mêlé », issue d’une famille modeste, intègre le barreau en 1949 après de brillantes études. « Avocate irrespectueuse », selon le titre d’un de ses ouvrages, elle se fait connaître en 1972 lors du procès emblématique de Bobigny, où elle défend une mineure jugée pour avoir avorté à la suite d’un viol. Elle obtient sa relaxe et parvient à mobiliser l’opinion, ouvrant la voie à la dépénalisation de l’avortement, début 1975, avec la loi Veil.

Fondatrice en 1971 avec Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir de l’association pour le droit à l’avortement « Choisir la cause des femmes », elle est la même année l’une des signataires du célèbre manifeste des 343 femmes disant publiquement avoir avorté. En 1978, lors d’un autre procès emblématique, à Aix-en-Provence, elle représente un couple de femmes violées par trois hommes, contribuant à l’adoption d’une nouvelle loi reconnaissant le viol comme un crime.

Du barreau à l’écran

Élue députée de l’Isère (apparentée PS) en 1981, elle poursuit son combat à l’Assemblée nationale, cette fois-ci pour le remboursement de l’Interruption volontaire de grossesse (IVG), finalement voté en 1982. En 1998, elle fait partie de l’équipe qui crée l’organisation altermondialiste Attac (Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne).

Parallèlement à sa carrière d’avocate, elle mène une carrière d’écrivain. Parmi sa quinzaine de titres, figure Djamila Boupacha (1962), du nom d’une militante emblématique du FLN algérien, et une œuvre plus intimiste comme Fritna, sur sa peu aimante mère (1999), « pratiquante juive totalement ignorante ».

Ses combats ont été à plusieurs reprises portés à l’écran, dans des téléfilms, dont Le procès de Bobigny (2006), avec Anouk Grinberg, et Le viol (2017), avec Clotilde Courau.

Mère de trois garçons, dont Serge Halimi, directeur du mensuel Le Monde diplomatique, elle a confié qu’elle aurait aimé avoir une fille pour « mettre à l’épreuve » son engagement féministe. « J’aurais voulu savoir si, en l’élevant, j’allais me conformer exactement à ce que j’avais revendiqué, à la fois pour moi et pour toutes les femmes », a-t-elle confié au journal Le Monde en 2011.

« Les mêmes engagements »

Dans une longue interview accordée à ce quotidien en septembre 2019, la nonagénaire s’étonnait encore que « les injustices faites aux femmes ne suscitent pas une révolte générale ». « Cela fait soixante-dix ans que j’ai prêté serment et, si c’était à refaire, croyez-moi, je prendrais les mêmes engagements, je ferais exactement le même choix », ponctuait celle dont le cabinet était « encore ouvert » pour faire « pousser des idées ».

« C’était une combattante d’une totale sincérité »

Axel Kahn lui a remis l’Ordre du mérité en 2010. (Photo DR)

Axel Kahn lui a remis l’Ordre du mérité en 2010. (Photo DR)

Anonymes et personnalités ont multiplié les hommages à Gisèle Halimi. Contactés par «   Paris-Normandie   », le président de la Ligue nationale contre le cancer Axel Kahn et l’ancien ministre de la Justice et ex-Défenseur des Droits Jacques Toubon réagissent à sa disparition.

Axel Kahn, qui l’a reçue dans l’Ordre national du mérite, était «   très attristé   »  : «   Je l’aimais beaucoup. Gisèle Halimi était une combattante qui le faisait avec mesure et détermination et avec une totale sincérité.   » Avec une émotion palpable dans la voix, il se souvient de son éloquence : «   Je l’ai toujours connue extrêmement exigeante sur les termes, sur la pondération des termes qu’elle utilisait afin de ne jamais avoir à les renier. Gisèle Halimi était pour moi le modèle d’une féministe qui m’a fait comprendre qu’il s’agissait là d’une nouvelle forme d’humanisme.   » Dans cette amitié intellectuelle, c’est elle qui l’a choisi pour la cérémonie de l’Ordre du mérite en 2010 : «   J’aimais ses combats et j’étais très fier qu’elle m’ait demandé de la décorer   ».

« Son nom ne s’effacera pas »

Garde des Sceaux (de 1995 à 1997) et Défenseur des Droits (de 2014 au 17 juillet 2020), Jacques Toubon a côtoyé à maintes reprises Gisèle Halimi. «   Elle a été grande pour la cause des femmes et c’est pour ça que son nom ne s’effacera pas. Et elle a su appréhender cette cause à travers son métier et sa mission d’avocate. Lorsqu’elle défend Djamila Boupacha, elle défend toutes les femmes algériennes en même temps   ! Le fameux procès de Bobigny en 72 prépare la loi Veil de 1974 sur l’interruption volontaire de grossesse. En 78, lorsqu’elle réussit à faire qualifier de crime les viols qu’ont subis ces deux femmes, elle a deux ans d’avance sur la loi qui ne changera qu’en 1980   ! Et, depuis, elle n’a cessé d’être au premier rang chaque fois qu’il fallait dénoncer les atteintes aux droits de femmes... J’ai toujours éprouvé beaucoup d’admiration pour elle et une certaine fascination aussi. Elle avait une voix extraordinaire, profonde, distinguée et mordante. C’était un modèle d’avocate.   » 

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